CHAPITRE IX
LA DIPLO]£ATIS DU DAUPHIN
§ n. — NéGKKSATIONS AVEC LES DIVERSES PUISSANCES DE 1418 A 1422
Situation faite à la France, en Europe, par la simaUanéitô de deux gouvernements rivaux. — Relations avec la Caslille et avec rÉcosse"*, le Dauphin fait échouer les efforts de la politique bourguignonne près de ces deux puissances et obtient d'elles une assistance armée. — Attitude du duc de Savoie. — Influence politique de la reine Yolande : la maison d'Anjou en Lorraine et à Naples. — Continuation des relations avec la Castille et l'Ecosse , et ouvertures faites à l'Aragon. — Le meurtre de Montereau consomme ral|iance anglo-bourguignonne : traités d'Arras et de Rouen , bientôt suivis du traité de Troyes. — Accueil que ce traité reçoit en Europe. — Relations du Dauphin avec la cour de Rome : dispositions plus favorables du Pape, qui intervient en faveur de la paix et envoie un légat en France. — Nouveau secours d'Ecosse en 1421. — Efforts du roi d'Angleterre pour contrebalancer l'action de la France; il cherche des auxiliaires en Allemagne et s'allie à la République de Gènes. — Ambassade du Dauphin en Castille. — Ouvertures faites au duc de Milan , qui autorise la levée d'un corps de troupes.
La situation faite à la France, depuis le 29 mai 1418, par la simultanéité de deux gouvernements, l'un, celui du Roi, siégeant à Paris , représenté par la Reine et le duc de Bourgogne ; l'autre , celui du Dauphin , installé dans les provinces du centre , soulevait un problème délicat au point de vue des relations internationales : avec lequel de ces gouvernements les puissances étrangè|*es unies à la France par d'anciens traités, telles que la Castille et TÉcosse, allaient-elles entretenir des rapports? Cette question semble avoir, dès le début, préoccupé le duc de Bourgogne ; car, aussitôt que l'autorité du nom d'Isabeau fut venue couvrir sa rébellion et donner à ses
actes une apparence de légalité, il fit — de Troyes où il résidait — des ouvertures au roi de Gastille.
Le trône de Gastille était alors occupé par un enfant, Jean II, né le 6 mars 1405, dont la sœur avait épousé en 141Sle roi d'Aragon, Alphonse V. D'antiques alliances unissaient la Gastille à la France : des traités successifs, conclus en 1274, 1294, 1346, avaient été renouvelés entre Gharles V et Henri de Transtamarre , quand Tépée victorieuse de Du Guesclin eut assuré à ce prince la possession du trône (20 novembre 1368) '. Au début du règne de Jean II, le traité de Valladolid, dirigé principalement contre TAngleterre, était venu (décembre 1408) sceller Talliance intime de la Gastille et de la France, et devait, pendant de longues années, demeurer la charte réglant les rapports des deux États *.
Henri IV, roi d'Angleterre , dont la sœur, Gatherine de Lancastre, avait épousé Henri UI de Gastille, père de Jean II, et exerçait la régetice pendant la minorité de celui-ci, avait voulu profiter de ces rapports de familles pour renouer avec la Gastille des relations interrompues depuis de longues années ^ Il en entretenait, et d'assez étroites, avec la Cour d'Aragon qui, bien qu'unie à la France par des liens très anciens*, les avait laissés se relâcher depuis le milieu du quatorzième siècle, et qui, tandis que la Gastille demeurait française, était devenue favorable à l'Angleterre. Peu après son avènement, Henri V signa (28 janvier 1414) un traité avec Jean H , stipulant une trêve générale d'un an *, laquelle fat ensuite prolongée pour une égale durée •. Après la prise
1. Voir Du Mont, Corpê Diplomatique y t. Il, part, i, p. 68. Cn traité Ait confirmé en 1387 et 1390. Archives, J 915, n» 9. Sur les relations de la France avec la CastQle, voir une note très énidile, dans rexcellente édition du Victoîial, donnée en 1867 par le comte Albert de Gircourt et le comte de Puymaigre, p. 556-559.
2. Voir ce traité dans Du Mont, t. III. p. i, p. 510, et dans Rymer, t. IV, part, i, p. 144.
3. Il est fait allusion à une alliance entre Henri III et Alphonse X, dans des instructions données par Henri V, le 5 décembre 1416 (Rymer, /. c, p. 187) ; elle fut conclue entre 1^2 et 127â. Edouard III s'était allié, dans le siècle suivant (janvier 1363) avec Pierre le Cruel; mais cette alliance avait été éphémère, ctTavénemenl d'Henri de 'Transtamarre avait rattaché étroitement la Gastille à la France.