‹ Histoire de Charles VChapitre 92 sur 381 · A Mazère, le 17 novembre (Moisant, op. cit., p. iO · texte numérisé non relu

A Mazère, le 17 novembre (Moisant, op. cit., p. iO

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pour rassurer le comte d'Armagnac '. Bref, il ne tenta rien ou ne put rien tenter, pour atténuer le désastre ou venger les victimes. Les Anglais regagnèrent Bordeaux au commencement de décembre, chargés d'un immense butin, glorieux de leurs faciles succès, et conscients du dommage qu'ils avaient causé au roi de France, en mettant à sac une de ses plus riches provinces "-. Jean 11 venait de rentrer à Amiens et de congédier ses hommes d'armes, lorsqu'il fut informé de la détresse du Languedoc -K II en éprouva une très vive douleur; plusieurs de ses lettres laissent percer une émotion, dont les documents officiels témoignent rarement au même degré '^ Jean II avait visité plusieurs fois, avant et après son avènement, les provinces méridio-

1. 11 est possible que Gaslon-Phœbus fût secrètement d'accord avec le prince de Galles; il y avait des Béarnais dans Tarmée anglaise (Breuils, op. cit., p. 5/i).

2. Ils avaient parfaitement su se renseigner sur les ressources en argent et en hommes des diverses localités du Languedoc, en consultant les registres ou les comptes V. qe lusrent tro\ez en diverses villes, en les hosté: des resceivours », et aussi les « bourgeois de les graundes villes et aultres gcantz du pays, qe deveroient avoir bone conissaunce ». (Lettre de John de Wyngfield, loco cit., p. 4^2).

3. Lettre aux consuls et habitants de Montpellier ; Amiens, 22 nov. i.S55 : « Dum, diebus proxime lapsis, circa regni nostri confinia in fronteriis maris, ubi rex Anglie descenderat... cum grandi nostro exercitu vacassemus, et jam essemus in regressu, ac noster exercitus discessissct a nobis... rumores nobisde partibus lingue occitane per nuncios et spéciales litteras advenerunt, quod fidelis populus noster illarum parciimi per hostiles invasiones miserabiliter afiligilur, tribulationes multas patitur et intolerabililer moleslalur, etc » (Arch. comm. de Montpellier. Fonds du Grand Charticr, Armoire D, Layette XIX. Original, parchemin; lettre close. — Même lettre aux Arch. commun, de Toulouse, AA. 35, n° 122. Voy, Roschach, Inventaire- Sommaire, p. 407). Joignez-y une deuxième lettre (Paris, 18 déc. i355), également adressée aux consuls et à la communauté de Montpellier. (Arch. comm. de Montpellier, ibid).

Jean II avait connu bien plus tôt, sinon les désastres causés par la chevauchée du prince de Galles, au moins le fait de l'expédition. Vers le i" novembre, il avait envoyé un de ses chambellans, Jean d'Andresel, au comte d'Armagnac, sans doute pour avoir des renseignements exacts. Le 1" mai i35(5, il mande à ses trésoriers à Paris de payer à J. d'Andresel trois cents deniers d'or au mouton, qu'il lui a donnés « en recompensacion des fraiz, coulz et despenz que il a faiz es parties de Gascoignc où il fu de nostre commandement par devers nostre très chier et amé cousin le conte d'Armignac environ la Touz Sains derrenicrement passée que le prince de Galles estoit ou dit pais. » (Bibl. nat., P. 0. 09, d. 12O8, Axdresel, n' 12. — Quittance dudil Jean d'A., Paris, 8 mai iSôG; ibid., n° i3).

/(. Lettre du 22 novembre :<«... ex quibus nimirum acerbis in corde doloribus tangimur... » — « Sane in auditu rumorum hujusmodi multa fuimus animi turbacione respersi et turbantur amaritudine mentes nostre... Et certe si bene sciretur desiderium quod liabemus ad vindicandum afilicciones hujusmodi tîdelibus nostris

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nales de son royaume, où il avait su se rendre populaire* ; il aimait ses sujets de la langue d'oc qui, pendant sa longue captivité, devaient lui donner des preuves d'affection répétées et significatives. Sa première pensée, lorsque les projets de l'ennemi commencèrent à se dévoiler, avait été de ne pas abandonner sans défense la région menacée par le prince de Galles. 11 avait songé à y envoyer son fils aîné, le dauphin, avec des forces suffisantes pour re])Ousser l'agresseur-. Mais la descente d'Edouard 111 à Calais, où. trop tard, il reconnaissait une feinte, une ruse de guerre, l'avait trompé sur les véritables desseins d'un adversaire, qui s'était adroitement dérobé à toute rencontre^. Inexactement renseigné sur la situation réelle du Languedoc, il avait pu croire que les hommes d'armes qu'il y entretenait seraient en me-

illatas, affliclis consolalioncm nnsler alTcclus alTcrrcl iimjc lri[)ulacioncs suas pacienciiis lolerarenl. »

