‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 232 sur 362 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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pourparlers avec Henri V * ; en octobre, il sollicita et obtint un sauf-conduit pour se rendre près de lui ^ Il le joignit à Alen- Qon, où il signa, le 16 novembre, deux traités, Tim en son propre nom, l'autre au nom de la reine Yolande, portant trêve jusqu'au 29 septembre 1418 pour leiu'S possessions respectives •.

Le péril était donc conjuré du côté du Maine et de TAnjou ;

mais il s'agissait d'arrêter les rapides progrès de Tennemi en

Normandie. Les ambassadeurs français, partis de Paris le

6 octobre, et qui attendirent vainement à Honfleur les envoyés

l de Henri V, paraissent avoir profité de ce délai pour tenter

une démarche personnelle près. du roi : deux d'entre eux, le seigneur de la Fayette et Guillaume de Meulhon, se rendirent à Falaise, où ils séjournèrent du 22 octobre au 10 novembre*. A cette dernière date, Regnault de Chartres et Robert de TuUières reçurent un sauf-conduit pour se rendre auprès du roi d'Angleterre. Celui-ci , après s'être emparé d'Alençon , se préparait à assiéger Falaise; il ne se pressait pas : peut-être voulait-il connaître l'issue de la campagne du duc de Boui^ogne contre Paris. Enfin, après six semaines d'attente, qui d'ailleiu^ ne furent pas perdues ', les ambassadeurs reçurent avis de l'arrivée des représentants de la partie adverse : ils n'étaient qu'au nombre de quatre : le sénéchal Walter Hungerford, maître Thomas Chaucer, Philippe Morgan, le négociateur des traités avec Jean sans Peur, et John Kempe.

La conférence s'ouvrit à Barneville*, le 28 novembre 1417.

1. 13 avril 1417, à Windsor : sauf-conduit dénvré par le roi d*Ângleterre au duc de Bretagne, pour se rendre près de lui. Ryroer, t. IV, part, ii , p. 197.

2. Sauf-conduit, valable jusqu'au 16 septembre, délivré le 18 octobre; autre sauAconduit valable jusqu'au 1*' décembre, délivré le 27 octobre. Rymer, t. IV, part, m, p. 20 et 21.

3. Rymer, t. IV, part, ni , p. 23 et 2i. — Une trêve de dix ans avait pourtant été conclue, à la date du 3 janvier HH, entre le duc de Bretagne et Henri V (ib., part, n, p. 57).

l. La Fayette y était à la date du sauf-conduit du 22 octobre; tous deux s'y trouvaient encore à la date de celui du 10 novembre. Rymer, /. c, p. 21 et 23.

5. Les ambassadeurs eurent là, par des Normands qui s'étaient ralliés à Henri V, des renseignements précis sur « les alliances et promesses qui estoient entre hiy et le duc de Bourgogne. > Jouvenel, p. 359.

6. c In foresta quadam quasi via média inter villam et castrum de Touke et Hunflew, > dit Elmhara {Vita ffenrid Quinti, p. 126). — BameviUe est une petite commune, située à 5 kil. de Honfleur, qui compte aujourd'hui 230 habitants.

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L'archevêque de Reims porta la parole au nom de ses collègues. Après un bref exposé des négociations antérieures, il commença par se plaindre de ce qu'on les eût fait attendre aussi longuement, et de ce que , au méf)ris de tous les usages , en portant atteinte au résultat des négociations , on eût arrêté et retenu prisonniers les hérauts porteiu*s du sauf-conduit envoyé aux ambassadeurs anglais ; il demanda ensuite qu'avant d'aller plus loin, le sauf-con(Juit du roi d'Angleterre, qui arrivait à son terme , fût renouvelé *.

Ce fut Philippe Morgan qui lui répondit. Il repoussa avec hauteur les reproches adressés à son gouvernement, et invoqua, comme un des motifs du retard dont on se plaignait, la terreur qu'inspirait la puissance bourguignonne* : singulière excuse dans la bouche d'un diplomate qui, mieux que personne, savait à quoi s'en tenir sur les prétendues dispositions hostiles du duc à l'endroit des Anglais !

Chacune des parties produisit alors ses pouvoirs pour traiter tant sur le fond de la question que sur la conclusion de trêves '. Mais l'aigreur du ton des plénipotentiaires et leurs prétentions exorbitantes rendaient les négociations bien difficilee. Le roi d'Angleterre, comme le dit Jouvenel des Ursins, « voyait les divisions qui estoient, et luy sembloit bien qu'il auroit tout*. » Les offres des ambassadeurs français furent rejetées. On se sépara sans avoir même stipulé de suspension d'armes*.

Les relations entre les deux Cours ne cessèrent pourtant pas immédiatement. La reine de Sicile, depuis sa trêve avec le roi

1. Protocole de la conférence de BameviDe. Rymer, \. c, p. 25-26.

2. « Asserentes se propter potentiam tt per horrescentiam ducis Burgundi» in eornm ittnere existentis tute ad locum tractatus venire non posse. » Rymer, /. e.

3. Un nouveau pouvoir avait été dëlivi'é par Henri V, en date du 18 novembre. Lecbaudé d'Anisy , Rôles normands , p. 235.

i. Jouvenel, p. 339.

