Paris, de JBure, 1788, i vol. in
4. Levesque est le premier qui m soit élevé contre plusieurs des fables accréditées de son temps.
XXrV INTRODUCTION.
de travailler au bonheur de leurs peuples, et non de porter la terreur chez les autres nations...
(( Il finit le grand ouvrage commencé par Louis le Gros, en élevant sur des bases solides l'autorité des Rois au-dessus de la puissance des seigneurs; il affranchit les peuples des tributs arbitraires; il obligea les guerriers à respecter les citoyens, et à ne plus répandre la terreur que dans Tâme des ennemis; il rendit sa domination plus formidable à ses voisins, en l'appuyant d'une force militaire toujours subsistante; enfin il éleva la puissance royale bien au-dessus de l'autorité dont avoient joui ses prédécesseurs, et il peut être regardé comme l'auteur de la constitution actuelle de notre monarchie *. »
Le dernier survivant du dix-huitième siècle ^ est Anquetil, bien quMl n'ait entrepris et publié son travail que dans les premières années de ce siècle , quand déjà il était octogénaire. C'est en 1805 que parut cette Hùloire de France qui pendant longtemps devait ôtre la seule qu'on lût, et qui a eu jusqu'à nos jours l'honneur de nombreuses réimpressions et
1. La France sous les cinq premiers ValoiSf ou Histoire de France depuis l'avénement de Philippe de Valois jusqu'à la mort de Charles VU (Paris , de Bure , 1 788 4 vol. in-12), t. IV, p. 521-23.
2. Nous ne parlerons guère que pour mémoire d'une Histoire de Charles VU, restée inédite, et qui fut écrite au siècle dernier par Gaspard-Moïse de Fontanieu. Celle œuvre liislorique, conservée parmi les manuscrits de la Bibliothèque nationale (ancien Supplément français 4805, aujourd'hui Fr. 10449), a le mérite d'avoir été cx)mposée sur les documents originaux , et en particulier sur les Utres rassemblés dans une grande collection formée par l'auteur, laquelle existe encore sous le titre de Portefeuilles Fontanieu ; mais, comme l'a constaté M, Vallet de VirlviUe (t. I, p. vui), le sens ciitique y fait défaut. Elle ne peut être utilisée qu'à 1111*6 de renseignement. Voici d'ailleurs l'appréciation de Fontanieu :
« Je distingue deux princes dans Charles VII. Je ne vois point en lui le mesme homme dans ses malheurs et dans sa prospérité. Proscrit par les deux tiers de ses sujets, en commençant de régner, la fortune entasse sur lui disgrâces sur disgrâces , et le réduit à n'attendre que d'un prodige la conservation de son sceptre. Alors , si je ne lui trouve qu'une insensibilité honteuse , je l'attribue à l'excès de son accablement. Il se plonge pour s'étourdir dans la molesse, qui fut en effet son vice dominant... Il n'est en quelque sorte que le téroeûi oisif des événemens qui le menacent sans cesse. Le tableau change par uub révolution qui tient du miracle... La France n'est pas encore eschapée aux périls, mais elle respire , et c'est alors que je vois son Roy s'arracher aux plaisirs pour venir lui mesme la secourir, La politique peut excuser jusques là son indiférence apparente : le salut de l'Etat dépendoit de la conservation de son maître (sic). Ses guerriers mesme les plus intrépides avoient ti*emblé de l'exposer. Je le vois depuis à la teste de ses armées donner à ses généraux et à ses soldats des exemples d'une valeur peut-être téméraire ; substituer une milice redoutable aux bandits aussy inconstans que barbares auxquels il avoit été obligé de conGcr le sort du royaume ; vaincre partout et assurer ses victoires par les places qu'il fait construire; toujours en mouvement, courir de provinces en provinces, confirmer par sa présence l'amour des peuples qu'il a mérité...; laisser enfm son royaume dans une splendeur où ses plus illustres prédecesseui's n'avoienl pu parvenir. »
INTRODUCTION- XXV
continuations *. Bien que favorable à Charles VII, le jugement d'Anquetil ne devait guère avoir d'influence sur Topinion.
