‹ Histoire de Charles VChapitre 63 sur 381 · LE DAUPHIN \ LA COIU DE JEAN II (J.S · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN \ LA COIU DE JEAN II (J.S

d'une façon très satisfaisante. On a supposé qu'une rencontre obscure, le combat de Mauron, où les chevaliers de l'Etoile se firent tuer jusqu'au dernier pour ne pas violer leur serment de ne jamais reculer devant l'ennemi, avait porté à l'ordre un coup dont il ne put pas se relever i. Mais plusieurs, et des plus qualifiés, n'avaient pas combattu à Mauron et de nouveaux choiv auraient remédié au désastre. Jean II ne fil rien pour le réparer; Charles Y fut moins tenté encore de reprendre un essaiaussi complètement avorté. Et cependant une inspiration, peu différente, d'Edouard III avait été singulièrement heureuse et féconde. L'ordre de la Jarretière fournil au roi d'Angleterre ses meilleurs capitaines, et il est superflu de rappeler la vitalité et la fortune de cette institution fameuse.

Tous nous renseigner sur le caractère ou l'existence du dauphin pendant les années de sa vie, intermédiaires entre l'enfance et l'adolescence, nous n'avons que de rares documents où, en raison de leur nature — fragments de comptes, pièces de comptabilité, etc., — on ne trouve que de brèves et sèches indications. Tout au plus, peuventils jeter quelque jour sur les goûts du jeune prince, sur ses occupations ou ses divertissements. De bonne heure, il aima les bijoux, les pierres précieuses et les belles pièces d'orfèvrerie. On en a pour preuve les sommes déjà importantes qu'il dépense chez les joailliers et les orfèvres -.

1. C'est l'explication suggérée par Jean le Bel et Froissart {Chron., IV, 128).

2. II. Moranvillé, Journaux du Trésor n" i63 (16 juillet i353) : « Cepimus super dominuni Ualphinum Viennensem, dominum karolum, primogenitum domini nostri Ilegis, in partibus suis, pro einplione duoruin lapidum vocatorum gallice rubiz balaiz, de precepto ipsius domini Régis et per ejus cedulam,iii februarii CGCLII, signatani: Mathiev, per predictuin dominum Dalphinum, prout constat per cedulam suam sutam Itic infra, ab Otkobono Usus Maris, cive et mercatore Janue, pretio IX" flor. auri ad seul , prout in quodani instrumenlo publico inter Ingerannum de Parvo Cellario, thesaurarium ex una parte et predictum Otlobonum ex altéra, super hoc xvii die aprilis CCCLII confeclo, plenius continetur et de quibus duobus idem dominus Dalphimis per ejus cedulam, datam Nigelle, xxviii maii, signatam sic: par .Wons, le Daufjîn: TouR>ELR certifjîcat quod ipse in persona propria, per bonum concilium et de volunlate Régis, émit a predicto Octobono dictos duos rubinos balaiz, pretio IX" scut. aurielc. ».

Arch. nat., KK. 8, fol. 9 v. Achat par le dauphin, pour 900 écus d'or, d' (( une estoille et unes Pater nostres ».

Fol. 10 : « ... pour une couronne d'or faisant chappel et couronne, garnie pour le chappel de rubis balais, d'esmeraudes, de perles et de dyamans, et pour les fleurons de rubis d'Alixandre, de perles et d'esmeraudes, pesans environ m mars ini onces, délivrées par devers Mons. le dauphin par cedule du Roy donnée à Patis le xxi' jour dejanvier dessus dit rendu dessus ou chapitre d'orfaverie.. . vin° l escus ».

f)/| LE PREMIER DAIPIIIN DE LA MAISON DE FRANCË

Même au lendemain de Poitiers, il ne saura pas s'interdire les fantaisies coûteuses et tel sera son penchant au luxe que l'Empereur, son oncle, lui en adressera de sévères remontrances'. Tombé malade àMontereau, en i352, il se fait apporter de Paris les joyaux confiés à l'argentier — la charge d'une charrette — et oublie son mal ou se distrait en les regardant -^

A-t-il dès cette époque sa ménagerie, et notamment les lions qui. même avant son avènement au trône, seront l'une des curiosités de l'hôtel Saint-Pol? On ne lui connaît encore qu'un ours, assez famiUer et assez libre de ses mouvements, pour déchirer, dans la chambre du dauphin, une tapisserie où était figuré c le vœu du héron o^. A l'occa-

Lcs derniers achats mentionnés d'après le registre KK. 8, se rapportent évidemment ou très vraisemblablement à la fête de TEtoile. On pourrait objecter que, dans ces divers cas, il s'agit de cadeaux faits par le Roi ; les exemples n'en sont pas moins probants, au moins à titre d'indication, les cadeaux témoignant en général du goût de celui qui les reçoit.

