‹ Histoire de Charles VChapitre 48 sur 381 · Ibid., 60G · texte numérisé non relu

Ibid., 60G

6. A Romans, le l'i mars i3'i(j. Voy. le texte du Slalut dans Valbonnais, II, p. 58G-592. Une disposition spéciale obligeait tout nouveau dauphin à prêter ce serment avant de pouvoir exiger les hommages de ses vassaux.

7. Valbonnais, ibid., II, 620 : » Item, die crastina, ordinem et habilum Praedicatorum induit », disent les Memorabilia Humberli Pilali.

8. Voy. à son sujet une note des éditeurs du Clwrtulariuin Universitatis Parisiensis, l. Il, sec lio prior, p. 535, n. i.

RÉIMON DU DALPHINÉ A LA FRANCE 4l

jusqu'à ses derniers jours il se soit considéré comme affilié à l'ordre de Saint-Dominique *. Son ambition maladive, que le cloître avait été impuissant à guérir, lui fi t rechercher les honneurs ecclésiastiques, et dans les cinq ou six années qu'il vécut encore il ne réussit à se fixer nulle part. Lorsqu'il s'éteignit prématurément à Glermont en Auvergne, le 32 mai i355, il cumulait le litre de patriarche d'Alexandrie avec celui d'administrateur du diocèse de Reims. Jean II venait de consentir à sa translation sur le siège épiscopal de Paris, et il ne manquait plus que la confirmation du Pape pour régulariser la décision gracieuse et un peu exceptionnelle du roi de France '^.

Le duc de Normandie ne s'attarda pas à Lyon après la prise de possession du Dauphiné ; vers le milieu du mois d'août, sinon beaucoup plus tôt, il reprenait seul le chemin de Paris -K tandis que son fils continuait à faire acte de souverain, en recevant l'hommage de ses vassaux \ ou en le prêtant lui-même aux suzerains ecclésiastiques, de qui rele^ vaient certaines possessions delphinales ^.

Tel fut, notamment, le but de son voyage à Vienne, où il vint dans les premiersjours d'août prêter hommage à l'archevêque ^. De-Vienne, il se rendit à Tain, puis à Romans "; il tomba malade dans cette dernière ville et il fallut le transporter au château de Pisançon pour le

I. Dans son dernier lestaraent Ju 31 mai i355, il se qualifie toujours « Fratcr Humberlus » (Valbonnais, II, O18). Voy. aussi la reproduction de sa pierre tombale, qui se voyait autrefois dans l'église des Jacobins de Paris (^'albonnais, 1, 352-353.)

3. Valbonnais, 11, (Jiy-ôiS. — (îuiffrey, op. c(7., p. lu, 127.

3. a ... paulo post preefalus dux retrocessil in Franciam... » {Memorabilia H. Pilati; Valbonnais, II, 626). D'après le compte de Nie. Braque déjà cité, le « voyage de Lyon » se serait prolongé jusqu'à la rai-août (Arch. nat., RK. 7. fol. 20).

4. Dès le 16 juillet, il avait re<;u, à Lyon, l'hommage des seigneurs dauphinois présents à la cérémonie de prise de possession. Pour ces hommages et ceux qui suivirent, voy. ^'albonnais, 1, Go5 ; GuilTrey, p. y3 el sui\ ., 3.*r) et suiv.

5. 3o juillet i3'ir). Hommage du dauphin Charles à l'archevêque el au chapitre de Lyon (Acte public par M. Georges Guiguc dans le Carlulaire des Jiefs de l'Eglise de Lyon, 1890, in-'»", p. i3o-435, d'après l'original des archives du chapitre cathédraL — Procès-verbal de la cérémonie dans le Registruin Pilali ; Arch. de l'Isère, B. 3618, fol. 67-68 \°.)

6. 2 août 1349. Hommage du dauphin Charles à l'archevêque Bertrand de la Chapelle et au chapitre de Vienne (Arch. de l'Isère, B, 2618, Beg. Pilati, fol. -^-';!^ v°. — Cf. Valbonnais, II, 620 ; Guiffrey, p. 342, n" 168).

