‹ Histoire de Charles VChapitre 375 sur 381 · Froissarl et toutes les clironiques · texte numérisé non relu

Froissarl et toutes les clironiques

2. Chron. des quatre premiers Valois, 8(3 : << Et aine oi/ qu'il enlra^t en Paris, il donna congié à son host pour ce qu'il ne vouUoit pas mettre les estranges souldoiers à Paris ». Le continuateur de Lescot dit, au contraire : « ... villam pacificus cam suo exercilu ingrcdiens honorifice receptus est o (p. i33). Mais les mots cuin suo exercitu sont vagues. Au surplus, il faut se rappeler le congé donné par le régent à ses hommes d'armes après le traité de paiï illusoire et inexécuté du uj juillet.

3. Froissart, V, ii8. — E. Molinier admet, sur l'autorité de Froissart, que le maréchal d'.\udrehem était ce jour-là aux côtés du dauphin (Etude sur la vie d'Arnoul d'Audrehem, p. 72). Le fait est possible, quoique plutôt douteux. Le maréchal était à Londres le 7 juillet de celte même année (Ibid.j.

4. Froissart, ibid. : a. Là estoit Jehans Maillart dalés lui, qui grandement estoit en sa grasce et en sen amour ; et, au voir dire, il l'avoit bien acquis, si com chi dessus vous avés oy recorder ».

5. Chron. des quatre premiers Valois, p. 86 : « Et crioient ceulx de Paris à sa venue : Mont Joye Saint Denis au duc de Normendie nostre droit seigneur ! »

6. Bibl. nat., Fr. loiôS, fol. 16", i" partie, chap. xxiv : « Ci dit de la bénignité et clémence du roy Charles ». — a Plus grant sens en debonnaireté (que de Pyrrhus) povons dire de nostre prince, lequel une fois, ou temps des pestillences de France, encore n'estoit couronné, entra à Paris à grant compagnie, après une grant commossion en la ville qui contre lui ot esté, et ainsi comme il passoit par une rue, un garnement traittre oultrecuidié, par trop grant presompcion, va dire si hault qu'il le pot oir : i< Par Dieu : si j'en feusse creus, vous n'y fussiez jà entrés ; mais, au

Henri lY n'eût pas mieux dit. On ne connaît pas beaucoup de réparties de Charles V qui aient eu cet à-propos et cette bonne humeur. Christine de Pisan nous a conservé celle-ci, et il faut lui en savoir gré. Mais elle l'écrase, à son ordinaire, sous un lourd et érudit commentaire, et risque de nous la gâter, en attribuant la clémence du régent à la crainte de compromettre, par trop de rigueur, les résultats d'une révolution inespérée ^

Cette crainte, en tout cas, n'empêcha pas la justice ou la réaction de suivre son cours. Une commission de dix membres, comprenant des présidents et conseillers au Parlement, des maîtres des Requêtes de l'Hôtel, le prévôt de Paris, le bailli de Troyes et de Meaux, avait été immédiatement nommée pour rechercher et punir les « traîtres, rebelles et autres malfaiteurs »>, qui, soit à Paris, soit sur divers points du royaume, s'étaient associés au mouvement révolutionnaire dirigé par Marcel-. Les commissaires reçurent les pouvoirs nécessaires pour commuer les peines

fort, on y fera pou pour vous ». Et, comme le comte de Tanquerville, qui droit devant le Roy chevauchoit, eust ouie la parolle, voulsist aler tuer le villain, le bon prince le retint et respondi en suriant, comme se il n'en tenist conte : « On ne vous en croira pas, beau sire ! »

Jules Quicherat, qui a résumé cette petite scène, a oublié la réponse du régent : » Lorsque le régent fit son entrée, un ouvrier qui se trouvait sur son passage osa lui dire : « Vous voilà revenu dans la ville, et ce n'est j)as ma faute ; mais, soyez tranquille, on y fera peu pour vous >> (Etienne Marcel, p. 34 1).

1. Ibid. : a Le sens de ceste pacience fait moult à notter aux vindificatifs qui sanz viser aux inconveniens qui en pevent venir de tous meffais se veulent vengier, laquelle chose est contre l'ordre des sages. Si visa ce très prudent prince, non obstant lui fust legiere la vengence, s'il lui pleust, que, par cellui occire, la ville qui par mauvaise exortacion estoit comme toute rebelle se feust bien peue esniouvoir, dont grant meschief fust venus ».