Lettre du i8déceml)re : u... scirc proccrto vos volunius quodnos dampnis, oppressionibus et afflictionibus vestris et tocius patrie ex loto cordis et mentis afîectu quantum humanitas palitur condolentes... »

1. Dom Vaissète, //''s<. f/e Languedoc, l\. p. 563 et suiv., avec les notes d'A. Molinier.

2. Lettre du 22 novembre : «...et ex eodoloresnobis doloribus cumulantur, quod dictus rex Anglie statim dum nostrum presensit advenlum, non expectato bello, in Angliam retrocessit, sicque per astuciam exercitam iinpedivit, quein ad dictas partes lingue occitane pro conservacione et tuicione patrie cum nostro primogenito pridem mittere volehamus et eciani mittehamus... »

Lettre du i8 décembre : « ... et sic nos illudens exercitum quem cum primogenito nostro ad partes ipsas lingue occitane miltebamus deccptibiliter impedivit,. . Sic fuimus vana credulitate decepti, quod nec personaliter illuc accessimus, sed et primogenitum nostrum, prout erat dispositum, distulimus destinare... »

3. Lettre du 22 nov., loc. cit. — Lettre du 18 déc. : « Unde tacti dolore cordis intrinsecus tanto sit dolor noster acerbior quanto majori fraude fuimus hostium noslrorum non solum ibi sed alibi circonventi (sic), dum idem Rex Anglie, qui fingebat se eodem tempore animo bellandi venire, de quo majores sui exercitus pro eo se jactabant, bellum ex parte nostra sibi et suis instanter oblatum respuens, eo vitato... in Angliam celeriter retrocessit. »

C'était une des difficultés de la guerre avec les Anglais que d'avoir à défendre contre eux deux frontières à la fois. Le 28 juin i338. Pliilippe VL écrivant au comte de Savoie, lui disait : « Et très cber cousin, quant est de nostre fait de par deçà, savoir vous faisons que nous n'avons mie esté, ne serons à la semonse des genz que nous avions faite en Gascoigne (la semonce de Marmande), pource que nous avons entendu que 11 Rois d'Angleterre est alliez au Bavaire (Louis de Bavière) contre nous, et avoient ennpris que, se nous fussiens alez en Gascoingne, il entrassent par deçà (par la Flandie) en noslre royaume pour meffaire et dommager sur nous. » (Tuiin, Ardiivio di Stalo. Negoziazioni con Francia. Mazzo 1°, n° 3).

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sure, non seulement de résister à l'ennemi, mais de lui l'aire payer cher sa témérité '.

La triste vérité une fois connue, il avait d'abord voulu, dans son désir, dans sa hâte, de secourir ses malheureux sujets, leur envoyer son propre frère, le duc d'Orléans, avec d'importants renforts -. Mais déjà il était trop tard, car, à peine cette résolution était-elle prise, qu'on apprenait le retour du prince de Galles à Bordeaux. ■'. Au bout de quelques jours, peut-être sur les conseils du connétable de France et du maréchal de Clermont, qui arrivaient de Toulouse, et dont les récits ne laissaient aucun doute sur l'étendue du désastre '% le nom du duc d'Orléans était écarté. De nouveau, le dauphin était choisi pour remplir la mission encore mal définie — offensive ou défensive? — (pie le Roi entendait ne confier qu'à un prince de son sang, s'il ne pouvait l'assumer lui-même"'.

Au début de l'année i356, le dauphin, qui se qualifiait depuis peu duc de \ormandie, prenait son rôle tout à fait au sérieux. II s'apprêtait à partir pour le Languedoc, où l'avait précédé Robert de Clermont, récemment désigné pour être son maréchal. Le ii février, il annonçait ses intentions aux consuls de Montpellier, dans les termes les plus positifs •^. u Nous vous certifions en vérité, leur écrivait-il, que nous

1. Lettre du 18 déc. : u ...dolemus insuper cl amare tristamur quod quia nobis fuerat de eisdem partibuspro certo rescriptum, per litteras et niincios spéciales, quod numerus gencium nostrarum in armis numeruna liostiuni nostrorum ibidem multipliciter eicedebat, nec poterant evaderc sine liello... >»

