‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 185 sur 362 · Gallia Ckristianay t. 1, col · texte numérisé non relu

Gallia Ckristianay t. 1, col

2. A Vannes le 9 décembre 1i19. L*original est à Rouen, dans la Collection Leber, n<» 568a »

3. Aiïtes des 29 octobre et 31 décembre 1419. Voir Rymcr, t. IV, part, m, p. 137 et 146. Cf. la lettre, en date de Corbeil, le 9 juillet 1420, où les ambassadeurs de Bretagne s*adressent au roi d*Angleterre, qu*ils qualifient de « hoir et régent du royaume de France, » et où ils lui rendent compte de tout ce qui touche aux intérêts de leur maître (id., ibid., p. 182).

4. On n*est pas d*ftccord sur la date. Nous suivons les lettres du duc Jean, dans Godefroy, p. 687. Jouvenel dit le 10 (p. 375); le Religieux le 12 (t. VI, p. 403); la Chronique d^Alençon attribuée à Perceval de Cagny, le 12 également.

qu'on venait de traverser, il se trouva séparé des siens. Le comte, mettant la main sur son épaule, lui dit : « M!onseigneur, « vous êtes mon prisonnier \ et vous ne m'échapperez pas avant « de m'avoir rendu mon héritage. » Toute résistance était impossible : les planches du pont, détachées à l'avance, avaient été jetées à la rivière ; des gens armés, sous les ordres de Charles de Blois, seigneur d'Avaugour — l'un des principaux seigneurs de la cour de Bretagne ' — entourèrent aussitôt le duc et ses gens, parmi lesquels était son jeune frère Richard, Après cette scène de violence, où le sang coula, et où la vie du duc fut, paraît-il, menacée, on le lia sur son cheval, au cou duquel on avait passé un licol, et on le mena ainsi, voyageant jour et nuit entre a deux grands ribauds à chevaucher, » jusquës à Chenonceaux, où l'attendait impatiemment Marguerite de Gli&son, qui déjà s'était emparée de sa vaisselle d'or et d'argent'.

Quel pouvait être le mobile d'un tel attentat? Faut-il y voir un simple épisode de la vieille rivalité entre la maison de Blois et là maison de Montfort, querelle qui remontait à près d'un siècle, mais qui semblait alors assoupie, car le duc Jean venait justement de témoigner à Olivier et à Charles de Blois une vive amitié et de les combler d'honneurs? Faut-il l'attribuer à des raisons d'État, et en faire remonter la responsabilité- jusqu'au gouvernement du Dauphin?

Le comte de Penthièvre, et son frère Jean, seigneur de Laigle, apportèrent, dans leur conduite à l'égard du duc de Bretagne, un acharnement et une violence qui attestent coinbien étaient enracinés chez eux les sentiments de haine et de vengeance. Ils n'étaient pas seulement les descendants — bien indignes et bien dégénérés, il faut le dire, — de l'héroïque Charles de Blois ; ils étaient les fils Âe Marguerite de Clisson , fille du connétable de Clisson, qui jamais n'avait consenti à reconnaître le traité de Guérande par lequel la, maison de Blois avait

1 . Monstrelet nwl (t. IV, p. 30) : « Je vous fai^ prisonniçr de monseigneur le Dauphin. » Nous suivons rarrét du Parlement.

2. « L*avions fait nostre mareschal et gouverneur de nostre chevalerie , nostre spécial et privé chambellan à la garde de nostre personne. » Arrêt du Parlement de Bretagne, rendu le 16 février U2l. Godefroy, Historiens de Charles VI, p. 686.

3. Ce récit est emprunté à Tarrét du Parlement, l. c., p. 687-89.

renoncé au trône ducal , et qui n'avait point oublié les griefs de son père contre le duc Jean V. Marguerite avait, en 1406, fiancé son fils aîné , Olivier, à Isabeau de Bourgogne , fille de Jean sans Peur : l'un des motifs qui avaient porté le duc de Bretagne Jean VI à ménager si soigneusement le duc de Boiu^ gogne avait été peut-être la crainte de voir se produire , à un moment donné, une revendication des droits d'Olivier, avec l'appui de son beau-père. La comtesse de Penthièvre était

encore plus animée que ses fils contre la maison de Montfort , et c'est à son instigation que l'attentat avait été commis : cela est affirmé formellement par un auteur du temps '.

Mais le même auteur nous dit aussi que le comte de Penthièvre a traita tant devers le duc de Touraine, Dauphin, qu'il obtint de lui ung mandement scellé de son scel pour prendre et emprisonner le duc de Bretaigne*. » Et l'arrêt du Parlement de Bretagne ûous apprend que, dans un de ces entretiens où le duc se montra, par sa lâcheté et sa bassesse, sous un jour si peu favorable, Marguerite de Clisson, répondant à Jean VI qui la suppliait de lui sauver la vie et de lui donner des assurances à cet égard, lui dit « qu'elle ne savoit connne il en iroit, et que ce que ses enfans-en avoient fait, avoit esté par le commandement de monseigneur le Régent, et qu'ils en avoient bonnes et belles lettres, et qu'il falloit passer à son ordonnance '. »

Ce qui est plus grave , c'est que le fait est confirmé par des lettres, en date du 16 mars 1420, rendues à Carcassonne, où se trouvait alors le Dauphin. Dans ces lettres, adressées au comte de Penthièvre, à Jean, seigneur de Laigle, et à Charles, seigneur d'Avaugour, ses frères, on expose : que le comte de Penthièvre avait été naguère nommé lieutenant et capitaine général dans l'Anjou, le Maine et les marches de Bretagne, avec plein pouvoir « de faire tout ce qu'il connaîtrait être au bien et profit du Roi et à la conservation de sa seigneurie; n que, « usant de ladite commission, » il est venu à la connais-

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