‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 238 sur 362 · Magnas altercationes (p · texte numérisé non relu

Magnas altercationes (p

4. Voir l'article de M. Aug. Longnon, Les limites de la France, dans la Revtie des questions historiques, t. XVIII, pages 497 et 541-44, et sa Carte du Royaume de France, jointe à la Jeanne t." Arc de M. Wallon éditée par la maison Didot.

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sions, mêlées d'altercations , les conférences demeurèrent un moment interrompues. A leur reprise, les ambassadeurs anglais ayant déclaré de nouveau Toffre « frivole, dérisoire et nulle pour ainsi dire *, » l'archevêque de Sens prit le lendemain la parole, et déclara qu'il allait produire des offres nouvelles, lesquelles,

sans nul doute, seraient jugées suffisantes, mais qu'auparavant il fallait qu'on répondit à cette question : « Le roi d'Angleterre a-t-il réellement l'intention de conclure une alliance avec f Monseigneur le Dauphin, et de lui prêter assistance pour corn-

î, battre et châtier, au royaume de France, ses ennemis, adver-

saires et rebelles ? »

Après s'être concertés, les ambassadeurs anglais répondirent que c'était intervertir l'ordre de la négociation , et que la inatière principale de la paix devait passer avant toute autre.

Sur le refus des ambassadeurs français de produire leurs nouvelles offres , Moi^an finit par déclarer que ses collègues et lui étaient disposés à répondre à la question posée et à conclure sur ce point, en temps et lieu opportun, si les offres étaient telles qu'on dût s'en contenter.

L'archevêque reprit alors la parole. Après avoir sollicité et obtenu le secret sur l'ouverture qu'il allait faire, il offrit, au nom du Dauphin, toute la partie de la Normandie située au nord de la Seine, le vicomte et la ville de Rouen exceptées, à la condition que , si des conquêtes étaient faites par les princes alliés en Artois et en Flandre, 4e roi d'Angleterre recevrait l'équivalent de ce qu'on lui abandonnait en Normandie et que J dans ce cas il restituerait au Dauphin.

Ces nouvelles offres ayant été repoussées, on alla jusqu'à ajouter aux offres déjà faites, avec la ville de Montreuil, l'équivalent en Normandie des possessions abandonnées par le traité de Brétigny et qu'on entendait réserver, à savoir la Saintonge au nord de la Charente , le comté de Poitiers et la ville de La Rochelle : c'était en quelque sorte l'abandon de la Normandie tout entière.

De nouvelles difQcultés s'élevèrent alors sur les conditions

1. < niam reputabant ipsi omnino vacuam, inanem et quasi nuUam (p. 71). »

auxquelles ces terres seraient cédées : serait-ce en hommage? serait-ce en pleine souveraineté? Les ambassadeurs anglais déclarèrent que leur maître avait toujours entendu et formellement déclaré que la cession se ferait en pleine souveraineté ; mais les ambassadeurs français s'y refusaient.

Deux envoyés du Dauphin \ qui avaient été chargés d'une mission secrète près de Henri V, alors devant Rouen, arrivèrent sur ces entrefaites à Alençon, et intervinrent dans les négociations d'une façon assez étrange, Se présentant en quelque sorte comme médiateurs, ils allèrent trouver les ambassadeurs anglais; ils leur dirent en secret que les ambassadeurs du Dauphin avaient pouvoir de faire des offres encore plus amples; ils leur communiquèrent cinq cédules, présentant cinq combinaisons différentes, et proposèrent une trêve de deux moi$ ^. Mais , dans la conférence suivante , à laquelle prirent part ces deux personnages, les Anglais, sans se laisser éblouir par leurs avances et voulant serrer de plus près la question, les prirent à part pour leur demander s'ils étaient formellement autorisés à dire au nom de leur maître : Noies offrons tout ce qui est contenu dans la grande paix. Ils furent obligés de répondre, après en avoir conféré avec les ambassadeurs de leur parti, qu'ils n'avaient point pouvoir de faire de telles offres, étant sans instnactions à cet égard; ils ajoutèrent qu'il y avait là des questions qu'il n'appartenait qu'au Dauphin de trancher, et qu'il convenait de provoquer une convention personnelle entre les deux princes.

Douze jours s'étaient écoulés dans ces négociations. Les ambassadeurs anglais s'étaient efforcés, conformément ^à leurs

1. Ils sont ainsi désignés dans le protocole : le seigneur de Séverac et Guitard. Le premier devait être Amaury, seigneur de Séverac, bientôt maréchal de France; quant au second, c'était évidemment Guitard ^e Besordon, écuyer d*écurie du Dauphin, que nous avons vu plus haut figurer parmi les signataires du traité de Pouilly.

2. Voici quelles étaient ces combinaisons : 1<* Tout ce qui fut cédé par le traité de Brétigny , sauf les terres au nord de la Charente , TArtois et la Flandre , moyennant l'abandon des prétentions sur la Normandie; — S» Le duché de Guyenne, sauf ce qui est au nord de la Charente , avec l'équivalent en Normandie , et en outre la Flandre ; — S» Le duché de Guyenne , dans les mêmes conditions , avec compensation sur la Somme , et les comtés d'Artois et de Flandre; — 4<* Le duché de Guyenne. dans les mêmes conditions, avec tout ce qui a été conquis en Normandie; — S» L'exécution pure et simple du traité de Brétigny. Rymer, p. 73.