« Jugeons sévèrement Charles VII. Les grands événements de son règne, auxquels il est impossible qu'il n*ait pas eu une part principale, l'absoudront. Reprochons-lui d'avoir plusieurs années laissé les Dunois, les La Hire et autres guerriers de son âge, se couvrir de gloire pour sa cause, pendant qu'éloigné des périls de la guerre il languissait dans le repos et s'abandonnait aux plaisirs ; de s'être livré sans réserve à ses ministres, que Mézeray appeUe ses gouverneurs; d'avoir par ses préférences causé entre les courtisans avides de sa faveur des cabales qui ont retardé le succès de ses armes et prolongé les malheurs des peuples; mais louons-le d'avoir réparé dans l'âge mûr les fautes de la jeunesse. S'il continua d'avoir des ministr.es privilégiés, même des favoris, il ne s'en occupa pas moins lui-môme, selon le témoignage d'un écrivain contemporain, des détails de l'administration... Charles VII a mérité de l'histoire le titre de Victorieux et de Restaurateur de la France, Il la trouva envahie, et la reconquit ; en proie aux gens de guerre, et il les contint par la discipline; mal pourvue de magistrats, et il mit de l'ordre dans les tribunaux. La religion souffrait des abus introduits dans le clergé; le prince convoqua des assemblées maje^ueuses qui corrigèrent les mœurs, et, par l'établissement de la pragmatique, il rappela les anciens canons, garants des libertés de V église gallicane. Enfin, ce qui met le sceau à la gloire de son administration, c'est le régime des impôts, qui est la pierre de touche d'un bon gouvernement. Le premier de nos rois, il en établit sans le secours dos états généraux, mais non sans le conseil des grands et l'assentiment des principaux du peuple qui devait payer. Aussi les leva-t-il sans éprouver de contradictions, parce qu'on était persuadé de la nécessité de l'imposition et de la justice dans l'emploi. Charles Vn était civil, affable, accueillant, majestueux dans la représentation. Il aimait la magnificence, goûtait singulièrement le repos et le plaisir. On doit lui savoir gré d'avoir été un grand roi, car vraisemblablement il aurait préféré d'être un particulier heureux *. »
Dans les premières années de ce siècle , nous rencontrons encore deux appréciations élogieuses : l'une est due à Antoine Ferrand, auteur de l'Esprit de l'histoire^ ouvrage
i. Histoire de France (édil. de Léonard Gallois. Paris, Beauvais, 1836, 3 vol. gr. in-8»), t. 1, p. 400.
XXVI INTRODUCTION
publié en 1802 *, Tautre à M. de Plassan, qui fit paraître en 1809 une Histoire de la diplomatie française^. ' Nous ne nous arrêterons, dans cette longue énumération, ni au fougueux Dulaure % ni au placide Royou \ ni à bien d^autres dont les témoignages n'ont pas assez d'importance
1. « On a voulu reprocher à Cliarlcs VD de n*avoir été que le témoin des merveilles qui s'opérèrent pendant sa vie. On ne peut au moins lui refuser d'avoir su choisir et ses généraux et ses magistrats. C'est déjà beaucoup pour un souverain de connaître les hommes et de savoir les employer; et si cette science était héréditaire, les monarchies ajouteraient à tous ieui*s avantages celui de n'avoir jamais aucune de ces maladies auxquelles les corps politiques sont sujets comme les corps physiques. Si ce fut là, en effet, le seul mérite de Charles MI , ce mérite ne se démentit jamais chez lui. Il n*y a point de rois qui , après avoir commencé à régner dans des circonstances aussi difficiles et avec aussi peu de moyens , aient fait ou fait faire d'aussi grandes choses et qui les aient soutenues aussi constamment. La haine des deux maisons d'Orléans et de Bourgogne, les intrigues du duc d'Alençen, la Praguerie formée par le Dauphin, la révolte ouverte ou secrète dans laquelle il se tint jusqu'à la mort de scm père, devaient mettre perpétuellement le gouvernement dans des entraves dont on ne pouvait se débarrasser qu'avec une profonde sagesse. Si cette sagesse n'appartient pas exclusivement à Charles, il lui appartient au moins d'avoir suivi les conseils qu'elle lui donnait, et le bonheur dont la France jouit sous son règne n'en reste pas moins son ouvrage... Son règne fut un des plus glorieux do la monarchie, » — L'esprit de l'histoire, ou lettres politique» et morales d'un père à son fils, par le comte Ferrand (Paris, 1803, i v. in-8°), t. III, p. Uh.
S. « Ce prince releva le trône dont, étant Daupliin, il avait ébranlé les fondements par une conduite imprudente et ses démêlés avec le duc de Boiu^ogne. Trois dioses contribuèient au rétablissement de ses affaires : le mérite de ses généraih , l'enthousiasme excité par la Pucclle d'Orléans, et surtout le traité d'Anas, de 1435. Cet acte, s'il fut conçu par lui , honore sa politique , car il décida la querelle avec l'Angleteri-c.
