Flammermont, p. i
!i. S. Luce, La Jacquerie, ]p. 253-25'i. Lettres de rémission pour Hue de Sailleville, que les habitants d'.\ngicourt (Oise; arr' de Glermont, c°° de Liancourt) avaient élu pour capitaine : « ... le dit Hugue par contrainte des gens de la ville d'Angicourt, où il demeuroit lors, et du païs d'environ, et pour double de mort chevauchast fsicj avecques eulx, et contre sa volonté le firent leur capitaine . . » ; — p. 254-256. Lettres pour Jacquin de Chenevières, de Taverny : « ... et pour soin escondire ou autrement ne pouvoit estre qu'il ne le feust on autrement il l'eussent mis à mort... ». Il essaie de les modérer, « et pour ce l'appelloient traytre, et li vouloient couper la teste... o. — Voy. encore d'autres lettres pour Jean des Hayes de Ruys les-Verberie, capitaine de la dite localité (p. 280), pour Jean de Réveillon, obligé de remplacer, pendant une demi-nuit et un jour, Guillaume Cale absent (p. 261).
5. Gr. Chr., VI, 112. — Conlin. Chroii. Guill. de .\anyiaco,U, 263-264. — Flammermont, op. cit., i33.
LES EXCÈS DES J ACQl ES 4o5
la poslede i3^8 qui avait dépeuplé le pays, Guillaume Karle iCale) eut bicnlôl sous sa bannière cinq à six mille Jacques » *. Ces brutes commirent les pires excès 2. Jean le Bel, et après lui Froissart, ont tout dit en des pages qui sont classiques ^. Leurs récits ont paru suspects d'cxagératitm ; on s'est étonné de n'y trouverqu'un petit nombre de faits, et très peu précis '. L'énuuiéralion de tous les meurtres ou de tous les viols commis eût été aussi fastidieuse et répugnante qu'impossible; il suffit que quelques-uns de ces crimes aient été mentionnés, avec l'indication des circonstances aggravantes, (jui les rendaient particulièrement odieux. L'histoire du chevalier rôti à la broche, sous les yeux de sa femme et de ses enfants, que l'on veut contraindre k d'en manger par force », est suffisamment horrible par elle-même, et il n'est pas nécessaire qu'il y ait d'autres exemples de pareilles monstruosités. Tous les chroniqueurs confirment, plus ou moins explicitement, le témoignage de Jean le Bel et de Froissart, qui n'ont rien avancé que les lettres de rémission ne révèlent ou ne laissent entrevoir^.
Les Jacques agissaient comme « chiens enragés ». La seule excuse aux atrocités qu'on leur a reprochées, c'est que la bête humaine, une fois lâchée et démuselée, est, partout et dans tous les temps, également malfaisante et cruelle. Personne n'ignore le fonds de sauvagerie que dissimulent mal les civilisations en apparence les plus rafTinées.
Dès le commencement de juin, les vallées de l'Oise, du Thérain et de la Brèche n'avaient plus un château, plus une maison forte, qui n'eussent été brûlés ou dévastés ^. C'est alors que Cale, qui avait toujours compris l'inaniléd'unc entreprise, aussi follement engagée, chercha un appui dans la bourgeoisie des villes. Si son appel eût été entendu, si les bourgeois avaient fait cause commune avec les paysans,
1. Flammermont, op. cit., i33. — >< Et in lantum in>alucriint rurales siipradicti, qiiod ultra quinqiie millia polcraul irstiiiiari » (Jean de \'enetle, Conliii. Chron. Guill. de Nangiaco, 11, sG'i). On peut déduire le même chiffre global de la Chron. des quatre premiers Valois, 73.
2. Flammermont, p. i33 : « Ces brutes, ivres de vin et de fang, commirent partout les plus monstrueux excès ».