‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 102 sur 362 · LE DAUPHIN JUSQUA SA FUITE DE PARIS · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN JUSQUA SA FUITE DE PARIS

oonde quinzaine de mai , des ouvertures avaient été faites par quelques bourgeois au sire de l'Isle-Adam. Justement le prévôt de Paris, Tanguy du Chastel, venait de licencier quatre cents hommes d'armes employés à la garde de Paris, dont les bourgeois ne voulaient plus payer la solde. Le moment était donc favorable pour faire venir les Bourguignons *.

Le samedi 28 mai, le jour même où l'opposition du connétable tenait tout en suspens , TIsle-Adam partait de Pontoise et arrivait dans la nuit sous les murs de Paris. A deux heures du matin, il fut introduit dans la ville, où, dans l'espérance d'une paix prochaine , on avait négligé de prendre les précautions accoutumées'. Au premier bruit de l'invasion des Bourguignons, Tanguy du Chastel courut à l'hôtel du Petit-Musc * , dépendant du palais des Tournelles, où le Dauphin dormait tranquillement. Il l'éveilla, le couvrit à la hâte de sa « robe à relever, » et, à travers les jardins de l'hôtel Saint-Paul, avec l'aide de quelques familiers du jeune prince, le porta jusqu'à la Bastille*. Là on l'habilla; on le fit monter sur un cheval que le chancelier Robert le Maçon s'empressa de lui céder, et il put ainsi gagner Melun à franc étrier*.

1. Pierre de Fenin écrit : « Le seigneur de LiUadam, qui se tenoit à Pontoise, avoit de grans acointances en la ville de Paris à ceulx qui amoient le parti du duc, et souvent en avoit des nouvelles (p. 88). » D ressort de son récit et de celui de Monstrelet que jour avait été pris à l'avance avec TIsle-Âdam , et que ce jour était fixé au 29. Or, c'est le 26 mai que les ambassadeurs français revinrent à Paris avec le traité (Religieux , p. 228) ; c'est le 27 et le 28 que le traité fut discuté en Conseil; c'est dans la nuit du 28 au 29 que risle-Àdam, ayant réuni à ses gens d'armes ceux des garnisons de Mantes, de Vemon et de Meulan, arriva sous les murs de Paris. La Chronique anonyme dit que les démarches des Parisiens furent faites au mois de juin , devant la Saint-Jehan (24 juin). L'auteur se trompe d'un mois ; mais la date du 24 est à retenir. Un autre auteur bourguignon écrit : « Fortune... donna hardement à aucuns de Paris de faire assavoir aux Bourguignons que ilz tout hardiement venisscnt le dimanche ensiUvant , qui estoit xxix* jour de may, à heure de mynuit... En icelle sepmaine s'esmeurent les Bourguignons de Pontoise et vindrent au jour dit et à l'eure. » Journal d'un bourgeois de Paris , p. 87-88. Cf. Fenin, p. 88. Voir, sur le licenciement des 400 hommes, Berry, p. 436. On peut lire, danç un document du 30 mars 142i, les noms des conjurés qui livrèrent Paris aux Bourguignons : Paris pendant la domination bourguignonne, par M. Longnon, p. 34.

2. On a vu dans les documents cités plus haut que ce Ait « sous ombre dudit traité » que l'on s'introduisit dans Paris, et que l'on vivait sur la foi du traité , ne faisant plus ni guet ni garde.

3. Ce sont les Cronicques de Normendie qui donnent ce détail (p. 37).

4. Voir Paris en 1380, et le plan de restitution dressé par M. Legnmd, à la fin du volume.

5. Les détails les phis précis sur cet enlèvement sont donnés par Jouvenei (p. 349).

Charles ne devait rentrer que dix-neuf ans plus tard dans la capitale, livrée désormais à la faction bourguignonne, et où le sang allait couler à flots.

Voir aussi la Chron. anonyme, p. 255; Monstivlet, t. III, p. 262; le Religieux de Saint-Denis, t. VI , p. 232 , et une vUa Jaeobi Gelu, dans Thetaurus novm aneodotorwn, t. UI, col. 1950. Raoulet (p. 161-162) nomme, comme y ayant pris part: Guillaume d'Avaugour, Guillaume Bataille, Pierre Frotier et Pierre de Beauvau. La plupart des historiens ont fait honneur à Tanguy du Chastel, et à lui seul, d*avoir sauvé le Dauphin. Il convient, sans enlever à Tanguy le mérite de l'initiative, de rendre à un autre fidèle serviteur du Dauphin la justice qui lui est due. On lit dans des lettres patentes en date du 7 septembre 1420 que Robert le Maçon , « meu comme loyal serviteur du grand désir qu*il avoit du salut de nostre personne , en mettant arrière sa sûreté et sa vie pour nous retraire , descendit de son cheval , lequel il avoit prins pour sa salvation , et icelui nous bailla pour partir..., qui fut cause de notre préservation, et ne poiivoil jamais partir de nostre souvenance, s Bodin, Recherches historiques sur Saumur, p. 238. — M. Vallet de Viriville , qui tente de concilier les deux versions , nous parait se tromper (t. I, p, 101-102), en feisant habiller le Dauphin dans les jardins de Thôtel Saint-Paul, puis monter à cheval pour gagner la Bastille. Nous croyons que le prince fut porté jusqu'à la Bastille, à travers 4es jardins de Thétel Saint-Paul, qui comprenaient tout l'espace situe entre Thôtel royal et la forteresse, et que, de là, il gagna Mefun sur le cheval de Robert le Maçon. Le prince ne séjourna pas le 29 à la Bastilk , comme lé dit l'historien : il se dirigea immédiatement sur Melun, et y passa la journée du 30.

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