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LE ni.OCL'S DE PARIS /l33
échec nous est révélée par les Grandes Chroniques. Le régent avait fait promettre, en son nom, anx Parisiens, la remise de toute peine crimi nelle, c'est-à-dire l'amnistie, à condition qu'ils paieraient la somme de 600.000 écus au coin de Philippe VI, qu'Edouard III réclamait pour le premier terme de la rançon du roi de France. Les ouvertures de Charles le Mauvais furent très mal accueillies; il lui fut répondu que Paris ne verserait même pas un denier pour l'objet indiqué*. Dès lors, l'espoir était perdu d'un accommodement que, quatre jours auparavant, on avait cru possible, grâce à l'entremise du roi de Navarre. « Moult de gens en a voient grand joie », dit le chroniqueur officiel, — tous ceux, évidemment, Navarrais ou gens de diverses bannières, (pii avaient intérêt à la continuation de la guerre civile 2.
Lorsque le dauphin était venu loger aux Carrières, on avait établi une communication entre son « logis » et la rive gauche de la Seine. Un pont de bateaux avait été commencé à cet effet, dont les travaux furent repris et achevés après l'escarmouche du 1 1 juillet. Dès que le pont fut en état, des hommes d'armes du prince en profitèrent pour passer sur la rive opposée et courir le pays jusqu'à Vitry,qui fut brûlé comme tous les villages environnants 3. Ces incursions gênaient et inquiétaient les Parisiens, qui résolurent de détruire le pont. Le samedi 1 4 juillet, pendant que le régent tenait son Conseil dans l'hôtel des Carrières, une colonne, formée en majeure partie de ces Anglais, que Charles le Mauvais avait introduits dans Paris, déboucha du faubourg Saint-Marcel et s'avança, le long du fleuve jusqu'au point où aboutis-
I. Gr. Chron., VI, laS-iîi : « Mais le dit roy disoit ces choses pour ce que il nepovoit avoir fait à Paris ce que il avoit promis ou traictié du dit régent et de luy; car il avoit promis atant faire que ceuls de Paris paieroient vi cenz mile escuz de Phelippe pour le premier paiement de la raençon du Roy, mais que le dit régent leur remeist toute peinne criminele. Et ceuls de Paris respondirent au dit roy de Navarre, quant il en jDarla, que ilz n'en paieroient jà denier. »
Le paiement d'un acompte de 600.000 écus d'or sur la rançon du roi Jean, paiement effectué avant le i" novembre i35S, était lune des conditions du traité, récemment intervenu entre Edouard III et son prisonnier. Cette clause était connue en France. Cf. Ord. des rois de France, IV, p. 187 et suiv., 191 et suiv.
a. Gr. C/ir., VI, 12^.
3. Ibid. a Et mist l'en grant painne à achever un pont que l'en avoit encommancié sur bateaux pour passer la rivière de Saine, le quel fu achevé le dit jeudy. Et tantost, pluseurs de l'ost passèrent le dit pont et ardirent Vitery et pluseurs autres villes oultre la dicte rivière, et y pilla l'en tout ce que l'en y trouva ».
sait le pont de bateaux, non loin du territoire de Vitry, en face du logis du régent '. Le pont n'était pas gardé; on se contentait, pour en interdire l'accès, de retirer habituellement la « bachière n, qui était contre la rive gauche. Les hommes d'armes parisiens furent donc obligés d'entrer dans l'eau jusqu'à la ceinture pour arriver jusqu'au pont, mais ils y arrivèrent. Ce qui est plus singulier, c'est que personne ne les avait vus venir et que les assaillants étaient déjà au milieu du fleuve, quand l'alarme fut donnée à l'armée du dauphin. Les premiers avertis accoururent en toute hâte, et tels qu'ils étaient, les uns en armes, les autres désarmés. Malgré l'avantage de la surprise, les ennemis furent refoulés, rejelés au-delà du pont, non sans avoir tenté d'y mettre le feu ou réussi à l'incendier, en se retirant-.
L'engagement avait été très vif, et les pertes durent être, de part et d'autre, assez sensibles. Parmi les prisonniers, figurait le propre maréchal du dauphin, Rigaut de Fontaines 3. Presque dans le même temps, les défenseurs de Paris, — des Anglais encore — avaient tenté une sortie par la porte Saint-Antoine. Toute l'armée fut mise sur pied et les « batailles » restèrent longtemps déployées. Les escarmouches se pro-
1. Gr. Chron., VI, 12^ : Ce pont, jeté sur la Seine en face des Carrières de Charenton, ne pouvait pas aboutir à Vitry, situé beaucoup plus en amont, mais plutôt à Ivry. On doit supposer, ou que Vilry a été mis par erreur, dans les Grandes Chroniques, pour Ivry, ou bien qu'à celte époque les territoires de ces deux paroisses n'étaient pas délimités comme jls l'ont été par la suite. Le territoire de Vitry se serait, dans la seconde hypothèse, étendu au nord et à l'est beaucoup plus loin qu'il ne fait aujourd'hui.
Jean de Venette parle de ce pont d'une façon peu claire. Il le place d'abord entre Gorbeil et Paris, ce qui est fort vague, mais il semble indiquer quelques lignes plus bas qu'il avait été jeté près de Charenton, et en cela il a raison (II, p. 260).
Le Chroniqueur des quatre premiers Valois l'appelle le pont de Charenton (p. 81).