‹ Histoire de Charles VChapitre 68 sur 381 · Chronique normande du XIV' siècle, p · texte numérisé non relu

Chronique normande du XIV' siècle, p

'4. Ceci ressort de quelques lettres échangées entre le duc de Lancastre et le cardinal de Boulogne, que j"ai publiées ou analysées ailleurs. (Premières négociations de Charles le Mauvais avec les Anglais (135i-i355j, dans Bibl. de l'Ecole des Charles, t. LXI [kjoo], p. i-3o.)

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74 lE DAUPHIN LIEUTENANT DL' ROI EN NORMANDIE

II. — La maison d'Evreux était apparentée de très près à la famille royale. Elle remontait à Louis, le plus jeune fils de Philippe III, né de son second mariage avec Marie de"Brabant. Aucun prince peutêtre na été aussi souvent mentionné et n'est plus mal connu, encore que quelques traits de sa personnalité physique et morale puissent être restitués, par conjecture, d'une façon assez plausible. Lourd et peu fait pour les exercices du corps, ami du repos, d'un caractère facile *, il a tenu, sous le règne de son frère et de ses neveux, lerang et les emplois pour lesquels sa naissance le désignait ^. Il est « un des chefs du Grand Conseil, un des principaux négociateurs du roi et le commandant de ses armées sur les frontières de Flandre ». « Loyalisme absolu, rôle effacé ou nul, il semble bien que ce soit là le résumé de sa vie politique » '■^.

Philippe d'Evreux, son fils aîné, est une figure d'aussi peu de relief, quoiqu'il fût mieux doué pour l'action et qu'il ait eu l'occasion de le montrer '♦. Par son mariage avec Jeanne, l'unique héritière de Louis le Ilutin, il pouvait prétendre au royaume de Navarre, ainsi qu'aux comtés de Champagne et de Brie. Un traité, conclu en i336 avec Philippe de Valois, ne lui laissa que la Navarre, Jeanne, sa femme, ayant renoncé une fois de plus à la Champagne et à la Brie, en échange desquelles elle reçut les comtés d'Angoulème et de Mortain et d'au-

1. Ces traits de son Icmpéramciit physique et moral se déduisent légitimement, semblc-t-il, des termes d'une lettre que lui adressait, à la date du 2(5 mai i3o5, le prince de Galles (le futur Edouard II), déjà fiancé avec Isabelle, la fille de Philippe le Bel (Public Record Office, Misceilaiwa of the Exchequer, 0/2).

2. Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le Long. Paris, Hachette, i8(j7, in-8. p. 283. On trouve dans cet ouvrage de nombreuses mentions de Louis d'Evreux. Je renverrai également au Charles de Valois (1270-1325) de M. Jos. Petit (Paris, Alph. Picard, ujoo, i vol. in-8).

3. Lehugeur, op. cit., p. •,:83-28.'i. L'auteur, dans ce passage, parle de Philippe et de Charles d'Evreux, mais ce qu'il dit s'applique ti3ut aussi bien et mieux encore à leur père, le comte Louis. — ^'oY. les observations très justes de M. Jos. Petit sur le caractère des apanages au commencement du s.iv' siècle. Ils ne constituent pas un danger pour la royauté; ils sont, au contraire, un « excellent moyen d'étendre partout l'influence de la dynastie, et par conséquent de son chef ». {Op. cit., p. 3i3).

i. En i3'io, il alla au secours du roi de Castille Alfonse, attaqué par les Maures. Blessé grièxemcnt a Algésiras, il vint mourir à Xérès, le ili septembre i3.'i3 (Ph. le Brasseur, Hist. du comté d'Evreiw. 1722, in-'i, p. 23^, et Hisl. généal de la France par le P. Anselme, I, 281). Je ne trouve pas dans les chroniques la justification de ce fait qu'à Cassel il aurait sauvé la vie à Philippe de Valois (P. Le Brasseur et Anselme, op. et loc. cit ).

CHARLES LE MAUAAIS -yÔ

très compensations pécuniaires*. A l'avènement de la nouvelle dynastie des \alois, il s'abstint de revendiquer les droits au trône de France que la fdle de Louis le llutin aurait eu bien peu de chance de faire reconnaître, la question ayant déjà été tranchée contre elleau décès de son père-. Philippe d'Evreux mourut en i.'i'i3 11 avait eu une nombreuse lignée, notamment trois (ils : Charles, Philippe et Louis, Charles le Mauvais et ses deux frères. L'une de ses fdles, Blanche, fut reine de France pendant quelques mois et ne décéda qu'en iSgS, après un veuvage de près d'un demi-siècle.

Des trois fils de Philippe d'Evreux. le premier, celui dont le nom reviendra constamment au cours de cette histoire, est aussi connu ([ue peut l'être un personnage dont nous sépare un passé de plus de cinq cents ans. Ses contemporains lui ont fait un fâcheux renom et la postérité n'a jusqu'à présent aucune raison valable de lui être plus clémente. Pour le réhabiliter, on a mis en doute la sincérité ou l'indépendance de chroniqueurs, tous ou presque tous favorables à ses ennemis politiques 3. L'objection est sérieuse, et il faut en tenir compte, surtout en lisant une chronique officielle comme celle qui est attribuée à Pierre d'Orgemont. Mais les amis de Charles le Mauvais, quand, par hasard, ils tiennent la plume, gardent-ils aussi lajuste mesure et sont-ils plus dignes de créance!' Le i"janvier 138-, le roi de Navarre meurt à Pampelune, des suites d'unaccident à la fois horrible et vulgaire ^, et à ce propos l'évêque de Dax^, qui avait été l'un de ses principaux conseillers"', écrit à la reine Blanche, veuve de Philippe VI,

I. Secousse, Mémoires pour servir à ihisloire de Charles II roi de .Xavarre el comte d'Evreux surnomme le Mauvais, Paris. 1758, iii-'i. p. 22

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