Histoire de France, t. IV, p
%. Chronique anonyme, t. VI de Monstrelet, p. 281 ; Pierre de Fenin, p. 117. — C'est ce qne constate aussi Olivier de la Mairdie : «t Tonte son armée se derompit et s'égara, chacun th*ant et allant , sans ordre ne mesure , là où Dieu le conseilla (p. 352). »
3. « On serait presque tenté de du% que ce meurtre ne fut pas prémédité , tant on avait mal pris ses mesures pour en soutenir les suites , » a dit Voltaire : Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, ch. lxxix.
tent d'en faire peser la responsabilité sur les conseillers du Dauphin, on a été jusqu'à accuser formellement le jeune Charles , alors âgé de seize ans et demi K
Je sais que cette accusation est formulée dans certains récits dictés par le fanatisme bourguignon , et qu'elle se retrouve dans des actes émanés de la chancellerie royale , je veux dire des lettres patentes, solennellement publiées et enregistrées en Parlement*. On pourrait même la lire sous la plume de la propre mère du Dauphin. Mais que vaut contre le jeune prince le témoignage d'ennemis acharnés ? Que vaut le témoignage de ce pauvre roi imbécile , qui n'avait point conscience de ses actes', ou de cette reine, tombée si bas, qui par un honteux marché allait livrer la France à l'étranger? Il est superflu de s'arrêter à une telle accusation. En présence des faits qpie nous avons exposés , il n'est plus possible d'incriminer le Dauphin. Ceux qui ont voulu charger sa mémoire d'un lâche assassinat ont reçu d'ailleurs un démenti formel des contemporains, môme les plus hostiles *.
1. n serait trop long, et d'ailleurs superflu, de mcolioimer tous les historiens qui se sont fait rëcho de cette accusation. L*un des plus violents a été Rapin-Tboyras, qui, dans son Hi»toire d'Angleterre , s*exprime ainsi (t. III , p. 407) : <( Je dis que le Dauphin le fit assassiner, quelque peine que certains historiens aient prise pour le disculper. L'action se commit sous ses yeui et à ses pieds, et il garda toujours à son service les meurtriers. H n'en faudrait pas davantage pour le faire juger coupable de ce crime, quand même il n'y aurait pas d'historiens d'assez benne foi pour l'avouer franchement. » Nous avons eu le regret de rencontrer, chez un grave historien , le passage suivant : a Le crime ne pouvait rien sauver, mais on en conçoit la pensée possible en un jeune prince qui avait été naguère arraché aux massacres de Paris , et qui s'était accoutumé à considérer le duc de Bourgogne comme le mortel ennemi de la France. Meurtrier ou non , le Dauphin sentit que l'État ne pouvait vivre dans cette affreuse anarchie. S'il débuta par un forfait, Thistoire a le droit de le maudire ; mais tout en frémissant , elle le loue pour n'avoir pas désespéré de la patrie. * Laurentie, Histoire de France, t. IV, p. 198.
2. Lettres de septembre U19 (Ordonnances, i. XIl, p. 268); du 17 janvier U20 (W., ibid,, p. 273); du 19 février U20 (i<i., ibid., p. 278); du 9 mai U20 (CoUecUon de Bourgogne, vol. 99, p. 173); du 23 décembre U20 (original, Moreau, 1i25. pièce 103; éd. La Barre, t I, p. 347).
3. « Le Roy son père est mort civilement, et n'est point ydoisne à gouverner, » lit^n dans la Réponse d'un bon et loyal François (La Barre, 1. 1, p. 319). — Chastellain l'appelle «c Boy sans régir, n et dit que, « selon qu'il avoit gens autour de luy, il accordoit si bien en son préjudice comme en son prouflit : tt>ut luy estoit ung et d'ung poix » (t. I, p. 116-17 et 239).
4. Sans nous arrêter à ce que dit Jouvenel : a 11 n'y eut oncques personne qui chargeast Mgr le Dauphin qu'il en fut consentant (p. 372), » nous citerons, entre autres, les deux passages suivants de Chastellain : «... Le meurtrirent à Montereau... devant le fils de son
' S'il fallait, ea terminant Texposé de ce tragique épisode, exprimer notre pensée , nous dirions que tout a été fortuit dans révénement de Montereau^ Par sa déloyauté, par son insistance intéressée à faire revenir le Dauphin à la Cour, au lieu de s'employer à Texécution sincère dû traité de Pouilly, Jean sans Peur fut lui-même Partisan de sa ruine. Le ton arrogant qu'il avait déjà fait paraître au Ponceau, et dont il usa dans les explications échangées , la sorte d'intimation faite au Dauphin, le démenti donné , tout coùtribua à exciter l'indignation et à faire naître l'alarme chez les conseillers du jeune prince. Au milieu des aigres paroles échangées de part et d'autre, un conflit s'engagea. On en vint aux armes , et les anciens serviteurs de la maison d'Orléans, prompts à tirer l'épée, firent justice de l'insolence et des menaces du duc, en mettant à mort celui qui avait fait périr leur maître.
