Voy. les lettres précitées de Jean 11, du 2^ mars i35i
2. Cette conjecture a été émise par M. de Montaiglon avec une grande réserve {Archives de l'Art français, t. III [Documents, t. 1I|, i852-i853, p. 334; P. Goujon, op. cit., p. 420). Elle a été reprise par Bernard Prost, qui s'est surtout attaché à démontrer qvie Girart d'Orléans, qu'on oppose d'ordinaire à Jean Coste, n'était qu'un simple décorateur, incapable de produire une œuvre d'art, ayant la valeur du portrait de Jean II {Arch. Itistor. et littér., t. II, iSgo-f)!, p. 81-92).
L'attribution reste incertaine. Henri Bouchot, tout en louant hautement cette œuvre (( capitale », a dont aucun autre pays ne possède un éciuivalent », penche plutôt pour l'opinion traditionnelle, d'après laquelle le portrait de Jean le Bon serait « de la main du peintre, valet de chambre zélé, qui suivit son maître en Angleterre, Girart d'Orléans » {L'exposition des primitifs français, dans Bévue des Deux- Mondes, là mars 1904, p. 426-43o).
3. Cela paraît résulter des mots : gravi infirmitate diu detentus, c£ui se lisent dans les lettres royales et aussi des égards que Jean II lui témoigne.
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voulu qu'on refît tous ceux pour lesquels on s'était servi simplement d'étain doré. « Homme simple », dénué de sens pratique, n'ayant point de clerc pour tenir ses comptes, Jean Coste courait à sa ruine, quand, fort heureusement pour lui, le Roi vint au Vaudreuil, vers le temps de Pâques de l'année i354. Pour sauver son peintre, pour prévenir le désastre où l'entraînait le désordre de sa comptabilité, Jean II lui accorda une faveur signalée'. Le jour même de Pâques, il déclara, par lettres patentes, que, pour le règlement de ses comptes, Jean Coste serait cru sur parole et qu'on n'exigerait de lui aucune justification écrite des sommes reçues et dépensées.
C'était le tirer de cruels embarras; mais bientôt la maladie ou la vieillesse trahirent sa bonne volonté. Dans les premiers mois de i356, le dauphin, devenu duc de Normandie, se trouvant au château du Vaudreuil, dut traiter, pour l'achèvement des peintures laissées en souffrance, avec un autre peintre, Girart d'Orléans, très connu aussi, mais de moindre talent, ou qui tout au moins acceptait et exécutait des besognes infiniment plus modestes "-. L'arrangement conclu paraît indiquer que le travail continuera à être fait par Jean Coste. Voulait-on ménager son amour-propre au moment même où un autre prenait sa place? Girart d'Orléans n"avait-il été chargé que des détails matériels de l'entreprise, avec la mission de la diriger et de la faire aboutir? Ce
1. « ... non obstante qiiod simile nondum fieri consuevit... », disent les lettres du 3^ mars i354, auxquelles sont empruntés tous les détails qui précèdent.
2. Les textes à consulter sur ce point sont : i° Le devis ou plutôt le programme des travaux à exécuter ou à terminer au ^ audreuil, par Jean Coste, sous la surveillance et avec le concours de Girart d'Orléans (25 mars i35(j); 2» Un mandement du dauphin, duc de Normandie, à son trésorier Jean Baillet, poiir le paiement des sommes qui seront dues à Jean Coste (25 mars i356); 3» Des lettres de Jean Baillet au vicomte du Pont-de l'Arche relatives au même objet (Rouen, 1 avril i35(i;. Ces trois documents, qui avaient été acquis parM.Salmon à la vente Joursanvault, sont conservés aujourd'hui à Chantilly (Papiers de Condé, Série J, t. I, fol. 2, 3, 4). J'en dois une copie à l'extrême obligeance de M. L. Delisle. Us ont été plusieurs fois publiés, notamment par M. P. Goujon {op. cit., p. /|oy-4i3), mais toujours d'une façon très défectueuse. Le premier débute ainsi : « C'est l'ordenance de ce que je Girart d'Ûrliens ai traitié (et non caulié] à ferc par Jehan Coste, au chastel du Val de Rueil, sur les ou>Tagés de pointure qui y sont à parfaire, tant en la sale comme aillieurs, du commandement monseigneur le duc de Normandie, l'an de grâce mil CCC cinquante et cinq, le jour de Nostre-Dame en mars ». L'acte tout entier est très intéressant, mais c'est surtout une mention de la peinture à l'huile qui a attiré l'attention des historiens de l'art français : « Et toutes ces choses devisées seront fêtes de fines couleurs à huile etc. ».
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sont des qiioslions tlélicates,qiie l'imprécision des textes ne permet pas de résoudre.
Après une semaine environ passée au Vaudrenil, dans une intimité que la fourberie du roi de Navarre rendait sinjjulirrement dangereuse pour le daiipiiin, les deux beauv-l'rères partirent ensemble pour Paris'. Le 2/i septembre, au château du Louvre, devant une nombreuse assistance, le roi de Navarre, sans reconnaître franchement ses torts, sollicita et obtint son pardon. En retour, il promit de se montrer - bon et loyal » envers le Roi'-.
Il ne renonçait pourtant ni à ses intrigues, ni à ses perfidies. Vraisemblablement, à cette époque, il avait déjà commencé — au Vaudreuil et pendant le \oyage du retour — à exciter le dauphin contre son père, à lui inspirer les plus imprudentes déterminations, ou à les encourager. D'après un factum, troj) partial, sans doute, pour mériter une créance absolue •■*, le roi de Navarre n'aurait été, dans cette circonstance, que rinstrumeni d'un prélat remuant et ambitieux, Robert le Coq, élu évéque de Laon en i35i, et mêlé depuis longtemps aux affaires publiques, soit comme avocat du Roi, soit comme maître des requêtes de l'ILMel '\ Abusant de son caractère et de son autorité, Robert le Coq aurait tout mis en œuvre [wnir persuader au daui)hin que son père le haïssait et pour l'amener à faire un éclat 5.
Ces excitations décidèrent Charles à former un projet, qui ne nous est connu que par des lettres de rémission, délivrées au mois de jan-
1. Gr. C/iron., VI. 17 : « ... et de là (du Vaudrenil) le dit monsoijrneur le dalphin le mena à Paris devers le roy ».