‹ Histoire de Charles VChapitre 368 sur 381 · Chronograjihia, 278. Chron. norm., i3/i · texte numérisé non relu

Chronograjihia, 278. Chron. norm., i3/i

Des lettres de rémission d'août i358,et surtout un arrêt du Parlement du 2/1 juillet i3(ji, donnent et le nom de cet envoyé et quelques détails sur sa mission.

(( ... cumque etiam ipsc supplicans (Jean Rose, avocat au Parlement) qui est consiliarius dicti domini noslri[ct nostcr in Castelleto, ut premittitur, presens intcrfuerit in iliclo Castelleto cum preposito Parisiensi, dum aliqui officiarii dicti domini et nostri examinât! fuerint temporc quo cum cxercilu nostro tenebamus villam Parisiensem obsessam et antea, presertim dum magister Joliannes de Bisoiitino, qui certas litteras per nos subditis nostris >ille Parisiensis predicte missas apportavcrat, fuit per nonnuUos subdictos dicte ville captus et incarceratus, et i)ostmoduin in dicto Castelleto intrusr.s, cxaminatus et etiam qucstiouatus, cui diclus suppli-

l'appel al roi de NAVARRE /|/j5

de se sacrifier à la cause commune, en s'cxilant momentanément ou pour toujours. Ils se dirent seulement qu'il valait mieu.v « occire qu'être occis' n, et dès lors leur résolution fut prise de livrer Paris au roi de Navarre-. Quinze jours plus tôt, il n'eût pas fallu un complot pour consommer la trahison. Charles le Mauvais était dans Paris, avec ses meilleurs soldais, et avait reçu, quoique un peu par surprise, le titre de capitaine de la ville. Une révolution aurait pu être faite à son profit sans coup férir; le loyalisme d'une minorité ne l'eut pas empêchée. Mais combien la situation était changée! Le roi de Navarre, qui con-

cans plurcs inlerrooatorias lacliun prcdiclum tangentes fccit etc. » (Arch. iiat , JJ. 8G, fol. lo'i, n° i5i2. — Secousse, liecueil, «jo-yi).

« ... advocato nostro in i)arIamcnlo magistro Jolianne Pastorolli (iiiaiidaui certain causam... in nostra curia liliganle, pro dilocto clcrico nostro et iiolario niagistro Johanne de Bisuncio, contra .luliannem dictiim Pidoe, civeni Parisicnsen), super ([uibusdani cxcessibus, lormentis, (luestioiiibus et gravaminiljus aliis que diclus clericus noster dicebat sibi illata et iiilligi procurata fuisse pcr Joliannem Pidoe in Caslelleto nostro, in quo sub usurpacioiie et abusu justicie fuerat mancipatus, licet a carissimo primogenito nostro Karolo duce Normannieet dalpliino Viennensi certas litteras clemencie et cxhortacionis ad vcritatem et amiciciam transmissus Parisius altulisset, lcnii)orc quo Sleplianus Marcelli, proditor noster, prcpositus tune mercatorum, cuni suis se(iuacil)us, lidelitaloui nobis debitam duni in Anglia degebanius subvertere conabalur etc. » (Arcb. nat., Va 17, fol. 77-77").

1. Froissant, V, ii5 : « Si regardèrent linablenient que il valoil mieulz que ilz dcmorassent en vie et en bonne prospérité dou leur et de leur amis que dont que il fuissent destruit; car mieulz leur \aloit, ce que leur sambloit, à occire que cstre occis. » Cf. 16., p. 33/i.

2. Conliii. Chroii. Gaill. de jYanj/iaco, II, 2G8 -270 : « ... timentes (Marcel et ses adliérents) ne deterius eis forsitan, ut puta mors, finaliter contingerct, cogitaverunt ut secrète de sua sainte diligentius pertractarent. Unde, ut eis impositum est postea, iverunt ad regem Navarrae dominum Karolum de Ebroicis, qui antea per eos tamquam capitaneus vocatus fuerat, sed repulsus et contra eosoffensus; ordinaverunt secrète ul iterum per ipsos vocaretur, et taliter fieret quod ad (sic; quoad?)eoruni regimen et dcfensionem contra dominum ducem ; et tandem, cum ipse rex Navarrff- esset de linca etprosapia regia, ad sceptrum regale et regnum Francie ascendcrct et regnaret. Nam dictus rcx Navarrae ad hoc totis viribus anhelabat. Sic igitur fuit perprœdictum pra^positum mercatorum, et per plures burgcnses sibi adhaerentes, ordinatum et secrète, ul tali die dictus rex Navarrœ Parisius, cum magna copia armatorum, latcnter appropinquaret, et sic alicubi cum suis usque ad tempus in embuchiis latitaret, el ipse pra^positus mercatorum cum suis claves portarum acciperet, et per se vel per suos eas custodiri faceret, et, dum non cogitarent de hoc homines, ipse rex Navarrae cum suis omnibus villam Parisiensem cilius subintraret, et homines sibi contrarios taies et taies, quorum ostia signala reperiret, trucidaret, et sic ignorantibus popularibus de eis triumpharet, et totam civilatem per talem modum ad suum libitum obtineret, et deinceps honorem regium, ut opinabatur, repulso duce et ejecto, et etiam rege qui captus erat in xAnglia, qui sibi tôt mala fccerat, culmen regni et coronam altingeret finaliter regnaturus. Nam, ut sibi videbatur et eis, si

