Voir d-dessus, p
4. Rymer, t. IV, part, i, p. 79-80. Gf. Gachard, /. o^, p. 85.
134 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1419
pendant que Charles VI assiégeait Arras , le duc de Bourgogne signait à Ypres un traité qui confirmait, en les aggravant, les stipulations faites à Leioester, et qui Tinféodait complètement à la politique anglaise ^
Le pas décisif était fait. Cela n'empêcha pas Jean sans Peur de faire déclarer, à ce moment même, à Arras, par le duc de Brabant son frère, la comtesse de Hainaut sa sœur, et les députés des États de Flandre, qu'il n'avait aucmie alliance avec les Anglais, et de faire jurer en son nom qu'il 7ie traiterait pas avec eux sa^is le consente^nent du Roi, de la Reine et du duc de Guyenne^. Le traité d'Arras est du 4 septembre, moins d'un mois après le traité d' Ypres; or, le 29 septembre suivant, une convention additionnelle était signée à Saint-Omer avec les ambassadeurs anglais '.
Au commencement d'août 1415, Henri V, qui n'avait cessé d'être en rapports avec le duc de Bourgogne*, lui envoyait (10 août) une nouvelle ambassade pour confirmer les alliances précédentes et régler divers points'; le 13 août, il faisait voile
1 . Dans ce traite , visant tous les points qui avaient été débattus à Leicester, le doc donnait pleine satisfaction aux exigences du roi d'Angleterre , sauf quant à l'exception finie de la personne du Roi cl du Dauphin , question qu'il déclarait vouloir réserver et sur laquelle il promettait d'envoyer prochainement à Henri Y une réponse qui lui donneraii satisfaction {nos respondemtuf quod in brève mittemus super hoc dicio domino Régi taie et tantum responsum quod ipse melius contenlabitur ut speramus). Mss. dtis ci-dessus, p. 132-133, note 5. — Sur le séjour des ambassadeurs anglais, voir Gachard, /. c, p. 226-27. ,
2. Voir dans le Religieux de Saint-Denis les articles proposés par le duc de Brabant, et ratifiés par le Conseil; on y lit (t. V, p. 384) : « Iterum idem dux, asseniit fratrem ad sancta Dei evangelia Jurasse quod cum Angucis nec aliis ^ibuscumque confederanoNES NON PACiET NEC CONNUBU PROCURABiT, nisi de consensu régis, regine ac dieie duds Guienne , et iterum quod NULLUM PACTUM cum extraneis habebat, et si au-
QUA HABUERAT, ILLA PENITUS ANNULLABAT. D Cf. Monstrelet, t. III, p. 38.
3. Archives de Dgon, layette 81 , liasse 2, n» 28 (aHJourd^hui B 11926).
4. Le 27 mai U15, on s'occupait dans le Conseil de rédiger des instructions pour des ambassadeurs à envoyer au duc. Proceedings, etc., t. II, p. 167.
5. Dans les lettres de pouvoir données à Waltham, le 10 août U15, Henri V dit que> dans les négociations qui avaient eu lieu , tant en Angleterre lors de l'envoi d'une ambassade du duc de Bourgogne pour conclure un traité, que depuis, près du duc, auquel il avait député des ambassadeurs, des conventions ont été fkites : varia et diversa prolocutiones, tractatus et appunctuamenta processerint hactenu$, habitaque fuerint et fada, prout in eisdem tractatibus et appunctuamenlis et aUis exinde faetis et comaiptU , liquere poteril plenius per extensum ; mais que, voulant confirmer, consolider et conchire Jes confédérations et alliances existant entre son très cher cousin et hii , il donne pouvoir à Philippe Morgan de traiter avec lui c de et super qm'bus cumque ligis , confœderatio-
vers la France, assuré, comme le dit un auteur bourguignon.,
« qu'il y trouverait foison de ses amis *. »
Que signifient , en présence de* tels faits , et les serments du duc^ et les déclarations réitérées qu'il n'hésitait point à faire ^, et toutes ses protestations de loyauté et de dévouement à la couronne *^ Si Jean sans I^eur faisait montre de si beaux sentiments ; s'il proclamait bien haut qu'on ne pouvait l'empêcher
nibus et amicitiis ^eneralibus sive particularibus , realibus sive personalibus...; etiam de modo et forma et quantHate auxilii , subventionis seu subsidie hmc inde ministrandorom , necDOD de et super communicationibus ioter subdilos unius et alterius partis , in mercimoniis et aliis licitis secure et amicabiliter faciendis. » — Rymer, t. IV, part, u, p. 144.