7. Valbonnais, II, 625 : « Item, in principio mensis augusti, dictus dominus Carolusvenit apud Tinctum, deinde Romanis... »

4a LE PREMIER DAUPHIN DE LA MAISON DE FRANCE

mettre en meilleur air '. La fièvre, compliquée de dysenterie, ne céda qu'au bout de quelques semaines (octobre iS^g). Quinze jours avant la Nativité (lo décembre), lo prince s'achemina vers Grenoble-, où il devait prolonger son séjour jusqu'après la fête de Pâques de l'année suivante (28 mars i35o).

A Grenoble, il retrouva Humbert II qui, ayant réuni dans le couvent des Frères Prêcheurs ses principaux vassaux, leur notifia de nouveau la donation pure et simple de ses Etats et leur commanda de reconnaître désormais le dauphin Charles pour leur suzerain ; la même injonction était faite, par leur intermédiaire, à toutes les communautés du Dauphiné et à chacun de leurs habitants en particulier 3. Les représentants des plus illustres familles dauphinoises — les Alleman, les Sassenage, les Bocsozel, les Gommiers, les d'Arces, etc. — avaient répondu à l'appel de leur ancien souverain. Ils acceptèrent d'autant plus facilement le changement accompli, qu'il était prévu ou désiré depuis longtemps, cl que leur nouveau maître s'était engagé par serment à ne porter aucune atteinte aux privilèges de la noblesse '*.

« Quelques jours après, la ville de Grenoble fit son acte de soumission. Le 8 février, la plus grande partie de la population était assemblée sur la place Notre-Dame, autour d'une estrade où se trouvaient l'évêque Jean de Chissé et le dauphin Charles. Les deux seigneurs, après avoir solennellement promis de respecter la charte communale de la ville, reçurent le serment de fidélité des habitants. A l'occasion de son avènement, le jeune dauphin accorda une amnistie générale pour tons crimes ou délits, sauf pour ceux qui étaient punis de la

I. \albonnai>, 11, l'iaô : << Circa finem cjusdem nicnsis fcgrolavit Carulus febre, translatas ad Pisancium febri et dissentcria ;pger usque ad menscm octobris... >i

3. Ibid. : « Item, in mense dccembri, quindecim diebus anlc Nalivitalem, ivit dominus Carolus apud Gralianopolim, ubi stetit usquc post Pasrha ».

3. i" février i j5o : «. Acta fuerunt ha?c apud Gralianopolim iu domo convenlus Praedicatorum dicti loci... » (Valbonnais, 11, G16.1

i. T' février i35o : «Acla fuerunt hœc apud Gralianopolim indomoepiscopali, etc. » (Valbonnais, H, Gi5). Parmi ces privilèges, devait figurer le droit de guerre privée. Les Memorabilia Humberti Pilalimeaiionncnl quantité d'actes de violence et les représailles qui en étaient la suite nécessaire, précisément dans le temps que le dauphin Charles se trouvait en Dauphiné. Dans des lettres de rémission du 20 juillet 1379, les « parens et amis » de Pierre de Moirans, qui l'ont aide à se venger d'un ennemi, s'excusent en disant « que en ycellui Daulphiné les nobles ont acouslumé de faire guerre les uns contre les autres quant il leur plaist » (Arch. nat., JJ. i34, n* 56, fol. 64-64 v).

RÉUMON DU DAl PH1>É A LA FRANCE ^3

peine de mort. Deux jours auparavant, le 6 février, il avait prêté hommage à l'évèque de Grenoble pour tout ce qu'il possédait dans la ville » *.

Après les fêtes de Pâques, Charles quitta Grenoble et redescendit dans la vallée du Rhône. Le 8 avril, il se trouvait de nouveau à Tain, où fut célébré son mariage avec Jeanne de Bourbon. La messe fut dite et la bénédiction nuptiale donnée au\ époux par l'archevêque de Lyon, Henri de Villars -, qui avait eu toute la confiance d'Humbert II et devait jouir du même crédit sous son successeur. C'était lui qui, l'année précédente, avait, par une délégation spéciale du Pape, accordé aux futurs conjoints les dispenses que le droit canonique rendait nécessaires 3. La cérémonie se fit très simplement, et devant une assistance relativement peu nombreuse, peut-être en raison des deuils récents de la famille royale ''.

