REPRISE DE L\ GUERRE FRANCO-ANGLAÎSE
de l'année i355, des k lieutenants du roi o, investis d'une autorité presque illimitée '.gardaient les principales frontières du royaume : le comte d'Armagnac en Languedoc ^, le maréchal de Clermont dans les pays compris entre la Loire et la Dordogne ^, le maréchal d'Audrehem en Picardie et en Artois ^. Mais il n'y avait là que l'apparence d'une organisation régulière et permanente •'. La mobilisation, si l'on peut user de ce mot, s'improvisait hâtivement, à la dernière heure, et, du groupement des petites unités d'effectif si variable, connues sous le nom de compagnies, ne sortaient que des armées mal encadrées, sans discipline et sans cohésion. En réalité, au début du règne de Jean II, rien n'était prêt pour repousser une agression et tout restait à faire.
III. On aura remarqué, dans l'énuméralion des grands commandements militaires quia été donnée plus haut, une lacune inexplicable, s'il ne se fût agi d'une vacance provisoire et, comme la suite le montrera, peut-être intentionnelle. Le maréchal d'Audrehem, après avoir été, pendant un an et demi environ, lieutenant du roi en Normandie*^,
1. Voy. à titre de spécimen, et quoiqu'il s'agisse d'une époque un peu antérieure, la commission de lieutenants du roi « en Gascoigne, Agenois, Bourdelois et en toutes les autres parties de la langue d'oc )) pour les comtes de Foix et de l'Isle-Jourdain (3i décembre i'i'\~. — Bibl. nat., Pièces originales, t. i55ij, dossier 35.712,
L'ISLE-JOLRDAIÎI, D" a).
2. i3 janvier i355 : « ...souz le gouvernement Mons. Jehan comte d'Armignac, lieutenant dudit seigneur es parties de la langue d'oc... » (Bibl. nat., Clairatnbault t. L\X, n° 20.)
3. 2 mars i355 : « . ..souz le gouvernement de Mons. Jelian de Clermont, sire de Chantilly, mareschal de France, lieutenant dudit seigneur es pais d'entre les rivières de Loyre et de la Dourdoigne et es parties d'Auvergne ». (Bibl. nat., Clairambault, LXWII, n» 83.)
I4. 12 juillet i355: « ...soubz le gouvernement de Mons. le mareschal d'Audenehan, lieutenant dudit seigneur es parties de Picardie .. » (Bibl. nat., Clairambault, XWIII, n° 3-.) Les provisions du maréchal d'Audrehem sont du i" janvier i355. (E. MoWxner, Elude sur la vie d'Arnoul d'Audrehem, maréchal de France, etc., p. iij, et Pièces justif., n° xxi).
5. Les titulaires de ces grands commandements militaires changent fréquemment. Les circonscriptions dans lesquelles s'exerce leur autorité ne sont pas très nettement délimitées ; elles empiètent parfois les unes sur les autres. Mais il faut tenir compte du vague, de l'à-peu-près des quittances et autres pièces de comptabilité ovi novis puisons nos renseignements. Cette organisation était sans doute insuffisante ; il ne faudrait pas croire que le désordre fût aussi grand qu'il le parait au premier abord.
G. Les lettres patentes conférant à Arnoul d'Audrehem les pouvoirs de lieutenant du roi « en toute Normandie » — dans la Basse comme dans la Haute Normandie — sont du 2 août i353 (Arch. nat., JJ. 82. n» 18, fol. 11). Mais dès le mois
était passé au gouvernement de l'Artois et de la Picardie *, sans que personne, semble-t-il, eut été désigné pour le remplacer. '^ La province qu'il quittait était cependant, plus que toute autre, sous le coup d'une invasion, depuis que l'alliance anglo-navarraise avait failli «e nouer et restait comme une continuelle menace. Le Gotentin était àpeu près perdu pour le roi de France. Depuis le traité de Mantes, l'influence de Charles le Mauvais y était prépondérante, surtout avec l'appui de Godefroy d'Harcourt, dont l'attitude souvent provocante, toujours peu franche, réveillait le souvenir de la trahison de i346. La « Marche de Bretagne », — où entre Dinan et Pontorson se formait peu à peu la légende épique de Bertrand du Guesclin 3 — appelait une surveillance de tous les instants, la Bretagne étant la terre d'élection et le repaire des aventuriers anglais. Pour toutes ces raisons, la Normandie ne pouvait être abandonnée à elle-même, et, au printemps de l'année i355, des mesures de défense sérieuses s'imposaient.
11 n'est pas douteux que ce fut là le vrai motif de la mission dont fut investi, peu de temps après l'échec des conférences d'Avignon, le fils aîné du roi de France. Au Dauphiné, qui, d'après les traités, appartenait en propre au dauphin Gharles, Jean 11 venait d'ajouter, à une date inconnue, mais récente, le comté de Poitiers, constitué en apanage*, et qui devait être, à la fin de la même année, échangé contre le duché de Normandie. G'est précisément en Normandie que le jeune prince, peu mêlé jusque-là aux affaires du royaume, allait faire ses débuts 2.
de juin de cette même année le maréchal prenait le titre et faisait fonction de lieutenant du roi (E. Molinier, op. cit., p. 89).