L'histoire n'en doit pas moins sévèrement blâmer un tel meurtre et flétrir ceux qui s'en rendirent coupables. D'ailleurs, par cet acte de violence , ils portèrent à la cause qu'ils^ servaient un coup terrible. On rapporte que François P% passant
Souverain seigneur le Roy, Mgr le Dauphin, jeune enfant pour lors, dont les acteurs se couvroient, /ui/ /^noran/ (veuille Dieu! et ainsi le croy), dans leur mauvaisUé (t. I, p. 22). » — K ... Icelui Mgr le Dauphin, qui avoit esté présent en ce meurtre, non pas que je l'accuse , fors clu regard (p. 39). i — Le Bourguignon compilateur de Vdbré^é français des grandes chroniques, piilié par M. Vallet (/. c, p. 232), dit, en parlant des lettres du Roi, de septembre 1i19 : « Lesdictes lettres contenoient en ouitre, combien qu'il ne fut pas vérité , qu'il estoit coulpable de la mort du duc de Bourgogne , et qu'il avoit donné signe aui meurtriers. » — Dans son Traité sur les différends entre la France et l'Angleterre, Jouvenel des Ursins apporte ce grave témoignage, qui nous paraît être celui de riiistoire (ms. fr. 9C67, f. i9) : <r ... Car je te asseure que mon maistre et seigneur CIlmIcs n'avoit ne n'a en ladiclc mort coulpc ou faulte; et que il se deust faire, il n'en savoit riens. Et non faisoient tes aultres. Et fut la chose faicte par Toultrage du mort, et par ce que il vouloit amener ledit Roy Charles, pour lors Dolphin, et de fait mis! la main à luy, et ung aultrc qui fat aussy mort. Et quant cculx qui estoient prcsens virent que on metloit ainsy h main en leiu* maistre, \\z le deffendirent, tellement que la mort s'en ensuivit; dont ledit Charles fut desplaisant... »
i. M. Kcrvpi de Lettenhove, le savant historien de la Flandre, qui connaissait quelquesuns des documents utilisé^ dans le présent travail, a, ce nous semble, été bien loin en mettant la préméditation au compte du duc d& Bourgogne, et en disant que Jean sans Peur regardait , jen 1419 comme en 1407, ^^e crime comme la dernière ressource de la haine (l. m, p. 156 et suiv.). » U convient de faire remarquer que, depuis, l'auteur a hn peu atténué TappréciatioQ de son Histoire de Flandre, en disant, dans les notes de son édition de Chastellain , qu'il avait développé l'opinion « que Jean sans Peur voulait s'emparer à Montereau de la personne du Dauphin , et qu'il expia par sa mort un complot qui n'était dirigé que contre la liberté du jeune prince (t. 1, p. 31). »
par Dijon en 1521 , voulut voir le crâne de Jean sans Peur. Le chartreux qui accompagnait le Roi dit, en lui montrant Touverture béante qu'on y remarquait : « Sire , c'est le l^rou par où les Anglais passèrent en France \ » Ce ne fut pas , à la vérité , le meurtre du duc de Bourgogne qui permit aux Anglais d'entrer en France, car ils y étaient depuis deux ans, et personne plus que le duc n'avait facilité leur invasion ; mais les conséquences de cet événement n'en furent pas moins désastreuses : tous les bons Français pouvaient répéter ce qu'avait dit Barbazan au Dauphin en apprenant la fatale nouvelle : « Pourquoi a-t-on « fait cela? On amis la couronne de France en grand péril*.» D'ailleurs le Dauphin, lui aussi, témoigna un vif regret, et, dans son entourage , plusieurs partageaient le sentiment de Barbazan ^.
1. M. Vallet de Viriville, qui cite cette anecdote (t. ], p. 184), ne donne pas pour garant l*ouvrage où elle a paru tout d'abord , savoir Y Histoire de France de Du HaiOan (éd. in-8% t. m, p. 268 v»).
2. a Etluy arrivé bien près des barrières apparceutune grant noise et tumulte en icelles, et voit espëes nues , par quoy se arresta ; et incontinent au devant de luy vint ledit Huguet de Noyers, tout ploui^int , qui lui dist et recita la mort dudit defTunct duc de Bourgoigne. Laquelle chose oye s*en i-etourna en la ville , moult doutent de ce y et incontinent qu'il peut veoir le Daulphin luy dist pour fjuoy il avoit ce fait et qu'il avoit mis la couronne de Fi-ance en grant péril. » Plaidoirie de Labat , ms. fr. 5061 , f. 117.
3. a De laquelle mort soudaine mon dit seigneur le Dauphin Ait au contraire très desplaisant , ainsi que plusieurs autres gens tenans son party. » — « Quoi qu'il en soit , il est constant que, du cas advenu ainsi que dit est, monseigneur le Daulphin en fut très desplaisant, et ceux qui estoicnt en sa compagnée, gens de bien , cognoissant qu'il n'en pouvoit venir que tout mal. » Jouvenel, p. 372 et 373. Cf. Monstrelet, 1. 111, p. 347.