5. Le protocole donné par Rymer s*arréte brusquement après la reproduction des pouvoirs de Charles VI, et Ton y a ajouté un pouvoir de Henri V qui ne se rapporte point à cette négociation, et qui est du 24 octobre de la 7» année du règne, c*est-à-dire de 1419. Nous n^avons, pour nous renseigner d*une façon un peu précise sur l'issue de la conférence, que ce passage d*un historique, rédigé en août 1419, qui parait se rapporter aux conférences de Bameville. « In quo reverà tfactatu in aliud pacis médium nolebat pars adversa declinare, nisi quod rex prsedictus dimissis adversario suo pnedicto omnibus in

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d'Angleterre, cherchait, de concert avec le duc de Bretagne, à entrer on négociation avec lui \ Pendant le siège de Falaise, un nouveau sauf-conduit fût donné (7 décembre) aux ambassadeurs de France pour se rendre près d'Henri V. Trois jours après la capitulation de cette ville, qui eut lieu le 20 décembre, un sauf-conduit, valable jusqu'au 8 janvier, fut encore délivré à Regnault de Chartres et à Robert de TuUières'. Mais ces pom^parlers n'aboutirent pas. Les ambassadeurs qui avaient pris part à la conférence de Barneville revinrent à Paris le 20 décembre' : devant les exigences anglaises, il fallait renoncer à traiter et ne plus songer qu'à poursuivre la lutte.

Mais, pour lutter, le gouvernement royal avait besoin d'auxiliaires. L'Ecosse, la Gastille, Gênes, la Savoie, la, Lombardie pouvaient lui en fournir. C'est du côté de la Savoie que paraît s'être portée l'attention du gouvernement royal, au commencement de 1418. Il était d'autant plus essentiel d'obtenir le concours du duc Amédée VIII que des liens intimes l'attachaient à l'empereur, duquel il avait obtenu, lors du passage de Sigismond par Ghambéry, en février 1416, l'érection de son comté en duché *. Deux ambassadeurs furent envoyés pour le requérir, en vertu des traités qui l'unissaient à la France, de se trouver à Paris le b** mai, « à toute puissance, pour résister aux ennemis anciens du Roy ^, » Le duc de Savoie répondit qu'il était prêt à servir le Roi et le Dauphin avec toute sa puissance, et fit partir deux envoyés, Guy de Grolée et Martellet de Martel, avec

ducalu Normànniae conquœsitis, conlentarctur cœteris terris ab ipsa parte sibi oblatis ; quas teneret ab adversario prxdicto tanquam Domino suo ligeo et supremo. x» Rymer, t. IV, part. 111, p. 130.

1 . Sauf-conduit du !^ novembre pour des envoyés de la Reine de Sicile et de Louis son fils, valable jusqu'au 29 septembre U18. Rymcr, t. IV, part, m, p. 25. — SauT-conduit pour des envoyés du duc de Bretagne. Môme date, même durée, id., ibid. — Dès U16, Yolande avait envoyé un de ses secrétaires à Henri Y pendant qu'il se trouvait à Calais {ib.y part II, p. 180).

2. Ce sauf-conduit, indiqué dans Lechaudé d'Anisy, p. 2i9, était valable jusqu'au !•' janvier 1418.

3. Sauf-conduit du 23 décembre. Ryuier, t. IV, part, m , p. 33. ■— Voir sur ces incidents l'historique cité : W., p. 130.

i. Voir Aschbacb , t. II, p. 153-5i.

5. C'étaient Odon de Toumon, soldeur de Bcauchaslel et Guichard de Marzé ou Marsy. -T Mémoire publié dans Guicbenon, Histoire généalogique de la maison de Savoie, t. II, p. 255.

charge d'informer la Cour de France de ses dispositions, mais en même temps d'insister sur ce point : que tant que les divisions intérieures persisteraient dans le royaume, son secours serait de peu de profit; tandis que, si ces divisions cessaient, « par manière que toutes les parties fussent d'une volenté, lors legièi;é chose seroit de deschasser les Englois hors du royaume *. » Le duc envoya aussi un de ses serviteurs — que Grolée devait aller rejoindre , — au duc de Bourgogne , pour le mettre au courant de ce qu'il faisait, et de la mission remplie à Paris par ses envoyés, lesquels, nous l'avons vu plus haut*, forent un instant mêlés aux négociations de La Tombe. Lé duc de Savoie prenait ainsi déjà, en quelque sorte, ce rôle de médiateur qu'il devait remplir à plus d'une reprise.

Une autre intervention qui, en des tempo différents, eût pu s'exercei" d'une façon décisive, se produisit également au mois d'avril 1418. Le schisme qui, pendant de si longues années, avait déchiré l'Église, venait de prendre fin. Dans un conclave tenu à Constance du 7 au 11 novembre 1417, toutes les voix s'étaient réunies sur le cardinal Colonna, proclamé pape sous le nom de Martin V. Sa naissance illustre, sa piété, sa science, l'affabilité de ses manières, sa grande expérience des affaires, son esprit de conciliation, le mettaient à la hauteur de l'importante et difficile mission qui lui incombait. Avant même de quitter Constance, le nouveau pape se préoccupa d'apaiser les différends qui existaient entre les princes chrétiens. Témoin de l'animosité qui régnait entre les Français et les Bourguignons, — car la question du tyrannicide avait longuement occupé les Pères du Concile , devant lesquels Jean Petit avait fait l'apologie du meurtre du duc d'Orléans ', — il résolut de tenter à la fois de réconcilier le duc de Bourgogne avec la Cour et d'amener un rapprochement entre la France et l'Angleterre..

Mais la situation de la France à l'égard du nouveau pape n'était point encore nettement définie. Depuis le retour de l'em-

i . Mémoire cité.

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