) HISTOIRE RE CHARLES Vil. \W

tPuetions, d'arracher à la partie adverse les concessions plus. étendues'; iU n'avaient point encore formulé leure itentions ; le moment était venu pour eux de le faire. Le mcelier Morgan, après avoir déclaré, en son nom et au nom ses collègues, que leur intention était de ne pas demander ins que la couronne et le royaume de France, remit aux ijassadeurs français une cédule énonçant leurs exigences ; réclamaient, en sus de ce qui leur avait été offert, les 3héa de Touraine et d'Anjou, le comté de Flandre, le comté Maine et les seigneuries de Beaufort et de Nogent. ^'archevêque de Sens répondit, au nom de ses collègues, il ne leur appartenait pas de discuter de telles demandes. Jne longue controverse s'éleva, dans laquelle Morgan, se iformant encore aux instructions reçues ', posa cette quesn, qui rendait illusoire tout ce qu'on avait fait jusque-là : « En jposant que le roi veuille se contenter de vos offres , quelle •antie pouvez-vous lui offrir quant à ces offres et quant à la ixî » Les amLassadeura trauçais daignèrent suivre Moi^an f ce terrain, où il ne les amenait que pour arriver aux autres itières à mettre en discussion. Insistant sur la très chrétienne pieuse intention' de son maître en faveur de la paix, sur orreur qu'il avait pour l'effusion du sang clirétien et pour les igues guerres, suivies de maux nombreux et irréparables *, U posa que le roi s'était montré favorable à des négociations, que même, « pour la singulière affection qu'il portait au Dauin , o il avait refusé des offres bien plus grandes de la partie verse ; il protesta, en invoquant le ciel, la terre et toutes les Natures, que le roi et les siens auraient conclu la paix si les "res à eux faites avaient été recevables , et que le Dauphin rait responsable de tous les maux qui pourraient survenir; termina en suppliant, partes entrailles.de Jésus^hrist, les

.. « Whan Uiay havc prorred al lliat may be g«leD of liom. « Instructions do 36 acre. Bjnier, l. c, p. 68.

!. n And vihan thay luve dn^'c lliaim lo Uic ulmost proQr liai ma; hc bad oT ibeoi a i wi^ , IhaDi be id axed ot Uiem how Ihcj mow nuke tlie kiog sure of sucbe a Pees. •

I. g Cljristiaiiissiniaiii et piam inlentioritim. « Prolocole de la confi^rencc, p. H.

l. « Idemque princcps CJirisUaDissimus, super omnia abtiorretu effiisioKni .'«ntiui»"

istiaoi cl diras gueniis ipix miilla et irreparahjlia maJa inducunl. « Idem.

ambassadeurs du Dauphin, s'ils n'avaient pas pouvoir de procéder plus avant sur la matière de la paix, de communiqueri au moins et de traiter relativement aux autres matières. *

L'archevêque ayant repoussé cette proposition, Moi^an reprit le lendemain la parole, avec beaucoup de vivacité, et sur le ton de l'ironie. L'archevêque oflfrit de conclure une trêve de courte durée. Morgan répondit sèchement que, tant que les plénipotentiaires ne seraient pas mieux disposés qu'ils ne l'étaient pour la paix , i) ne fallait pas compter sur la conclusion de trêves ; que d'ailleurs ils pouvaient s'adresser pour cela au roi , sous leur propre responsabilité.

Les conférences se terminèrent par une nouvelle déclaration de Morgan, prenant Dieu à témoin que, de son côté, on avait fait tout ce qui pouvait faciliter un accord \

Pendant la durée des négociations, le Dauphin avait écrit au roi d'Angleterre une lettre^, d^ns laquelle il disait que, comme seul fils du Roi, représentant la personne de son père « en son empeschement , » et ayant « la souveraineté en la cure des besoingnes de son Royaulme, » il voulait, par dessus tout, travailler à la paix; qu'il lui avait envoyé, pour lui faire connaître ses intentions , un de ses écuyers , que le roi avait reçu libéralement, et auquel il avait déclaré être plus disposé à entrer en négociation avec le Dauphin qu'avec nul prince qui, au temps passé, lui eût fait des ouvertures; que le Dauphin avait envoyé ses ambassadeurs à Alençon « pour trouver moyen d'appaisement entre les deux royaumes, » et que présentement ils devaient être réunis aux siens. « Veuille Dieu, disait le jeune prince, que l'issue en soit, selon vos désirs et les nôtres , au bien commun de chacune des parties I » Mais le désir qu'il avait de ce résultat, « lequel, écrivait-il, est si grand qu'il passe toute espérance d'y parvenir, » et la nécessité d'abréger les choses, l'engageait à requérir le roi, « de tout son cœur et courage loyal et non feint , >> que , au cas où leurs ambassa-

1. Rymer, |i. 75. — D ne faut point oublier que Morgan, qui conduisit toute cette négociation, où l*on cherchait à fkire acheter au Dauphin une assistance arniëe contre le duc de Bourgogne, avait été le grand artisan de Talliance entre Henri V et Jean sans Peur.

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