1. A. Prudhommc, Hist. de Grenoble. Grenoble, 1888, in-S", p. aoa. — Pour l'Iiommage à révcque de Grenoble, voy. Arch. de l'Isère, B, 3007, fol. 662-663.

2. Valbonnais, II, 626 : « Item, die jovis post quaslmodo, oclava die mensis aprilis i35o, apud ilnctum, dominus Carolus, j'np/ii'a/u, facienteoUicium et missam célébrante domino Lugdunensi, uxorem suam Johannam primogenitam domini Pétri ducis Borbonesii desponsavlt .. »

3. Arch. nat., P. i367, n' lôV.!. Bulle de Clément \'l donnée à Avignon, le 6 des ides d'août (8 août) « pontiflcatus nostri anno octavo ( i34o). « ... Sed quia dicti Karolus et Johanna tcrcio ex uno et ex aliolateribus quarto consanguinitatis gradibus se contingunt, et prefatus dux ac dilecta in Christo tilia nobilis mnlicr Bona, ducissa Normanic, uxor ducis, et mater Karoli predictorum, eandem Johannam de sacro fonte levarunt, matrimonium contrahere nequeant, dispensacione super hoc apostolica non obtenta... » Sont commis pour accorder les dispenses : les archevêques de Lyon et de Vienne, l'évèque de Grenoble, ou seulement l'un d'entre eux. Les lettres d'Henri de Villars sont datées de Romans, « in ecclesia sancti Barnardi » ; 2 août iSiQ.

!t. Remarquez les mots in privntu qui correspondent au français priveeinenl. A propos du second mariage de Philippe VI, contracté si peu de temps après la mort de la reine Jeanne, les Grandes Chroniques notent ceci : « Et fu la feste à Braie-Conte Robert, priveement plus que en appert » (V, 493). Toutefois, en ce qui touche l'union du roi de France avec Blanche de Na> arrc, il se peut que la simplicité avec laquelle elle lut célébrée tint à une autre cause, à la parenté très rapprochée entre les deux conjoints : « Ces deux mariages, dit Jean le Bel, furent fais bien apertement contre les commandemens de sainctc Esglise, mais le pape Clément s'y consenti, car il n'y osoit contredire » (II, i85). Valbonnais, II, 625 : « ... dicto domino duce (Borbonesii) episcopo Gratianopolitano, Aymaro de Pictavia Valentinensi et Diensi comité, Hugone de Gebennis, domino de Villariis et multis aliis praesentibus ». Les mots maltis aliis désignent la foule anonyme ; il semble bien que peu de représentants de la noblesse dauphinoise aient assisté à ce mariage.

!l!\ LE PREMIER DAUPHIN DE LA MAISON DE FRANCE

Jeanne de Bourbon est une des plus gracieuses figures du xiv" siècle, mais dont il faut désespérer de fixer avec quelque netteté la véritable image. Elle a laissé une réputation de beauté '. jiistiliée moins par le témoignage de Christine de Pisan, en l'espèce peu intelligible-, que par les documents iconographiques où, malgré la gaucherie de l'exécution, se révèlent encore la finesse des traits et l'harmonieuse régularité du visage"^. Sur le trône, elle sut, par la gravité et la noblesse du maintien, se conformer aux vues de Charles V, très jaloux de tout ce qui pouvait rehausser l'éclat de la majesté royale. Outrant les apparences, le Livre des faits et bonnes meurs lui prête l'attitude un peu hiératique d'une impératrice de Byzance ^. Christine de Pisan eût été mieux inspirée et plus vraie, si elle se fut contentée de marquer, comme

1. s. Luce, Hist. de Bertrand du Guesclin, p. 455 : « ... celle cour (celle de Charles, duc de Normandie) que la belle Jeanne de Bourbon préside a\ ce lanl de dignilé gracieuse... ». — Guiffrey. op. cit., p. loO : «... le 8 mai, le dauphin Charles épousait à Tain la princesse Jeanne de Bourbon, qui devait laisser une des plus pures répulalions de vertu et de beauté dans riiisloire des reines'dc France».

Je cite ces témoignages, non qu'ils reposent sur des données très positives, mais parce qu'ils attestent un courant d'opinion — tradition ou légende — favorable à Jeanne de Bourbon.

