Un peu plus de
naient eiiA-mèmes au i' mars de l'année suivante, afin d'examiner, dans une deuxième session, s'il y aurait lieu de laisser courir les impositions établies ou de les remplacer par des taxes nouvelles '.
La réconciliation du dauphin avec son père avait causé une vive inquiétude à tous ceux qui, ayant été les instigateurs ou les complices du projet de fuite, n'osaient pas compter sur la même clémence. L'attitude du Roi ne tarda pas à les rassurer. Par des lettres patentes des 6 et i3 janvier i356, il accorda son pardon à tous ceux qui étaient compromis par la faute du dauphin '-. 11 renonçait à venger cette nouvelle injure, comme il avait renoncé à venger la mort de Charles d'Espagne. Mais il lui était impossible d'oublier complètement le passé, surtout quand il avait tous les jours des preuves de la mauvaise foi persistante du roi de Navarre, quand les mêmes conseillers perfides continuaient à entretenir chez ?on fils les craintes et les défiances qui aA aient failli le conduire à une rébellion ouverte 3. Comment s'étonner que, moins de trois mois après les faits qui viennent d'être racontés, il ait suffi d'un mot imprudent, d'un faux bruit peut-être, pour provoquer l'explosion d'une colère longtemps contenue, et l'une des scènes les plus tragiques qu'ait enregistrées l'histoire du xiv" siècle?
1. Gr. Chron., M, 21-22. — Voy. l'Ordunn. du 28 déc. i35,5 (O/c/onn. des rois de France, III, nj et ï?iiiv). — Ce texte, qui est extrêmement important, ne saurait être analysé ici. II règle notamment, et d'une façon 1res précise, la perception, l'administralion et l'emploi des fonds fournis par le subside.
2 Voy . p. 1 iG, n. 'i.
3 Acte d'accusation, art. sS-ag.
CHAPIÏKE IV
Charles duc de Normandie. — L'emprisonnement du roi de Navarre.
I. Le prince de Galles en Guyenne ; sa chevanehéc à travers le Languedoc. Jean II décide denvoyer son lils aine dans les provinces méridionales du royaume avec le litre de lieutenant du Uoi. Les Etats de la langue d'oc. Préparatils de départ dti dauphin ; causes ([ui empêchèrent sou voyage. — IL Mésintelligence entre le roi Jean et le dauphin ; le rôle de Robert le Coq. Joyeux avènement du duc de Normandie à Rouen. Serments et hommages. Godefroy d'Harcourt et la Charte aux Normands. Institution solennelle du nouveau duc ; son serment. I/assemblée du Vaudreuil; l'opposition aux aides octroyées par les Etats Généraux de la langue d'oil ; le roi de Navarre et le comte Jean d'Harcourt. Colère de Jean II; ses menaces. — III. La journée du 5 avril i356 ; comment elle sexi)lique ; ses causes immédiates et probables : bruits d'un enlèvement de Jean IL Le roi Jean au château de Beaui)ré en Beauvaisis ; baptême d'un enfant du comte d'Eu. Le drame de Rouen ; itinéraire du roi de France ; son entrée soudaine dans la grande salle du château. L'arrestation du roi de Navarre et l'exécution de quatre seigneurs normands.— IV. Les conséquences d'une « cruelle justice ».
I. — Les préparatifs militaires d'Edouaid III navaient pas été entièrement perdus, malgré linsuccès d une campagne tardive, que des difficultés de ravitaillement, et plus sûrement encore les nouvelles reçues d'Ecosse, ne lui avaient pas permis de pousser à fond ^ En ef-
I. lioluli Parliamentorum, II, 20i : «...nostre segnur le Roi lui pursuyst(le roi de France;, degastant, ardant et braillant le pays par tut, tant qe, par assent de son conseil, par cause qe ses gentz furent moll lassez pur defaute de vyn et ne beurent qe eawe bien par quatre jours, se retourna devers Caleys.., ».
Chronicon Galfridi Le Baker de Swynebroke, p. i35. Cf. Robert d'Avesbury, De gestis Edwardi tertii, p i27-'|2Ç).
la/» CHARLES DLC DE >ORMA>DIE
fet, la flotte d'environ 3oo voiles' qui portait la petite armée du prince de Galles, longtemps retenue par les vents contraires, avait pu prendre la mer vers le 8 ou le 9 septembre"^, et, après une courte et facile traversée, elle était entrée dans les eaux de la Gironde -K Un conseil tenu à Westminster vers le temps de Pâques, c'est-à-dire lorsque l'expédition de Guyenne fut décidée, avait fixé la force du corps de déJDarquement à 1.000 hommes d'armes et 2.000 archers, plus un nombre indéterminé de Gallois'». Robert d'Avesbury, de qui nous tenons ces indications d'ailleurs vraisemblables, ajoute que l'effectif prévu fut sensiblement dépassé. Peut-être n'y a-t-il là qu'un nouvel exemple des exagérations dont les chroni(pieurs, même les moins inexacts, ne savent pas longtemps se défendre •'.
