‹ Histoire de Charles VChapitre 86 sur 381 · PROJET DE FIITE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

PROJET DE FIITE DU DAUPHIN

d'Annccl, Maubiic de Maincmares et plusieurs autres encore '. Singulier assemblage de noms, où Ion trouve confondus des Navarrais notoires, des mécontents, comn)e les seigneurs normands mêlés à l'afTaire, un chambellan de Jean II. et des aventuriers : tels les (ils d'un bâtard de la maison de Bourbon. L'interrogatoire de Fricamps nous donne la clef du complot avec une précision si accablante pour Charles le Mauvais, que, sans considérer ces révélations conmie une pure fable, il est prudent de les accueillir avec une grande réserve. Il ne s'agissait de rien moins, parait-il, que de se saisir de Jean II, de l'enfermer dans une

I. « ... et pIliMMirs a^l^■lres tant des gcti/ de nosdiz lilz comme aiilros », disent les lettres de rémissifin (Secousse, Ik'cueU, p. !\-). \oici quelques indications sur ceux de ces personnapres qui ne nous sont pas encore connus :

Guillaume, comte de Namur. quatrième lils de Jean II et de Marie d'Artois. Jean II était fils de Gui de Dampierre et avait eu le comté de Namur par partafre liérédi taire. Maried'Arlois était la sœur du fameux Robert d'Artoi-.

Jean I. comte d'.Vuvergne cl de Montforl, fils aîné de Robert \ III. comte d".\u verprne et de Boulojjne, et de Marie de Flandre. Avant d'hériter du comté d'.\uvergne, il portait le titre de comte de Monlfort. Frère du cardinal de Boulogne et de Godefroy de Boulogne, nommé avec lui dans les lettres de rémission.

Jean \ , comte d'Harcourt, lils aîné de Jean IV, tué à Crécy. et de Marguerite de Parlhenay. Mis à mort à Rouen, le 5 avril i35(5, par l'ordre de Jean 11. Neseu de Godefroy d'Harcourt et de Louis d'Harcourt, vicomte de Gliatellerault.

Jean de Mortagne, seigneur de l.andas, lils de Jean de L. et petit Mis de .'can de Mortagne qui. en épousant Marie de I.., prit le nom et les armes de Landas. Les Landas étaient bouteilliers héréditaires de llainaiit. — Mortagne ; Nonl. arr' de Valencieniies.

Gauthier ou Gaucher de Lor est un des capitaines qui, en i35(j, défendirent la ville de Reims contre Edouard 111.

Régnant, sire d'Aubigny, sénéchal de Toulouse et d'Albigeois, l'un des prisonniers de Poitiers.

Robert de Lorris, seigneur d'Ermenon\illc. chambellan de Jean 11.

Jean Malet, sire de Graville, mis à mort à Rouen, le .5 avril i35i3.

Georges de Clères, fils de Philippe de C. et de Jeanne de Meulan.

Girard (ou Gérard) et Guillaume de Bourbon étaient \raiseml)lablcment frères et fils de Guy de Bourbon, un bâtard du duc Louis 1 (Anselme, I, 299; IHiillard Bréhollcs, Titres de la maison de Bourbon, t. I, n° aj'n, 2i février iSiio ; Arch. de la Côle-d'Or, B. iiyS^. 27 août i35i). Froissart les mentionne plusieurs fois. Ce que dit Kervyn de L. à leur sujet est confus et inexact (C/iront(/«es, t. XX, v" Bourbon).

Pierre de Sacquenville, chevalier normand, l'un des partisans les plus connus du roi de Navarre. Décapité en i36i. après la bataille de Cocherel.

Thomas de Ladit, chanoine de Chartres, chancelier de Navarre ; mis à mort en i358.

Guill. dAuncel. échanson de Jean, duc de Normandie, en i3i9-i35o (Arch. nat. KK. 7, fol. /jo v").

Guillaume, dit Maubuc de Maineniarcs, mis à mort à Rouen, le 5 avril i35(j.

Il8 LE DAUPHIN LIEUTENANT DU RQI EN NORMANDIE

tour, et là d' u abréger sa vie o '. Les conjurés savaient fort bien de quelle façon avait pris fin le règne d"Edouard II et par quels procédés Edouard III avait succédé à son père.

Pour la réussite de ce plan, Charles de France devait se rendre auprès de son oncle, l'empereur Charles IV, et obtenir un concours, sans lequel on ne pouvait rien tenter-. Sous quelle forme l'eùt-il sollicité.^ Ici les indices même font défaut et les conjectures seraient extrêmement incertaines. 11 est probable, cependant, qu'un retour offensif du dauphin, appuyé par les forces que l'Empereur eût mises à sa disposition, aurait co'incidé avec une prise d'armes des Navarrais en Normandie. Déjà la date du départ était fixée (7 décembre). Friquet de Fricamps raconte que, ce jour-là, vingt à trente hommes d'armes navarrais vinrent à Saint-Cloud 3, pour y attendre le dauphin et le conduire auprès du roi de Navarre à Mantes ; c'est de là qu'il eut gagné les terres d'Empire sous bonne escorte '*. Au dernier moment, le prince fit prévenir Charles le Mauvais qu'il ne partirait pas, son père l'ayant « retenu », et qu'il rendait leur liberté à tous ceux qui étaient dans la confidence de ses desseins ^. Comment ce projet échoua-t-il ? Comment le secret du complot fut-il découvert ? On l'ignore. 11 est possible que le hasard seul ait servi le roi de France. Peut-être aussi, le dauphin, en apprenant qu'on \oulait le poussera des extrémités dont il n'avait

1. Secousse, Recueil, p. Go : « Hem, l'alée devers l'Empereur esloil ordenée pour ce que le duc de Normandie et le dit roy de >a\arrc eussent aide de lEmpereur, pour prendre le roy Jehan et Icmprisonner en une tour, et ylleuc abregier sa vie... »

2. Il n'est pas sur que Charles I\ ail été instruit de ce projet ; du moins, les sources allemantles ne nous axiprcnnent-clles rien à cet égard. \oy. Adolf Gottlob, Karls IV privale und {Hjlilisc'ic Be:ieliungeii :u Frankreicli, Inn^hrùck, i883, in-8°, p. 7<j: « Und Karl I\' ? Warschciidich wusste er gar niclils von dem ganzen Plane, wenigstens ist uns kcin Zeugniss seiner Mitscliuld ïiberliefcrl ». Werunsky, l'historien de Cliarles IV, ne mentionne pas cet incident. M. Leroux n'en parle que d'après les textes mis au jour par Secousse Recherches sur les relnlions politiques delà France avec l'AUemaf}ne de 1292 à 1378, p. 255).

.3. Secousse, Recueil, p. 50. II cit possible qu'il s'agisse ici du bois de Boulogne, toujours appelé bois de Saint-Cloud au xn' siècle.

h. Ibid. : « ... et depuis Mons. le duc estant à Paris manda à Mons. de Navarre, qui cstoit à Pacy, qu'il ic \enist querre, et pour ce ledit Roy vint à Mante, et d'illeuc envoya la veille, c'est assavoir de la Conception Nostre-Dame darrenier passée, environ vint ou trente hommes d'armes par devers le dit Mons. le duc, pour le conduire et amener à'Mante, afin que dilleuc ils se partisseul pouralcr devers l'Empereur, ainsi que délibéré csloit ».

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