‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 230 sur 362 · Rymer, t. IV, part, m, p · texte numérisé non relu

Rymer, t. IV, part, m, p

paré le roi d'Angleterre , et il avait eu la pensée de donner le trône de Hongrie à Tun des fils de Charles VI. Mais ce prince était demeuré sourd à toutes ses avances ; il n'avait cessé de tergiverser ; il avait même prononcé des paroles blessantes à regard de l'empereur, ce qui montrait bien qu'il ne voulait point faire la paix. L'empereur croyait donc devoir sortir de sa réserve et mettre un terme à sa mansuétude : il faisait savoir à Charles VI qu'en présence des injures intolérables faites à l'Empire par ses prédécesseurs et par lui, et pour venger les droits méconnus de l'Empire, il faisait alliance avec le roi d'Angleterre, mais que c'était par la seule vertu de sa puissance et à main armée qu'il voulait, avec l'aide de Dieu, vider la querelle \

Un mois plus tard (29 avril), l'empereur conclut avec Jean sans Peur, qui s'était de nouveau et formellement reconnu son vassal*, un traité d'alliance offensive et défensive*.

Les possessions françaises du sud-est se trouvaient menacées par ce nouvel ennemi. Par des lettres patentes du 2 juin, qui étaient une réponse indirecte au défi du 22 msa's, le Dauphin ordonna au gouverneur du Dauphiné de faire assembler les États pour mettre cette province en état de défense : « Il est venu à nostre connaissance, disait le prince, que nostre cousin le Roy des Romains a intencion et propos et s'efforce , par plusieurs estranges et diverses manières et voyes , de faire aucunes grandes entreprises contre nous et en nostre préjudice..., et est commune voix et renommée que nostre dit cousin prétend, par

1 . « Non obstante quod guerrae inter serenissimos principes et dominos reges Franci» et Angliœ nunc inchoate sint ei vigeant, » lit-on dans le traité signé à Londres le 31 juillet et prolongeant la trêve jusqu'à Pâques lil9. Ryraer, l. IV, paît, m, p. IQ.

2. Original avec le grand sceau impérial sur double queue de parcberoin. Archives, J 386, n<> 19. Le défi de Sigismond parvint à la Cour de France un peu plus tôt peut-être qu'il ne l'eût voulu et d'une façon peu solennelle. Voici ce qu'on lit au dos de la pièce : « Les deffiances de Sigismond, Roy des Romains contre le Roy, lesquelles, avec le herault qui les apportoit, furent prinses de cas d'aventure, sur- mer, par ceulx de Dieppe, ef par eulx envoyées au Roy. »

3. « Idem Johannes Burgundise, tanquatn fidelis bonui et prudens noster vassalu8 et comanguineus dilectus, bepevolè inclinatus et consentiens... »

i. Qe traité, signé à Constance le 29 avril U17, se trouve en copie moderne dans le ms. fr. 4628, f. 495; il est en original aux Archives de la C<5te-d'0r, B 11932, où se trouve également une u copie de copie , » offrant une traduction française du temps.

aucunes pactions et contraux faits entre luy et le Roy d'Angleterre, ancien adversaire de Monseigneur et de nous, transporter nostre dit pays de Dauphiné, en la manière par luy prétendue, à l'un des frères dudit Roy d'Angleterre... Desquelles choses et de la manière que tient nostre dit cousin dessus nommé en ceste besongne, nous nous donnons grant merveiUe, veu que nous n'avons pas souvenance d'avoir fait aucune chose à son déplaisir, ains avons voulu et vouldrions tousjours luy complaire, et ne croyons pas qu'il peut monstrer estre autrement *. » Mais l'empereur était de ceux qui se lancent yolontiers dans des entreprises sans s'inquiéter de les mener à leur terme'; il en fut ainsi de la prise d'armes contre la France et de l'alliance contractée à Canterbury. Malgré les relations suivies entretenues par Sigismond, soit avec le roi d'Angleterre', soit avec le duc de Bourgogne *, et les promesses formelles faites au premier ' ; malgré ses démarches près des princes allemands et les Génois pour les engager à soutenir les Anglais dans leur

i. Ord(mnunces, t X, p. 414.

2. C'est la remarque de son historien Ascbbach : « Es war ein Hauptfehler in Sigmund's charactcr Vieles zu untemehmen, daber konntc es salten etwas zu Ende fûhrcn. » Geschichte Kaiser Sigmund's, t. Il, p. 155.

3. Le 18 septembre 1417 , Sigismond annonce renvoi d*une ambassade au roi d'Angleterre (Rymer, t. IV, part, m, p. 16). Le 30 septembre, Henri V écrit à Sigismond «t lui envoie ua ambassadeur (Archiv, l. c, p. 139). L'empereur répond en décembre {id.).