1. Chronique normande de Pierre Cochon, éd. de M. de Beaurepaire, p. 273. Cf. p. 275. — Le chroniqueur se trompe en plaçant ici l'entrevue de Calais , mais il est dans le vrai en disant à cette date que le roi d'Angleterre et le duc firent a appointement et allianches ensemble. »
2. U est constant que le duc de Bourgogne, après avoir fait jurer la paix d'Arras par lès mandataires qui avaient stipulé en son nom, pdr les princes de sa famille, par ses serviienrs, par tous ses vassaux (voir Monstrelet, t ni, p. 40 et 62-66), la jura hii-méme. Cela ressort, entre autres documents, des lettres de réparation que Charles VI donna le 31 août 1415, et lui fit remettre par ses ambassadeurs : ce Laquelle paix, y lit-on, iceUui nostre cousin de Bourgogne a solennellement , sur la vraye croix et saints évangiles de Dieu , juré et de ce baillé ses lettres patentes scellées de son grand seel. » (Jouvenel , p. 301.) C'est le 30 juillet que ce serment avait été prêté (original aux Archives de Dyon, iay. 72, liasse 2, n<> 34. Cf. Réponses d\i duc dans Jouvenel, p. 302, et ses lettres patentes du 24 septembre, p. 306; on y lit : premier au lieu de penultiesme) , avec quelques réserves auxquelles le duc renonça par lettres du 24 septembre (Jouvenel , /. c; cf. Saint* Remy , t. 1, p. 205). La clause du traité d'Arras relative à l'alliance anglaise , était ainsi conçue : « Et avecques ce avons deffendu et deffendons à nostre cousin de Bourgongne et autres de nostre sang et lignaige et à tous noz autres subgects qu'ils ne facent aucunes alliances avecques les Anglais par quelconque manière ; et avons enjoint et enjoignons à iceux et bien expressément commandons que , se dès maintenant aucunes en avoient faictes, ils renderU et kaillent à iceux à qui ils les ont faits; et que chascun d'iceux nous baillent lettres telles qtf*il appartiendra. » Lettres de (Parles VI du mois de février 1415, dans Monstrelet, t. VI, p. 172.
3. Au moi$ d'août 1415, le duc ayant envoyé des ambassadeurs à Paris pour poursuivre l'octroi des lettres de réparation et d'abolition données le 31 août suivant, faisait dire par son aamdnier Jean de Montléon : « Que son dit seigneui* avoit sceu que aucuns menteurs s'estoienf efforcez de publier qu'il avoit alliance avec les Anglois et qu'il les avoit fait venir en France. De ce il l'excusa, en monstrant la bonne volonté qu'il avoit tousjours eu pour le Roy, son fils et le Royaume, mesme qu'il estoit tout prest de venir au mandement du Roy avec toute sa compagnie pour combatre iceux Anglois. )» (Jouvenel, p. 293.) — Deux ans après, en août 1417, il disait dans sa réponse à un envoyé du Roi : c Tous ceulx qui dient le duc de Bourgongne est alyé et serementé aux Anglois , ils mentent mauvaisement et faulsèment. » (Monstrelet, t. III, p. 200.)
4. Voir la lettre qu'il écrivit au Roi à la date du 24 septembre 1415, où il citait la Bible, et où, comme doyen des pairs, beau-père du duc de Guyenne et de Michellede France, il revendiquait hypocritement le droit de prendre part à la défense du territoire , — c'est à dire de venir en armes près du Roi pour s'emparer du gouvernement. « Et me veut-on sous couleur bien légère, disait-il, privei* du service que je dois et suis obligé de fûre.