1. Continuation de la Chronique de Richard Lescot, édit. Lemoine, Soc. de l'hist. de France, p. 106-107.

« 2^0. — Intérim, dum liée agimtur, idem dux, de consilio quorumdam qui cor facile sequebantur, thesauros paternes apud Luperam visitans, coronam speciosissiniam fabricari jussit, que, cum diligentissima per totum regnum inquisitione lapidum pretiosorum eidem inferendorum, vix in decem annis ad perfectum deducta est.

« 2'i~. — Paucis dehinc evolutis dicbus, relicto regimine regni fratri suo comitti Andegavie, Ludovico, ad auxilium pro paire implorandum in pomposo habitu et nobili comitliva avunciilum suum imperatorem adiilqui lune Métis residebat, a quo effabiliter et honorifice susceptus. Videns imperalor statumejus superlluum in veslimentis auro et gemmis contextis, ipsum valde redarguit maxime cum hoc sibi non liceret, rege pâtre captivato, succursum tamen rediret sicut recedens jusserat fsic) ».

2. Arch. nat., KK. 8, fol. 1 39-189 v° (Compte d'Et. de la Fontaine du i" juillet iSBa au i" janvier i353) : « Ledit Pierre des Barres (orfèvre) pour deniers à lui bailliez par sa lettre donnée le xxiiii* jour de juillet pour paier la voiture de m chevaux et d'un charretier qui mena de Paris à Monstereul en fort d'Yonne certains joyaux par devers mons. le dalphin et de son commandement pour soy esbatre et donner entente pour ce qu'il esloit lors dehaistiez, pour xii jours alans, venans et demourans la, et aussi pour paier une autre semblable voiture à ni chevaux et de un chartier qui mena autres grans joyaux au dit lie\i que mon dit seigneur le dalphin manda de rechief par Jehan le Braillier, orfèvre du Roy.parviii jours alans, venans et demourans. dedens le quel temps furent mené: et conduis tou: les diz joyaux en plusieurs autres lieux après mon dit seiijneur le dauphin, pour les despens du dit Pierre et de m autres hommes de sa compaingnie à cheval pour les xii jours dessus diz pour conduire et garder en chemin les diz joyaux, pour tout xlvii livres. »

3. H. Moranvillé, Extraits des journaux du Trésor, n" i58 (16 avril i358). «... Domious Karolus Dalphinus Viennensis, primogenilus domini Régis, pro denariis

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sion, ses gens sont plus dangereux et plus malfaisants que l'ours L'année même, et vraisemblablement dans le temps où se célèbre la fête de l'Etoile, ils brûlent, à Pierrefitte, une maison appartenante l'hôtelière de a la Fleur de lys ., et cet accident laisse supposer quelque scène de violence ou une folle orgie '. La folie a, d'ailleurs, son représentant atlitrédans l'entourage de Charles de France. C'est « Mitton le fol », un des familiers de l'Hôtel et l'un des mieux traités ^

Pour se rendre à Rouen, le dauphin, que nous retrouverons bientôt duc de Normandie,disposed'unbaleau de plaisance. -u un petit lin .), -construit spécialement à son usage et où il arbore sa propre bannière, écartelée de France et de Dauphiné3. Le roi lui-même l'a fait

ih rrrn. ''.''''''!''''''' P^^ ^^'^"'«- 'P-- domini Régis, datam x die decembn. CCCLII. s.gnalam : par le Roy, Blanchet, pro solutione cnjnsdam panni lanei adymag.nes super volo Hardec, quem pannum idem dominus Dalphinus accommodaverat et quern ursus ipsius Dalphini dilacoraverat ; idcirco eunden, pannum idem dommus Dalphmus pênes se retinuit. pro eadem solutione facienda, v." scut auri sine pretio. ». •