voilait ardemment la couronne de France ', qui, depuis sa délivrance, avait cru plus d'une fois toucher au but, avait perdu presque toutes ses chances depuis la malheureuse affaire des mercenaires anglais. Retenu à Saint-Denis autant par impuissance que par dépit, il attendait l'heure de la revanche, se rendant bien compte toutefois que le prestige du prévôt, son allié le plus sûr, avait singulièrement décru. Une opposition redoutable grandissait, forte de tous les mécontentements, de toutes les déceptions, de toutes les craintes, encouragée aussi par le sentiment de plus en plus net que Marcel était perdu et qu'à le suivre on marchait à un désastre-.

civilatem Parisiensem ad suum velle qiialiterciimque habuisset, alias civilates et villas suo consonsui, ul credebant, faciliter iiiclinasset, et sic illi qui talia procurabant, fviisscnl tune ab omni mortis periculo per bunc modum, eo auxiliante, peiiilus liberati. Sed iimiin proponit homo, aliter ordinal Deus el dispoiiil; foderunt eniin aliis foiy'din, sfd incidcraiil in eani : nnm aliter ioerunt negotia qiiam ipsi inter se face re coyilabant. »

J'ai cité en entier le texte de Jean de Venelte, pour montrer : i° qu'il a cru, comme tout le monde, à la trahison de Marcel et qu'il en parle comme les chroniqueiirs les plus hostiles au iirévôt ; 2° que les mots soulignés : ut eis impositum est postea n'ont pas la portée qu'on leur a attribuée, c'est-à-dire qu'ils n'impriment pas un caractère conjectural à tout le récit de Jean de V., comme si celui-ci avait rapporté de simples on-dit et non point une opinion personnelle (Jules Tessier, f,a mort d'Etienne Marcel. Extrait de la Revue de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur, Paris, 1886, p. aa-aS). Tout autrement importante est la dernière phrase que j'ai soulignée également, oi'i le chroniqueur, parlant bien en son propre nom, ce semble, montre le prévôt etses complices pris à leur propre piège : a foderunt enim aliis foveam, sed inciderunt in eam ». — « Phrase d'une gravité exceptionnelle, a-t-on dit avec raison, chez un historien ami du menu peuple et qui prouve une croyance réelle et point du tout commandée dans la trahison du prévôt » (H. Gaillard, dans ^Bulletin critique, i5 sept. 1887, p. S/lg).

Chronogr., II, 278-279 : « Tune prepositus mercatorum mandavit régi Navarre quod congregarct suos homines et veniret Parisius de nocte et quod portas sibi patentes inveniret. Qui remandavit ei quod ita faceret. Mandavit ergo suis Anglicis quierant in sancto Glodoaldo, ut venirent ad eum et congregavit quotquot poluit habcre de hominibus et iter arripuit tendens Parisius. » — Chron. norm., iS.'i. -- Conlin. de Richard Lescot, iBa.

1. Conlin. chron. Guill. de N-, II, p. 269: « Nam dictus rex Navarrae ad hoc (sceptrum regale et regnum Franci;e) totis viribus anhelabat ».

2. Froissart, V, n4 r« ...car cil de Paris commençoient jà à refroidier de l'amour qu'il avoient eu à lui et à chiaus de sa secte, et les deparloient villainemcnt, si com il estoient enfourmé. » — Man. d'Amiens, p. 332-333 : « Et li commun commenchoit jà fort à murmurer sus yaux. Et disoient li ung à l'autre, par rues et par quarfours où ils s'asambloient, que il valloit mieux que douze hommes le comparassent, que li noble chités de Paris fut perdue ne perrie ».

Chronogr., 278. — Chron. norm., i3/|. — Chron. des quatre premiers Valois, 83-84.

L APPFL AL nOI DE NAVARRE 4^7

Cependant, le prévùt s'apprêtait à jouer la partie décisive. C'est dans la nuit du 3i juillet au i " août qu'il devait introduire le roi de Navarre dans Paris. Peut-être Philippe de Navarre était-il précisément attendu à celle date. Quoiqu'il en soit, on eût vu se produire, dès i358, les scènes de carnage qui, soixante ans plus lard, ensanglantèrent la capitale, lorsqu'elle tomba par une trahison au pouvoir des Bourguignons'. Déjà certaines maisons avaient été, dans la nuit du 3o au 3i juillet, marquées de signes convenus afin de guider les recherches des assassins-. Il ne restait qu'à prendre les dernières dispositions pour que Charles le Mauvais put entrer sans rencontrer de résistance-'.

A ce momenl-là, s'il faut en croire un chroniqueur d'ordinaire bien informé, le régent aurait été en proie à un grand découragement '*. 11 avait pu constater que Paris était à l'abri d'un coup de main, et même en état de soutenir un siège. Les trêves (ju'il avait négociées avec les Parisiens avaient été rompues aussitôt que conclues. Si ses partisans lui avaient fait des avances, ils n'étaient pas encore assez forts pour agir clficacenient. Pendant (juelques jours il resta au Vau\-la-Comtesse

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