1. Robert d'Avesbury, p. 425: « ...dictiis ilomiiius princeps, habens circiter CGC" naves... prosuu passag-io...)) Ce chiffre est accepté par Njchoias-Harris Nicolas : «... with iiboul threc hundred ships full of Iroops and stores. . . ))(.l liislory of the royal navy, 11, 118). Il paraît plutôt élevé eu épartl au nombre des combaltants transportés en Guyenne, même en comprenant dans les 3oo voiles les bâtiments destinés à recevoir les chevaux, les bagages et les approvisionnements. Le total des sommes encaissées, pour un trimestre (mai, juin, juillet), par les trois clercs chargés de payer la solde aux marins, retenus en vue de l'expédition, fait ressortir environ 2.700 hommes d'équipage; d'où l'on peut inférer, d'après les habitudes du temps, que l'effectif combattant ne devait guère dépasser '1.000 hommes (P. R. 0., Poils Issue Rolls, 3o Edw. III, Michaclmas, membr. 21 ; 21 déc. i355). Le compte original de l'iin de ces clercs, William de VVenlok, supposerait, — en admettant qu'il ait eu à s'occuper d'un tiers de la flotte, — pour les trois divisions réunies, de i3o à i5o vaisseaux de divers tonnages, conduits par un peu moins de 3. 000 marins (P. R. O., Exchequer, Accounls. Bundle 2O, n" 37).
2. Robert d'Avesbury, ihid. : « Quo fcslo (Nativitalis Beal;p Mariie) dictus dominus princeps... velis le\atis, cum vento prospère boréal i incepit transfretare,.. » Le Baker de Swynebroke, p. 127 : « ...transfretavit dominus Edwardus de VVodestoke ...a portu Suttone in Devonia (Satton, ancien nom de Plynioulh), ilie crastina Nativitalis SanctfP Mariœ féliciter cnavigavit ».
3. Ibid. : « ...et féliciter in Vasconiam tempore brevi pervenit... »
4. Robert d'Avesbury, p.l^2l^-[\2b. Le Conseil avait été tenu « post Pascha ». Pour les Gallois, le chroniqueur ne donne pas d'indication précise : « ...magnoquc numéro Wallcnsium... » 11 ajoute que le prince partit : « cum multo majori numéro armatorum, sagittariorum et Wallcnsium, quam in diclo concilio fuerat ortlinalum .. » Les évaluations d'ensemble de Le Baker do Snynebrokc (Chronicon, 128 : « ...ultra sexagesies mille viri... ») cl de Knighton (^Chronicon, 11, 84 : » ...cum L mille armatorum etc.») ne supportent pas l'examen.
à. Voy. une note de sir James 11. Ramsay, lue en avril i(jo3 au Congrès historique de Rome et reproduite dans The englisli historical fieview, n" 72, vol. xviii, oct. 1900 : Chroniclers' Estimâtes of Numbers and officiai Records, p, 626-629.
CiiF,v\L'ciii:r. ])i l'itiNci; di; (;\i,r,Es en t.wr.LF.noc laj
Le prince lit son ciilrûe à lionlcaiix au plus lard lo ao septembre* ; il y lut très bien accueilli-. Comme il venait en Aquitaine avec le titre de lieutenant du hnl, il reçut les hommages et les serments des vassaux et des sujets d'Edouard III ■', après avoir jiné lui-même de respecter les droits, fraucliises, libertés, coutumes et privilèges de la province'*. Tout le poussait à engager immédialement les hostilités : l'impatience de ses hommes d'armes, les excitations des chevaliers et écuyers gascons, la nécessité de se hâter pour profiter des dernières semainesqui restaient avant la mauvaise saison. Dès le .j octobre, commençait cette longue chevauchée, dont le récit, fait bien des fois, aurait encore besoin d'être rectifié ou complété, mais ne saurait trouver place dans ce chapitre ■"'. Qu'il suffise de rap[)eler ([u'en moins de deu.x. mois <5, le fils d'Edouard 111 atteignit les bords de la Méditerranée ' et revint à son point de départ, ai)rès avoir pillé et brûlé quantité de loca-
1. J. Moisanl, Le Prince Xnir, Paris, Picard. i.'<ij'i. in-H", p. ;^i.