2. Les lettres instituant cette commission ne sont pas connues, mais elles se trouvent visées dans d'autres lettres données à Paris le 2 août 1358 (Arch. nat., JJ. 80, fol. i5i'°, n" i3i. — Secousse, Recueil, 80-81) : « Charles etc. A noz amez et feaulx conseillers maistres Pierre de Demainville (ou de Mainviile), Guillaume Bescot, j^residens de nostre parlement, maistres Estienne de Paris, Pierre Hardy et Jehan Bernier, maistres des requestes de nostre hostel, maistres Adam de Senz, Thomas Vannin et Albery Roussel, noz conseillers oudit parlement, Guillaume de Brunel {al. de Brunal), nostre bailli de Troyes et de Meaux, et au prevost de Paris, salut et dilection. Comme par noz autres lettres nous vous aions commis et députez à faire punition et accomplissement de justice de plusieurs traistres rebelles et autres malfaiteurs qui ont fait et perpétré plusieurs traisons et rebellions contre Monseigneur et nous, en la ville et viconté de Paris, et ailleurs en plusieurs parties du royaume, des quiex malfaiteurs les aucuns ont esté et sont prins, et les autres à prendre, si comme en noz dites lettres est plus plainement contenu, etc. ».

RECnERCHE ET PUNITION DES TK VITRES !\6'i

corporelles encourues, lorsqu'une composition pécuniaire leur paraîtrait plus justifiée ou plus opportune '.

Les meneurs ne pouvaient s'attendre à aucune pitié. Le 3 août, étaient arrêtés Pierre Gilles, l'un des chefs de l'expédition dirigée, avec le concours des Jacques, contre le Marché de Meaux, et Thomas de Ladit, le chancelier du roi de .Navarre -. Le lendemain, Pierre Gilles fut décapité aux Halles en même temps que le chîîtelain du Louvre, Gilles Caillart. Ce dernier était originaire d'Orléans et chevalier, ([uoiqu'il fut « d'assez petit lieu », c'est-à-dire de naissance très modeste, étant fils d'artisans. On lui reprochait de fort vilains propos à l'adresse du Roi, du régent et de la duchesse de Normandie. Aussi eut-il la langue coupée avant de subir le dernier supplice. Son corps cl celui de Pierre Gilles furent jetés à la rivière ^.

La semaine suivante fut encore marquée par deux doubles exécutions. Un jour, on décapita à la fois Jean Prévôt et Pierre Leblont. dont on ne sait rien de plus que les noms '• ; un autre jour, Pierre de Puisieux et Jean Godart "'. Le premier était avocat au parlement de

1. y6/c/. « ...voulons, vous uianJons et commettons à six, cinq, quatre ou trois de vous, que de ce et sur les fai/ pour les quiex Icsdi/ malfaiteurs qui prins sont ou seront, seront trouve/ coupables, nous facicz à yceulx selonx les démérites desdiz cas ou maleticc, telle coniposicion ou linance ou prouflit de nostre dit seigneur et de nous, comme selonc vos consciences vous verrez i[ue de raison appartendra, et que les cas le desirront, etc. ».

Nous trouvons dans le même numéro du Trésor des Charles (JJ. 8G, n° i3i) un exemple de l'application de ces secondes lettres. Pierre le Prestre, sergent à verge au Châtelet, avait été poursuivi par les commissaires et relaxé, les faits de trahison articulés contre lui n'ayant pu être établis (Lettres de démission du 12 août i358 ; ibid., fol. i5i"). Il fut ressaisi sous l'inculpation de paroles m horribles » proférées contre le régent. Vainement, essaya-t-il de se défendre en alléguant les lettres de rémission qu'il avait obtenues et le pardon général accordé aux habitants de Paris à la date du 10 août. Mais les commissaires estimèrent qu'en raison de sa situation officielle, il ne pouvait s'en tirer à si bon marché : « feusmes d'acort que sanz punicion d'amende ou composicion ne devoit ou povoit bonnement estre délivrés ne joir de

sa dicte grâce nous au dit Pierre composâmes et avons composé ou

non et pour nostre dit seigneur le régent à la somme de cent deniers d'or au naouton... » (Paris, aa sept. i3o8).

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