« Ce prince qui , dans sa jeunesse , avait été livré à l'indolence , et subjugué par les femmes et les favoris, devint, dans un âge plus avancé, laborieux, appliqué, lisant toutes les dépêches et mémoires qu'on lui adressait el ne signant rien qu'il ne l'eût lu. Mais ce qui est pins digne d'éloge, il se monti-a fidèle à ses engagements. Sa parole, dit un historien presque contemporain, était parole de roi et tenue pour telle.
v Le règne de ce monarque offre de grandes choses, et, en particulier, Je commencement d'un nouvel ordre de choses, non seulement pour la France, mais pour l'Emope
La suite assez nombreuse d'actes diplomatiques, conclus sous le règne de Charles Vil, atteste la création d'un système d'alliances étrangères , non pas en vue de conquérir, mais plutôt ^ur conserver l'intégrité de l*État.
« Ce prince, par l'effet de la position extrême où il s'était vu réduit, ayant créé des impôts fixes et établi une milice permanente, il en résulta une révolution dans la manière d'être des différents étaU. Four se garantir d'invasions subites de la part de ceux qui avaient toujours des troupes prêtes à marcher, les auti'es princes en étahUrent de semblables. Alors se développèrent des combinaisons plus profondes pour l'offensive et la défensive; alors se formèrent des relations plus actives , plus inquiètes entre les divers états ; et tout prit gradativement la marclie établie de nos joui*s. » — Histoire générale et raisonnée de la Diplomatie fratiçaise depuis la fondation de la âîonarchie jusqu'à la fin du régne de Louis XVI, pai- le comte de Flassan (Paris, Lenormant, 1809, 6 v. in-8*), 1. 1, p. 205-
3. Histoire de Paris. Paris, 1821-22, 7 vol. in-8«. Voir tome II, p. i95-96.
A. Histoire de France depuis Pharamond jusqu'à la vingt-cinquième année du régne de Louis XVHl Paris, 1819, 6 vol. in-8°. Voir tome III, p. 372.
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INTRODUCTION. XXVII
pour être consignés ici *. Nous avons hâte d'arriver à cette période de renaissance historique, signalée par les travaux des Mignet. des Barante, des Augustin Thierry, des Villemainet des Guizot.
Les débuts de M. Mignet dans la carrière littéraire furent signalés par la composition d'un Eloge de Charles VII, couronné en 1820 par T Académie royale du Gard. En insérant ce travail dans son recueil*, l'Académie disait : « Cet ouvrage a remplr en très grande partie l'attente de l'Académie et décèle un talent très distingué, propre à honorer la carrière que Tauteur doit parcourir '. » M. Mignet va jusqu'à placer Charles VII au-dessus de Louis XI et de Richelieu : « Il montra, dit-il, bien plus de cette supériorité qui répare les abus sans blesser les intérêts. Il changea les choses et ménagea les hommes *. » Voici son appréciation du caractère du itoi :
« Arrêtons- nous sur cette glorieuse époque du règne de Charles VII. Disons la sagesse de son gouvernement, l'utilité de ses institutions et tâchons d'acquitter par nos éloges la dette de nos aïeux : heureux d'avoir à célébrer un bienfaiteur de la Patrie, surtout quand ce bienfaiteur est un Roi, car alors la louange n'est pas perdue, eUe est un encouragement donné aux princes et un service rendu aux peuples !
« A peine sur le trône Charles montra les vues d'un législateur et les vertus d'un Roi. Tout se ressent de ses réformes et de ses bienfaits. En peu /le temps l'anarchie cesse , l'ordre est rétabU ; le peuple soulagé dans ses misères, obtient la protection à défaut de la liberté ; l'armée arrêtée dans ces rapines , est soumise à une organisation régulière et à une discipline sévère ; l'Église est pacifiée et son indépendance assiu'ée ; la justice est dans les tribunaux.
i. Parmi eux, nous citei'ons M. Bcrriat Saint-Prix {Histoire de Jeanne d'Arc, ou coup d'œil sur les révolutions de France au teins de Charles Yl et de Charles VU. Paris, 1817, in-S"), et M. Lebrun de Charmettes {Histoire de Jeanne d'Arc, surnommée la Pucelle d'Orléans. Paris, 1817, i vol. in-S»), dont les jugements sont favorables à Charies VII.
2. Eloge de Charles VU, Roi de France , dans Notice ou aperçu analytique des travaux les plus remarquables de l'Académie royale du Gard, depuis 1812 jusqu'en 1822, par M. Phëlip, Médecin, Secrétaire. Seconde partie. A Nismes, diez P. Durand- Belle, 1822, in-8*», pages 53-82.