2. Man.fr. ioi5J, fol. i4 \" : « ... la contcnencedc celle dame rassise louée. cl amodcrée entre toutes gens, aournée de toute beauté, passant les autres princesses, etc. » On ne voit pas clairement si les mots passant les autres princesses se rapportent à la beauté de la reine ou à sa conduite, pleine de dignité et de prudence.

3. Un des portraits les plus intéressants que je connaisse de Jeanne de Bourbon est un portrait à la plume tracé à l'intérieur d'une des lettres initiales (l'/i du nom Charles) de la charte solennelle donnée le 6 février 1371 pour le rétablissement de la commune de Tournay (.\rch. de Tournay. Layette, i366-i37o). Le portrait de Charles V s'y trouve également (lettre C de son nom).

'4. Bibl. nat.. Fr. ioi53. fol. li-i'i \' : « Et aux solemnitez des fcstes années, ou à la venue des notables princes que le roy vouioit honnourer, en quelle digneté estoit celle roync, couronnée ou atournée de grans richeces de joyaulx, vestue es habiz royaulx, larges, longs cl Iloutans, en sambues pontificales, Icsquelz ilz appellent chappes, ou en manleaulx roiaulz des plus précieux draps d'or ou de soye, aournés et resplendissans de riches pierres et perles précieuses, en ceintures, boutonneures et ataches, par diverses heures du jour habis rechangiez pluseurs foiz, selon les coustumes royales cl ponlificaulz, si que merveilles ert à veoir ycclle noble roync à telz dites solcmpnilcz, acompaignié de II ou III royncs pour lors encore vlvans, ses davancieres ou parentes, à qui portoit grant honneur cl révérence, etc. ! Ainsi celle 1res noble royne par l'ordcnance du sage Roy estoit gouvernée en estai hault, pontifical et honneste en toutes choses, si comme à tel princepce est aduisant et redevable, en la quelle en habiz, atours royaulz Ires honnorables, toute honnesteté estoit gardée. Autrement ne le souffrit le très sage roy sanz lequel commandement et ordenance ne feist (luelconquc nouvclelé en aucune chose ».

M\RÎ\r.E DU DAfPHIX f^J

elle l'a fait ailleurs, que par ses qualités naturelles ou acquises — le lact, la discrétion, lajustesse de l'esprit, — la Reine était la digne com4 pagne du « sage roi » *. "-

Cette union de deux conjoints, entre lesquels existaient des liens de parenté multiples et étroits, était-elle sans péril pour l'avenir de la dynastie ')- Jeanne était issue d'une race, dont le premier auteur, Robert deClermont, comte de Bourbon, était mort fou 3, et où l'on pourrait noter d'autres exemples de déséquilibre moral '^ Elle-même eut, dans sa courte existence, une crise pénible où sa raison fléchit au moins momentanément -K

La folie de Charles VI n'est donc que trop explicable, et dès le xiV siècle, on l'attribuait à l'hérédité maternelle 6.

1. Op. cit., fol. i4 y" : « L'assiete de table en sale, le triomphe et haullece, qui y estoit tant noble que ne cuid pareil estre au jour d'ui au monde, la contenence de celle dame rassise, louée et amoderée en paroles, maintien et regarl, asscurée entre toutes gens... estoit chose à veoir très agréable et de souveraine plaisance ».

2. J'ai déjà indiqué, au commencement de ce chapitre, le degré de parenté entre les deux cousins ; mais il y a bien pins encore. « Charles descend : de Philippe III (fils de S. Louis), jiar son arrière-grand-père paternel Charles de Valois ; d'Agnès (fille de S. Louis), par sa grand'mère, Jeanne de Bourgogne ; de Charles d'Anjou (frère de S. Louis) et de Béatrix de Provence (sœur de la femme de saint Louis), par son arrière-grandmère, Marguerite de Sicile. — Jeanne de Bourbon descend : de Philippe III, par son grand-père maternel Charles de Valois; de Robert de Clermont (fils de S. Louis), par son père. — Charles V et Jeanne descendent tous les deux de Hugues IV duc de Bourgogne. » (Brachet, Pathologie mentale des rois de France, p. 6o5). Pour la double parenté de Jeanne avec Bonne de Luxembourg, voy. dans le même ouvrage, p. 5oo et Go6.

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