de prendre part à la défense du royaume; s'il promettait d'en- , voyer contre les Anglais, non pas seulement cinq cents honunes d'armes et trois cents Jiommes de trait, comme on le lui demandait , mais un nombre bien plus grand ; s'il annonçait enfin que son fils le comte de Gharolais viendrait au service du Roi aveo le plus de navires et d'artillerie qu'il pourrait, c'est que, sous prétexte de défense nationale, il avait la secrète espérance de reprendre sa place à la Cour et de s'emparer du gouvernement. Quand il eut reconnu que cette espérance était vaine, tout changea soudain :' de là l'abstention forcée du comte de Gharolais, gardé à vue par ses gouverneurs d'après l'ordre formel de son père, et qui ne se consola jamais de n'avoir point combattu à Azincourt*; de là l'injonction faite, par lettres patentes, aux seigneurs de Picardie de ne point quitter leurs hôtels — injonction qui ne les empêcha pas, d'ailleurs, de se rendre au mandement du Roi'; de là la présence, dans les rangs de l'armée anglaise , d un seigneur picard qui semblait être un agent secret du duc '; de là enfin, en même temps que l'absence des navires flamands qui avaient été promis au Roi, la présence dans la flotte anglaise de huit cents vaisseaux
sur peine de mon honneur, qui me He et que je veux garder plus que chose terrienne, i — Et comme le Roi lui avait écrit que la paix était de fraîche date, et qu'il valait mieux que lui et le duc d'Orléans restassent à Técart, il répondait : « Je veux et dois aussi bien garder paix nouvelle comme si elle estoit ancienne de cent ans et plus, et de tant plus qu'elle est fraische et nouvelle, de tant phis doit avoir chascun bonne mémoire de la bien garder et seroit plus grande faute de Tenfraindre. » (JouVenel, p. 297-300.) Le même jour, il fit écrire une protestation et une suplique en sa faveur par les nobles du duché et de la comté de Bourgogne (/d., p. 308-10).
1 . « Ja soit ce que le comte de Gharrolois desirast de tout son cœur estre en personne en la bataille, et aussi que ses gouverneurs luy donnassent à entendre qu'il y seroit, neantmoins leur estoit deffendu de par le duc de Bourgoingne son père et sur tant qu'ilz povoient raesprendre devers luy qu'ilz gardassent que il n'y allast pas ; et pour ceste cause , affin d'cslongier, le menèrent de la ville d'Arras à Aire... Ses gouverneurs en la fin lui dedairèrent, pour l'appaisier, la deffense qu'ilz avoient du duc son père, dont il ne fut pas bien content, et, comme je fùz depuis informez, pour la desplaisance qu'il en eult, se retrait tout plourant en sa chambre... Et j'ay oy dire audit conte de Charrollois, depuis qu*il avoit actaint l'eage de lxvii ans, que il estoit desplaisant de ce qu*il n'avoit eu la fortune d'âvoil* esté à ladicte bataille fust pour la mort ou pour la vie. » Le Fèvre de Saint-Remy, t. I, p. 238-40. Cf. Monstrelet, t. m, p. 98-100.
2. Le Fèvre de Saint-Remy, p. 228. — Semblable injonction dut être faite aux nobles d Artois et de Flandres. Voir Saint-Remy, p. 239.
3. Ce personnage n'était autre que Jean Le Fèvre, seigneur de Saint-Remy. C'est M. Michelet qui a supposé qu'il était l'agent bourguignon près de Henri V (t. IV, p. 298).
hollandaise C'est ainsi que Jean sans Peur remplissait ses devoirs de doyen des pairs , et qu'il évitait le péché de félonie, dont il avait l'impudence de parler dans sa lettre du 24 septembre 1415'! Comment, après tout cela, prendre au sérieux l'envoi de son gantelet au Roi d'Angleterre , le lendemain de la bataille, et ce défi à feu et à sang à l'occasion de la mort de son frère le duc de Brabant'? On s'explique les rumeurs qui circulaient dans le royaume sur les alliances du duc avec les Anglais*, et les sévérités de la chancellerie française qui, un peu plus tard, l'accusait d'avoir agi en cette occasion comme s'il eût été l'ami du roi d'Angleterre •. Le mot de la situation a été dit par un chroniqueur normand qui n'avait pas perdu tout sentiment de patriotisme : « Il semblait vraiment qu'il fût du parti du roi d' Angleterre *. »
Dès le commencement de 1416, les rdations entre le dup