4. Le 5 juillet 1417, le duc de Bourgogne reçut à Ypres un chevalier et un docteur envoyés par l'empereur (Gachard, p. 236). — II nous par^dl douteux, malgré le témoignage de Monstrelel, que l'empereur se soit trouvé à Montbéliard avec le duc de Bourgogne à la fin de mai 1418. Sigismond parait avoir été, vers le 18, à Bàlc, où il s'attendait à trouver le duc de Bourgogne, le duc de Savoie et d'autres princes, qui n'y vmrent pas ; mais il ne quitta Constance que le 21 mai. On pourrait placer le voyage de Montbéliard entre le 21 et le 29, jour où le duc de Bourgogne quitta cette ville; mais il n'avait pas dépassé Bàle le 30, d'après son hislprien Asclibach . et nous voyons que le 26 une ambassade allemande était près du duc (Gachard, p. 238). D'ailleui*s le traité du 12 mai, entre l'empereur et le duc Frédéric d'Autriche, avait donné satisfaction aux intérêts de Catherine de Bourgogne , que le duc voulait sauvegarder.

5. On lit dans une lettre au roi d'Angleterre en date du 4 août 1417 : a Id tamen firmo et inalterabili intendimus proposilo et intencione stabili firmavimus et verbo regio |>romittimus et polUceinur expresse quod primo die seu kalendas proxime affuluri nicusis niaii pro rttcuperationc jurium alterutriusque nostruin, cessantibus excusationibus, allegalionibus et subterfugiis doloque et fraude quibusvis, nisi legitimo impedirnento utpote gravi mole infirmitatis et indisposicionis corporee, quod divina clemencia avertat, tune detenti fuerimus et prepediti , in nomine Domini exercituum in fronteriis seu ûnibus regni Francie , et subsequanter de eisdem fronteriis in vestre régie fratemitatis succursum et presenciam in Frandam cum copiosa gencium armatarum multitudine personaliter constituemus. » Arckiv fiir Œsterreichiêche Geschichte, 1880 (vol. LIX), p. 129-130. Un nouveau traité, auquel il

latte contre la France ' ; malgré les prétentioas sur le Daupbiné, maDifestées par certains actes ' ; enfin, malgré le défi au comte d'Armagnac , lancé par l'empereur à la date du 1" septembre 1417 , à titre d'allié et de suzerain de Jean sans Peur *, aucune suite ne fut donnée aux projets d'attaque. Les affaires de l'Église et de l'Empire , la continuation de ses démêlés avec le duc Frédéric d'Autriche *, puis la mort de son frère et la lutte contre les Hussites en Bohême devaient absorber toute l'attention de 8^ismoud, et ne point lui laisser le loisir de s'occuper des affaires de France,

Tout en s'efForçant d'arrêter les progrès de l'inva^oQ anglaise, le gouvemement royal, dont le Dauphin, comme lieutenant général du Roi , él3.H devenu le chef, n'abandonna pas les voies diplomatiques. Les difficultés de la défense, qui se compliquaient de l'attaque à main armée entreprise simultanément par le duc de Bourgogne, comme s'il eût été l'auxiliaire du roi d'Aj^leterre ', lui en faisaient une loi. En répondant à la lettre de Henri V du 13 août, le Roi lui disait que, comme prince chrétien, voulant à tout prix éviter reffuaion du sang, il était toujours prêt à faire tout ce qui pourrait procurer la paix et la tranquillité, non seulement des deux royaumes, mats de toute la chrétienté, et qu'il enverrait ses ambassadeurs pour traiter de la paix au lieu qui lui serait désigné. Le roi d'Angleterre ne repoussa pas ces ouvertures, et consentit k nommer des ambassadeurs- pour n^ocier avec ceux de Charles VI. Le 24 septembre 1417, n au château royal de Caen, en son duché

eti rail attuMM dus ceUe lettre, avait élé codcIu à Luiembourg enlre l'empereur el le roi d'Anglelerro. Par une aulre letlre, en date du 16 août, l'eDipereuF renouvela ses eogagements dans les termes les plus soleaneis (p. 133).

1. Voir Religieux, l- VI, p. 56. L'empereur m fiil pas heureui dans celle tenlalne : les Génois lui ii<pondireat jiar un refus énergique,

S. Sigismoud convoqua à Constance, pour Piques Ui8, el ensuile pour la Peolec^ (t& mai), les pcélats du Daupbiné, alio de lui faire liunmiage. Chorier, Ilùl. du Dauphmi, L II, p. 113.

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