‹ Histoire de Charles VChapitre 349 sur 381 · Contin. Chron. Guill. de Nangiaco, II · texte numérisé non relu

Contin. Chron. Guill. de Nangiaco, II

r.HAPITUK X

La fin de la révolution parisienne.

1. Charles le Mauvais, capitaine de Paris. Blocus de la capitale par l'armée du régent. Négociations avec le roi de Navarre. La conférence du Moulin- Saint-Antoine ; les commissaires pontificaux. Charles le Mauvais chargé de ménager un accord entre le régent et les Parisiens ; échec de sa mission. Lettre de Marcel à l'échevinagc dYj)res. Les hostilités : escarmouche de la Grange-aux-Merciers; atla(jue parles Anglo-Navarraisdupont des Carrières. La prétendue paix du 19 juillet. Le licenciement de larmée du régent.— IL Les mercenaires anglais à Paris. Soulèvement de la population. La sortie de Saint-Cloud (22 juillet). Le désastre; ses conséquences : impopularité du roi de Navarre ; les griefs contre Etienne Marcel ; la délivrance des prisonniers anglais. Le régent et ses partisans ; les deux conspiralions ; une lettre interceptée ; découragement du dauphin. — IIL Le 3i juillet i358. La ronde d'Etienne Marcel; les clefs des portes; Jean Maiilart; Pépin des Essarts et Jean de Charny. Mort de Marcel et de plusieurs de ses complices. Les révélations de Jean Maillart. — IV. Le régent rentre ù Paris. Recherche et punition des traîtres. Lettres générales de rémission (10 août). La vengeance des frères Braque. La lettre au comte de Savoie (3i août). La dernière victime de la réaction: Thomas de Ladit, chancelier du roi de Navarre. Reprise des poursuites ; le régent est contraint de les abandonner.

I. — Charles le Mauvais ne s'était pas attardé en Beauvaisis après sa victoire de Mello. La pacification du « pays », dont Etienne Marcel lui fait honneur, se borna, comme il a été dit, à prescrire quelques mesures de réparation et d'apaisement *. Son départ, trop précipité, laissa libre cours aux colères, provoquées par les excès des Jacques, et, à la répression sanglante, mais nécessaire, succéda une guerre de représailles et d'extermination. Trois ou quatre jours à peine s'étaient écoulés

I. Lellre d'Et. Marcel à l'échevinage d'Ypres (18 juillet ï358) : « Mons. de X'aarre .. mist le palis tout à pais etc. w Voy. le texte cité ci-des.<;us, p. 4iZ|, n. i.

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depuis la bataille, lorsque le roi de Navarre prit le chemin de Paris pour répondre à l'appel de ses partisans. Il y rentra le i4 juin, après avoir longuement conféré avec Etienne Marcel, àlaa Noble Maison » deSaint- Ouen. Un certain nombre d'habitants s'étaient portés à sa rencontre et l'accompagnèrent jusqu'à Saint-Germain-des-Prés, oii il «descendit », comme il l'avait fait après sa délivrance *.

Le lendemain, le roi vint à la « Maison de la Ville » et y « prêcha ». Entre autres choses, il dit qu'il aimait beaucoup le royaume de France, auquel le rattachaient tant de liens, car de tous les côtés il tenait aux (( Fleurs de lys », et sa mère aurait régné en France, si elle eut été un homme '^. Enfin les bonnes villes, Paris en particulier, lui avaient fait de grands biens et de grands honneurs. Aussi était-il prêt à vivre et à mourir avec les Parisiens 3.

L'échevin Charles Toussac lui répondit. Le royaume de France, ditil, est en petit point ; il a été et il est encore mal gouverné. C'est pourquoi il est nécessaire que les Parisiens nomment un capitaine, capable de les bien gouverner, et il ne saurait y en avoir de meilleur que le roi de Navarre *. A peine Toussac avait-il prononcé ces paroles, que des gens, à qui la leçon avait été faite, se mirent à crier, tout d'une voix : « Navarre ! Navarre ! »^\ La scèneavaitété habilement arrangée d'avance. La plupart de ceux devant qui elle se jouait furent très choqués des

1. Gr. Chroii., VI, ii5 : « Et pour ce que ceulz de Paris le mandèrent que il alast vers euls à Paris, il se traist à Saint Oyn, en Tosteldu Roy appelle la Noble-Maison. Et là ala le prevost des marchans parlementer avecques le ditroy. Et le jeudi, xiiii' jour du dit mois de juing, ala le dit roy de Navarre à Paris. Et contre luy alerent pluseurs de la dicte ville de Paris, pour le acompaignier jusques là où il descendy, c'est à savoir à Saint Germain-desPrez. » Cf. Gr. Chron., VI, 64-65 (29 novembre 1357).

2. Ibid., ii5-ii(j : « Et entre autres choses dist que il amoit moult le royaume de France et il y estoit moult bien tenuz, si comme il disoit, car il estoit des fleurs de lis de tous costez, et eust esté sa mère roy de France se elle eust esté homme, car elle avoit esté lîUe seule du roy de France. » — P. Paris : « ... car elle avoit esté seule fille du roy de France. » Cette interversion des mots seule et fille altère légèrement le sens.

3. Ibid., 1 iG : « ... aveccjues euls. » Ceci doit s'entendre des Parisiens, quoique le roi de Navarre ait parlé, non seulement de Paris, mais aussi des autres bonnes villes du royaume.

/,. Ibid.

5. Ibid. « Et là furent pluseurs forgiez et ordenez à ce, qvii crièrent touz à une voiz : Navarre! Navarre 1 ainsi comme se ilz vousissent dire : Nous voulons le roy de Navarre. »

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acclamations de commande qu'ils entendaient, mais l'audace d'une minorité bruyante suffit à les réduire au silence '.

Séance tenante, Charles le Mauvais fut tait capitaine de Paris, et. sans s'arrêter à ce premier succès, le prévôt des marchands déclara qu'on écrirait à toutes les bonnes villes, afin que le roi de Navarre fut reconnu comme ^< capitaine universel » du royaume-. Le roi jura de u ^--arder et de /.'ouvcrncr les Parisiens bien et loyalement », d'être avec eux à la vie et à la mort, envers et contre tous, sans excepter personne-^. Il ajouta : « Beaux seigneurs, ce royaume est bien malade, et le mal y a de profondes racines ; aussi ne peut-il être guéri de sitôt. C'est pourquoi veuillez ne pas vous émouvoir contre moi, si je tarde à arranger les affaires, car il y faut du temps et de la peine '' ».

La manifestation de l'Hùlol-dc-N ille, si grave qu'elle équivalait à une révolution, eût causé la rupture entre le régent et les Parisiens, si l'attaque du Marché de Meaux, — qui remontait à moins d'une semaine, — ne l'eût déjà consommée. Pour répondre à la déclaration de guerre et aux provocations du prévôt, il fallait autre chose que des demimesures. La première condition d'une action plus énergique était de resserrer le blocus de Paris et de le rendre effectif.

Le régent n'avait rien épargné pour se créer une armée : ni prières, ni argent. Les circonstances, d'ailleurs, lui étaient favorables. Par suite du soulèvement des Jacques, une nombreuse noblesse se trouvait assemblée, qui ne demandait qu'à se mettre aux gages du prince ^.

L'attitude du roi de Navarre, le langage qu'il avait tenu en acceptant la « capitainerie » de Paris, lui avaient aliéné bien des fidélités. Vers le 20 juin, plusieurs des chevaliers et écuyers qui s'étaient ran-

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