XLVIII INTRODUCTION
on doit envisager ce vaste travail comme un immense, répertoire où l'on- peut utilement puiser, mais qui s'adresse plutôt aux hommes d'étude qu'au grand public. Nous le reconnaissons avec empressement, les travaux de M. Vallet de Viri ville nous ont été du plus grand secours. Ayant eu d^ailleurs personnellement à nous louer, à nos débuts dans la carrière, de la bienveillance et de l'aménité qui faisaient le fond de son caractère et rendaient si agréables les rapports entretenus avec lui, nous en gardons un profond souvenir et un vif sentiment de gratitude. Mais, tout en rendant à sa mémoire Thommage qui lui est si légitimement dû, la vérité nous oblige de reconnaître que le sujet qu'il a abordé n'est pas traité à fond dans ses trois volumes, et qu'après lui la véritable Histoire de Charles VII reste à écrire.
Voyons comment M. Vallet de Viriville a apprécié le Roi dont il avait si longuement étudié le règne.
Charles VII lui apparaît tout d'abord comme 1' « enfant de la démence *. » « Doué d'un tempérament débonnaire et timide, » le développement de ses facultés avait été retardé par diverses causes *. « La nature, pour la fougue et la violence de certaines cassions , l'avait créé très ressemblant à son père ^.. Sa complexion physique et morale se composait d'un fonds de sensualité remarquable. Sa vie paraît avoir été, sous certains rapports, une longue carrière d'immoralité*... En examinant de très près la vie entière du fils de Charles VI, en considérant avec attention les images authentiques de ses traits qui nous sont restées, on doute si la terrible maladie du père ne transmit point au fils quelque trace héréditaire ^ » Au début de son règne, Charles VII disparaît dans « de licencieuses et inaccessibles retraites , au sein d'un demi-jour sans gloire et
i. « Yolande eut pour Charles VII, enfant de la démence, de maternels et nécessaires ménagements (t. I, p. 465). »
INTRODUCTION. XLIX
probablement sans vertu : tout au plus parvient-il à voiler, à dérober les scandales d'une lascivité (sic)^ qui semble avoir été, cl;iez lui, comme un vice congénial et héréditaire... L'histoire n'a guère pu que sonder le vide obscur de cette retraite et ne peut attester de ce prétendant que son inertie *. » Pendant sa jeunesse, Charles s'abandonne au plaisir : l'historien préfère ici aux témoignages authentiques, qu'il n'ignore point pourtant, la tradition, qu'il prétend à tort être d'accord avec « les notions historiques les plus positives*. » Plus tard, en 1437, le Roi apparaît comme t un homme nouveau. » Ce prince, « jusque-là timide, éloigné du péril et môme de l'activité, » conduit toutes les opérations du siège de Montereau et y paie bravement de sa personne*. Peu à peu, il se révèle par des « succès politiques et militaires qui font de lui l'un des princes les plus considérables et les plus influents de la chrétienté *. » L'historien vante alors sa sagesse, sa générosite, sa haute raison, son affabilité, l'adresse et la modération de sa politique, la prudence unie à la hardiesse dont il fit preuve en plus d'une occasion *. « Peut-être, dit-il en manière de conclusion, dans la balance d^un juge sévère , ses défauts et ses torts l'emporteront-ils sur ses bonnes actions et ses louables qualités. Observé sous ce rapport, il ne restera de lui qu'une assez médiocre figure* Mais, quels que soient les droits de la morale, l'homme privé , chez un prince , disparaît jusqu'à un certain point derrière l'homme public. La face royale est celle que la critique doit principalement envisager. Placé de cette manière, le personnage que nous avons devant nous, inspire déjà plus d'estime ; et la postérité peut, en ce sens,
2. La tradition du xvi« siècle relative au ballet qui aurait occupé le Roi pendant le siège d'Orléans, et lui aurait attiré un mot piquant de La Hire, < ne s*accorde que trop, dit M. Vallet (t. 11, p. 39), avec les notions historiques les plus positives qui nous sont parvenues sur Tétat moral où végétait encore à cette époque le roi de France. »