.. Bibl. nat., Fr. 20/.,.. n» ,5 (.0 février .35,). Mandement de Jean 11 à la Chambre des comptes: <. Vobis precipiendo mandamus quatinus summam viginli denanorum aun ad scutum quam dilecti et fidèles nostri thesaurarii I^arisius, per Petrum iTcTZ F "' r ""'"" ^emausensem, vel ejus locum tenentem. Benvenute d Ole de Erreur, ho.sp.t.sse Floris Lilii de Petrafricta, in recompensalionem cujusdam domus ipsius, que per génies Karoli majoris filii nostri dalphini Viennensis fuerat combusta. de mandato nostro fecerint exsolvi. sine quacunque difficultate in ipsorum compatis allocetis etc. ». ^ 4 ucuuaie in

nil'r' Tnx\7'\f' ^"■''' ''°''' «"'■-^î"é beaucoup de désordres et d'excès (L. Panmer, La iSoble Maison, p. io5-io6).

s. Arch. nat.. KK. 8, fol. 9-9 v". Le dauphin commande pour lui une ceinture une see une verge, tous articles d'orfèvrerie. -Douët-d'Arcq, op. cit., p. i5o cLedi Jehan (Perceval). pour 2 aunes et un quart d'un marbré court de Br;ixelles et 3 au

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1- - , \. ^ 12 3 p. » — /6(d. .• Autre robe au même « nonr sa

nree de Penthecouste ... ,1 y a de l'argent mieux placé. Ainsi le dauph" nfreUe: et fait élever un enfant trouvé, « Xandrin ». Voy. KK. 8, fol. 7. : « Pour fourrer une robe de „i garnemenz que Mons. le dauphin donna à un enfant trouvé, leque Il fait aprendre aus escolles etc. ». ^

Revel,. - Niconte de Roen, le Roy nostre sire nous a ordené a fere fiere un petit ma nT ": '^ ^alfin son filz et à mettre banieres par dessus. Pour quoy nous vou mandons que a Thomas Faulques, mestre de l'artillierie du Roy nostre dit seigneu

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es LK PREMIER DAUPHIN DE L\ MAISON DE FRANCE

faire pour son fils aîné, car, à cette époque, rien ne trahit dans leurs rapports la mésintelligence dont nous aurons par la suite des preuves indéniables. Les causes qui ont pu la provoquer apparaîtront mieux dans l'un des chapitres suivants, mais dès à présent il est possible d'indiquer quelques-uns des griefs qu'exploiteront de fâcheux conseillers. Charles s'est-il plaint d'avoir été apanage trop tardivement? Peutêtre. En tout cas, on a dû souligner l'oubli apparent où il était laissé, au lieu de lui faire observer qu'en possession du Dauphiné depuis i3^9, il était aussi bien pourvu qu'aucun héritier du royaume ne l'avait jamais été. Jean 11 n'a pas imité la conduite de son propre père à son endroit; il a beaucoup attendu avant d'émanciper son fils aîné, et, en fait, on ne sait pas à quelle date, ni dans quelle forme il l'a « mis hors de la puissance paternelle n. En i355, au moment de la conclusion du traité de paix avec la Savoie, le dauphin était encore réputé mineur et incapable de s'engager valablement sans l'autorisation de son père*. Cette tutelle prolongée lui pesait sans doute. Ce serait une erreur de croire qu'elle prit fin implicitement quelques semaines plus tard, lorsque le roi, désignant son fils aîné pour son lieutenant en Normandie, l'eût reconnu, par le fait même, (( en âge » déjouer un rôle personnel et d'assumer la responsabilité du commandement -. L'émancipation ne se présume point 3; elle résulte d'un acte formel, et l'on sait, d'ailleurs, que vers la fin de cette même année i355, Charles était toujours considéré comme mineur ''.

1. Je rappelle le préambule déjà cité (p. 53 n. 5) du traité du 5 janvier i355 : « Johannes etc. et nos Karolus ipsius domini régis primogenilusdalphinusque Viennensis cuin auctorilate et assensu dicti domini genitoris nostri expresse nobis prestitis ad oinnia et singula infrascripta etc. i>.

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