‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 118 sur 362 · Religieux, t. VI, p · texte numérisé non relu

Religieux, t. VI, p

8. 11 faut noter ce point, qui est capital. Voir plus loin note complémentaire sur le traité de Saint-Maur.

1418 LE DAUPHIN jusqu'au MEURTRE DE MONTEREAU.

à la Cour du Dauphin. En cédant aux instances de la reine de Sicile jet du duc de Bretagne, on avait poussé le désir de conciliation jusqu'aux plus extrêmes limites \ et c'est ainsi qu'on était récompensé 1 Le médiateur, ne se souvenant que de ses vieilles sympathies pour la cause boui^uignonne *, avait oublié son mandat et trahi la causé qu'il prétendait servir. !Çfe savait-il pas que le traité de Saint-Maur était entaché de nullité et qu'en tout cas il ne pouvait avoir force de loi qu'après la ratification des deux parties ? Pourquoi agir ainsi , au mépris de toutes les règles? Pourquoi cette précipitation insolite? En avait-on usé de la sorte jadis avec le duc de Bourgogne? Dans ime circonstance analogue et bien plus pressante, quand il s'était agi de faire rentrer le duc dans le devoir, à Arras , en 1414, n'avait-on pas attendu près de cinq mois pour publier le traité? Il y avait là de légitimes griefs, qui devaient éloigner le Dauphin des pensées de conciliation.

Poui^ le calmer et le disposer favorablement', on fit partir la Dauphine , sa fiancée , enfermée Vians Paris' depuis la catastrophe du 29 mai , et qui , de l'hôtel de Bourbon où on la gardait prisonnière , avait été témoin des excès d'une populace furieuse et exposée aux plus grands daûgers. Le 22 septembre, le duc de Bretagne emmena, en grande pompe, la jeune princesse , à laquelle on restitua ses bagues et joyaux, et qui reçut plusieurs présents du Roi *. Le duc était accompagné à la fois d'une ambassade parisienne * et d'ime ambassade bourguignonne *, ayant mission de « poursuir le final appoin-

1. «c Auxquels, combien qu'ils feussent à la grant charge et foulé de mondit seigneur et de nous, seantmoins, pour honneur et révérence de Dieu et pour la pitié que nous avons du povre peuple, nous nous accordasmes et condescendimcs. » Lettre du il octobre.

2. Le duc de Bourgogne « estoit fort son ami, » écrit Berry (p. ^36), en parlant du voyage du duc de Bretagne.

3. « Afin que ledit Daulphin feust plus enclin de venir à Paris devers le Roy son père. » IMonstrelet, t. III, p. 292.

4. On lui donna une haquenée du prix de 225 livres, et deux cents écus d'or pour employer à rachat d*un livre à sa dévotion. Collection de Bourgogne, 100, p. 779 et 792; La Barre, t. II, p. 144, note a. La princesse était alors âgée de quatorze ans à peine.

5. Elle se composait de Angèle de l'Aigle, maître en médecine; Guillaume de Neuville, dit le Moine, écuyer; Jean de TOlive et Jean Sac, bourgeois de Paris. Compte de Pierre de Gorremont, Arch. de Dijon, B 1598, f. 245; extrait dans la Collection de Bourgogne,

6. Elle se composait de Guillaume de Tienne, seigneur de Saint-Georges; de Régnier

no HISTOIRE DE CHARLES VH. 1418

tement du traité de paix pourparlé et mis en terme en la convention qui avoit esté par avant faite à la Tombe, entre Bray-sur-Seine et Saint-Mor-des-Fossés, » et aussi d'exposer au Dauphin et à ses conseillers certaines choses « pour Tappaisement des discords estans entre aucuns seigneurs du royaume , afin de procéder à Texpulcion de ses ennemis et adversaires d'Angleterre *. » On voit par là que le gouvernement dirigé par le duc ne se faisait guère d'illusion sur la portée des stipulations consenties par le duc de Bretagne au nom du Dauphin.

Le cortège de la Dauphine s'avança avec une grande lenteiu*. A Orléans, on s'embarqua sur la Loire pour gagner Tours. On ^t une station à Marmoutiers, où la jeune princesse entendit la messe. Les bourgeois de Tours vinrent au devant d'elle dans deux grands chalands et l'accompagnèrent jusqu'au moment où. elle monta en croupe derrière le duc de Bretagne pour se rendre à son logis'*. La Dauphine passa à Tours la journée du 6 octobre, et repartit pour Saumur, où le duc comptait trouver le Dauphin. Les historiens racontent les difficultés faites à Saumur par le Dauphin , les instances de la reine de Sicile pour lui faire recevoir le duc de Bretagne , les vifs reproches que lui adressa celui-ci, l'impression produite sur le jeune prince ; mais, en suivant ici le Religieux de Saint-Denis', ils sont tombés avec lui

Pot; de Jean le Qerc, conseiller du Roi, et de Jean de Pocquiéres, ëchanson du duc de Bourgogne, auxquels on avait adjoint Jean Milet, notaire et secrétaire du Roi. fd., B 1598, r. 249, et Collection de Bourgogne, p. 80S-S03; cf. La Barre, t. II, lii, note d. -— Dans une relation faite par deux Bourguignons, Philippe de MorviUiers et Pierre de Yeirat, aux habitants de Tournai, à la date du 2 octobre 1419, on lit c^ qui suit au sujet du traité de Saint-Maur et de cette ambassade :

K Fut advisé et tant fait pour réduire Mgr le Dauphin en la compagnie du Ro; et par les ambassadeurs dudit Mgr le Dauphin, de la royne de SeciUe et autres; et pour avoir le consentement dudit Mgr le Dauphin ont envoyé Mgr de Saint-Jorge et autres, qui ne peurent avoir achès de parler à lui, maïs furent pillés et desrobés et en péril de leurs vies. » Extraits analytiques des anciens registres des consaux de la ville de Tournai, publiés par H. Vandenbioeck (Tournai, 1861, in-8»), p. 185.

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