RUPTURE DU DAUPHU>- AVEC LES PARISIENS
Déjà, semble-l il, l'échevinage avait mis au Louvre une garnison qui ne reconnaissait d'autre autorité que celle de rHôtel-de-Ville *. Le prévôt des marchands ne s'en tint pas à ces mesures de représailles. Le régent avait connu la violence faite à Jean de Lyon, le 18 avril, au moment où il s'apprêtait à partir de Meaux, pour aller conférer, à Compiègne, avec les députés du Vermandois '2. Le mêmejour, oupeu après, il reçut, d'Etienne Marcel, une lettre close, datée du 18 avril, et que les Grandes Chroniques qualifient de « bien merveilleuse ^ ». C'est une des trois ou quatre lettres de Marcel qui se soient conservées^; par la hardiesse du ton, par je ne sais quoi d âpre et de fier, elle fait comprendre ce qu'avait dû êlre,pourle dauphin, la lutte quotidienne avec un homme d'une volonté impérieuse et qui depuis longtemps ne gardait plus de ménagements.
Le prévôt le prend de très haut avec le régent. Le peuple de Paris, lui dit-il, murmure des pillages dont il est victime, sans que le prince fasse rien pour les prévenir ou les empêcher. Bien plus, les hommes d'armes, venus à son appel du Dauphiné, de la Bourgogne ou d'ailleurs, se sont conduits comme en pays conquis ^\ Les forteresses qu'il importerait de rendre imprenables, celles qui défendent les frontières, n'ont même pas de garnisons '^. Au contraire, on met sur le pied de
1. Gr. Chr., VI, lo^ : « Et un pou avant avoicnt mis (ceux de Paris) genz de par euls ou dit cliastel du Lou\re. »
a. Ibid.
3. Ibid. « Et si envoierent les dessus diz de Paris au dit régent unes bien merveilleuses lettres closes ». -
[i. Cette lettre, copiée par Kervyn de Lettenhove « dans un cartulairede Bruges », a été publiée dans les Bulletins de l'Académie roy. des Sciences, des lettres et des beauxarts de Belgique, t. XX, 3° partie, i853, p. fjS-gô. Malgré l'obligeance du savant archiviste de Bruges, M. Gilliodts Vanseveren, il m"a été imiDossible de retrouver le manuscrit auquel kervyn se rélère d'une façon si vague (« dans un cartulaire de Bruges ») et de coUationner le texte de la pièce. Elle a été réimprimée par Perrens {Etienne Marcel, 2' édit., p. 2 11-21 a), avec l'orthographe moderne ; dans la i" édition, elle est donnée en appendice, et telle que l'a publiée Kervyn).
5 Lettre de Marcel au régent : a ...Vostre peuple de Paris murmure très grandement de vous et de vostre gouvernement pour trois causes : premier que les ennemis de vous, de nous et du royaume nous roignent et nous pillent de tous lés, du costé vers Chartres, et nul remède n'y est mis par vous qui l'i deussiez mettre, et aussi que tous les soudoiers qui jà en arrière sont venus, à vostre mandement, du Dalphiné, de Bourgoigne et d'ailleurs, pour la deffense du royaume, n'ont fait honneur ne proufit à vous, ne à vostre peuple, mais ont tous le pais mangié et le peuple pillié et robe, nonobstant que il aient esté bien paies... »
6. « La tierce cause du murmure du peuple est que vous ne mettes aucune paine à garnir les forteresses qui sont devers \os ennemis, mais trop bien avés saizi celles dont vivres nous pevent venir... »