Arrêt du Parlement, /. c, p
3ance du comte que le duc de Bretagne favorisait le parti des Anglais, qu'il avait conclu des trêves avec eux, défendu qu'aucun de ses sujets ne vinssent au service du Dauphin sous peine de confiscation de leurs biens, et puni ceux qui avaient transgressé ses ordres; qu'il était entré en relations personnelles avec le roi d'Angleterre, à Rouen et ailleurs, et avait fait avec lui « plusieurs secrètes alliances et confédérations; » qu'en outre, en « bien demonstrant la faveur et aflfection désordonnée, avec les damnables promesses et convenances, » qu'il avait aux ennemis, il leur avait fourni harnais, chevaux, artillerie, vins et autres vivres, et « donné toute faveur, » en cela et autrement, au grand déplaisir des « bons preudes hommes, » barons et nobles du pays de Bretagne; que, de plus, le duc, « persévérant en sa mauvaise volonté , » avait « empesché et detourbé » l'armée d'Espagne, dans la saison précédente, et présentement s'eflForçait d'empêcher la descente de Tannée d'Ecosse; qu'enfin il avait favorisé le parti des sujets rebelles au Roi et au ï)auphin; — que le comte de Penthièvre, considérant que, sans en venir à dep voies de fait, il ne pouvait être pourvu a aux inconveniens inénarrables qui» par la damnable entreprinse du duc, estoient vraisemblablement taillés de ensuir, à la grande foule et par aventure totale destruction de ceste dicte seigneurie, » avait naguère, en compagnie de son frère le seigneur d'Avaugour, pris et arrêté le duc de Bretagne et Richard , son frère , démontrant en cela leur grande loyauté et bon vouloir envers le Roi et le Dauphin et la couronne de France. Le Dauphin déclarait prendre en sa main, comme ses prisonniers, le duc de Bretagne et son frère, ordonnant de garder leurs personnes avec la plus grande vigilance, afin qu'à son retour du Midi on pût lui en rendre bon compte et qu'appointement fût conclu *.
L'attitude du Dauphin , lançant un tel réquisitoire contre le duc de Bretagne et avouant publiquement les auteurs de l'attentat , est d'autant plus singulière que , la veille même du jour où, cédant aux instances du comte de Penthièvre, le duc
1. Nous n*avons qu*iine copie moderne de cette pièce. Collection Doat, vol. 161, fol. 53.
avait quitté Nantes en sa compagnie, il attendait une ambassade du Dauphin. Nous savons , en effet , que , par lettres du !«■ février — données sans doute à Saint-Symphorien où Charles se trouvait alors — Martin Gouge, évêque de Glermont, un de ses principaux conseillers , avait été chargé d'une mission près du duc de Bretagne*. Le prélat se rendit-il en Bretagne? Nous ne savons*; mais nous le retrouvons près du Dauphin, à Carcassonue, te #14 mars, deux jours avant la date des fameuses lettres patentes*. Le 25 février, à la nouvelle de l'attentat commis contre le duc, le Conseil du Dauphin, resté à Bourges sous la présidence du chancelier Le Maçon , envoyait Robert Postel, bailli de Garancières, en Bretagne, a par devers aucuns chevaliers et escuiers dlcellui pays, pour certaines choses secrètes, grandement touchans monseigneur le Régent*. » A ce moment, un membre du Conseil, Adam de Cambray, était en mission en Bretagne , et son voyage n'était peut-être pas étranger à l'événement qui venait de se produire ^ L'ordonnance du 16 mars devient encore plus inexpliquable si nous considérons que le Dauphin, à la réception de la lettre que lui écrivit, sous le coup de la première émotion, sa sœur, la duchesse de Bretagne, envoya à celle-ci Prégent de Coëtivy , un de ses pannetiers, lequel était, le 8 mai, près de la duchesse, et prenait part aux mesures dirigées contre les Penthièvre •; qu'à la fin de mai partit ime ambassade , composée de l'évêqUe de Glermont, du comte Dauphin d'Auvergne et de Tanguy du Chastel, chargés d'assurer la duchesse de Vaffection qu'il por-
1. Quittance de 500 livres donnée par Martin Gouge le 2 février. Clairambault , 5i» p. 4107.
2. L*ambassade n'était pas arrivée le 10, comme on le voit par farrét du Parlement de Bretagne déjà cité (p. 687).
3. Lettres du Dauphin , portant don de deux cents livres pour avoir des fourrures , ms. fr. 20882 (Gaignières, 153), f. 65.
i. Lettres du Dauphin du 25 février, visées dans une quittance du 26 février. Qairambaull» 88, p. 6953.
5. Lettres du Dauphin du 5 mars y visées dans une quittance du 8. Le but ostensible du voyage était une information sur la valeur des terres de feu le seigneur de Pouzauges, ((u'occupait le duc de Bretagne. Clairambault, 24, p. 1753-
0. Le sire de Coëtivy flgure panni les membres du conseil qui prennent part aux délibérations du conseil de la duchesse Jeanne. Lettres du 8 mai 1420, données à Vannes. Orig.» Archives, K59, n« 26.
tait à la délivrance du duc*; et qu'enfin, pendant la captivité de ce prince, le Dauphin lui fit compter, à titre de prêt, par son trésorier des guerres, une somme de mille livres ^
Jeanne de France, se souvenant de l'héroïque conduite des deux Jeannes qui, au quatorzième siècle, avaient soutenu si vaillamment la cause de leurs époux prisonniers ,\ fit si bien , d'un côté près du Dauphin % de l'autre près du roi d'Angleterre *, — lequel lui accorda la mise en liberté de son beau-frère le comte de Richement , prisonnier depuis Azincourt , — que les Penthièvre se décidèrent à lâcher leur proie : le duc fut mis en liberté le 8 juillet 1420, et un document peu suâpect nous fait savoir que cette délivrance fut due à l'interveption du chancelier Le Maçon et du Président de Provence,
Et pourtant, tout porte à le croire, les lettres du 16 mars, ^données à Carcassonne , loin du Conseil de Bourges , pendant le voyage du Dauphin, avaient été l'œuvre de Louvet. N'ayant pu réussir à se faire livrer le duc de Bretagne par les Penfchièvre*, l'astucieux conseiller du Dauphin avait brusquement changé de politique. Jusqu'à quel point le Dauphin fut-il initié à l'acte du 16 mars? C'est ce qu'il est impossible de dire. Il ne paraît pas du moins s'être associé aux vues de son ministre , car nous le voyons, presque aussitôt, agir dans un sens opposé , se mettre ea relations avec la duchesse sa sœur, et travailler à la délivrance du duc. Quand celui-ci fut sorti de captivité , il ne tarda pas à renouer ses rapports avec lui. Lors des conférences de Sablé (mai 1421), le Dauphin, en se
1 . « Lesquels ont touche de raffection qu'Uz dient mondit seigneur Daulphm avoir à la delivranee de Mgr le duc; et fînablement ont dit que si on envoyé ambaxade pour requérir la dicte délivrance, il sera délivré. » Lettre des ambassadeurs bretons au roi d^Angleterre, datée de Gorbeil, 9 juillet U20. Rymer, t. IV, part, ni, p. 182.