2. 18 décembre: « Rumoribus auteni auditis iiujusmodi, statim ordinavinius ibidem mittere carissimum fratrem nostrum ducem Aurelianeusem, cum ingenti numéro bellatorum. »

3. 18 dcc. : « ... donec certificati fuinius dictos hostes noslros Burdegalis remeasse. »

Z|. Ibid. : « Cum itaque constabularius noster et Joliannes de Claromonte, miles, marescallus Francic, de dictis partibus redeuntes statum patrie et gestorum nobis relulerint seriose.. . »

5. Le Roi paraît avoireu quelque velléité d'aller lui-même en Languedoc : «... et disponimus incessanter ad partes illas ire vel mittere festinanter personas per quarum fidelitatem et induslriani toti patrie defensio et sccuritas desiderata provenient... »

G. .\rcli. comm. de .Montpellier. Konds du Grand Chartrier, D. XIX. Original, parchemin, o A noz bien amés les consulz de Montpellier. » Le texte cité a été rapproché du français moderne.

Pour le voyage de Robert de Clermont « du pais de France es parties de langue d'oc », voy. p. O., 90, d. 1877, .\nGEviLLK. n» 3 (3o mai i35G).

CHEVAUCHEE DT" PRINCE DE CALEES EN I.ANCUEDOC id I

sommes prêt et appareillé à partir hâtivement et à aller par devers vous, à grand nombre de bonnes gens. C'est pourquoi, à l'aide de Dieu, de vous et de tout le pays, nous serons plus forts que nos ennemis, et déjà nous avons fait deçà notre semonce et nous envoyons hâtivement notre maréchal pour faire ses préparatifs, afin que tout soit prêt quand nous serons par delà. Et aussi y envoie Monseigneur de ses gens pour le fait dessus dit. C'est pourquoi nous vous prions bien acertes que vous vous confortiez comme bonnes gens et sages et vous vous mainteniez en votre bonne loyauté, si comme vous l'avez fait jusqu'à présent, et ne vous doutez mie, car vous serez bien secourus et bien brièvement, à l'aide de Dieu » *.

Il faut lire entre les lignes de cette lettre. Ce maréchal qui avait pris les devants, ces gens envoyés par « Monseigneur », c'est-à-dire parle Roi, avaient des instructions très précises et parfaitement connues. Pour venger le Languedoc des maux quil avait soufferts, pour le mettre à l'abri d'une nouvelle agression, il était indispensable de lever une armée, et les provinces intéressées pouvaient seules faire ce grand effort '-. Tout en prodiguant à ses sujets les assurances les plus sympathiques, Jean II leur dépêchait deux de ses conseillers : l'évêque de Nevers, Bertrand de Pibrac, l'ancien prieur de Notre-Dame-des- Champs à Paris, et Jean Chalemard. président au Parlement, qui, de concert avec Robert de Clermont, devaient provoquer une réunion des Etats de la langue d'oc et en obtenir les subsides nécessaires 3.

1. Quelques jours plus tard (28 février), le dauphin écrit dans le même sens aux consuls de Nîmes. « Très chiers et bons amix. Nostre très chier seigneur et père nous a ordené aler ou pais de part delay (sic : delà) pour vous aider et conforter contre ses ennemis et les vostres, de laquelle chose nous sommes touz liez, pour l'amour especialment que nous avons à vous et ou dit pais. » (Arch. commun, de Nîmes, LL, 1, fol. 7-7 v°. Copie contemporaine. — Publ. par Ménard, Hist... de la ville de .\imes, t. II, Preuves, p. 170-171).

2. Le dauphin n'en dit rien encore aux consuls de Montpellier : mais il s'en explique très clairement avec les consuls de Nîmes : « [Et] pource que enceste chose convendra [faire] grans frais et missions, etc. »

3. Commission du Roi pour l'évêque de Nevers, Jean Chalemard, et le sénéchal de Toulouse ; Paris, 16 février i356 : « Cum nos... ordinaverimus ad partes ipsas (lingue occitane) carissimum primogenitum nostrum ducem Normannie et dalphinum \ iennensem, locum nostrum tenentem ibidem, cum ingenti exercitu bellatorum, pro dictorum hostium superbia, auxiliante Domino, conterenda... » « ...taliter quod dictus noster primogenitus eorum suffultus juvamine statim in ejus adventu, cum Dei adjutorio, ad ea que sibi pro bono ipsius et patrie commisimus cum

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