‹ Histoire de Charles VII (volume 2)Chapitre 254 sur 362 · Lettres du 15 janvier · texte numérisé non relu

Lettres du 15 janvier

3. Voici en quels termes Jacques Gehi rend compte de cette mission dans son autobiographie : tf A. D. Millesimo quadnngentesimo decimo nono, in januario, recessi a Turonia et ivi in Uispaniam pro pelendo succursum a serenissimo rege Castellse praestandum domino meo illustrissime regcnli Dalphino; quod obtinui. Promisit enim juvaixî de viginti galeis armatis et lx grossis navibus munitis omnibus ; quibus seu quorum hominibus solvil rex prefatus stipendia de suis pecuniis pro tribus mensis et panem piD quatuor. Fuitque constitutus capilaneus flotse seu armatœ pnedict» admiraldus Hispaniae. Ivi per mare et redivi per terram, sanus et incolumis, prsstante eo qui mari et terrse dominatur, cujus dictis subserviuntuniversa, applicuique Turoniamsextajunii,A. M.quadringentesimo vigesimo, praestante Altissimo, cui sit laus et lionor in saeculorum secula. Amen. » — Vita Jacobi Gelu, ajmd Martène, Thésaurus novus anecdotorumf t. m, col. 1950.

expédition n'eut pas lieu'. Uésonnais, nous l'avons dit, la rance ne pouvait plus compter sur l'appui de la Castille. Charles fut plus heureux du cOté de l'Ecosse, où il trouva 1 concours effectif. Une ambassade, à la tête de laquelle était ;an de Cranach, conseiller et maître des requêtes de l'hôtel 1 Dauphin ', avait été envoyée au duc d'Albany. Longtemps tardée par les hésitations du régent, qui voulait éviter une ipture avec l'Angleterre, et par les lenteurs apportées à la 'éparation de la flotte, le départ de l'armée auxiliaire fut en- 1 décidé. Le Parlement avait émis un vote favorable; des archands de La Rochelle avaient joÏQt leurs navires à ceux •.s mariniers castillans*: vers les derniers jours de septembre 19, six mille hommeB, l'élite de la chevalerie et de l'année ossaise, s'embarquèrent, soua les ordres de Jean Stuart, imte de Buchan, second dis du duc d'Albany, d'Archibald )uglas, comte de Wigton, et de Jean Stuart de Bemeley*.

1 . 1 En esie Uempo e1 amirante Don AlTonso Enrfquei vino lUi de Sautuder dande ]atù ido por despachar la flola quel Rcy «mblatu «n ajttda al Rtj de Frauda (c'est-1-dire k iphtn), en la quai embiâ por capllan gênerai i Juan Enriquez, su faijo bastardo, ioatié le bien aposenlado i aposentâse en San Francisco i! no «stuvo ende mas dé Ires dits que el bbnlc no conseotia que nfnpin grande alli estuviese salvo las que conoscidamuite n de su parciajidad. i Perez de Guiman, p. 174; nouv. édîL, p. 389. CJ, Ferreras, fj, p. S36-2il. Il esl question de l'envoi de celle flotte dans les Regitlrea du Perlent de PoUiert, à la dale du mois de juin ItU. X<- 9300, t. 240 v. !. C'e^ ce cpU résahe d'une lettre du Dauphin au comte de Har, reproduite p1u9 hiiii. I. Les chefs de l'annje d'Éco&se n'étaient point encore partis le SI septembre (Viàr ari, Geaealoglcal HUlory, p. 115; cf. Renier, t. IV, part, m, p. 131), La dite* r arrivée est établie par le Complt de l'ècuTie (KK 53, f. 5), qui nous montre le comte WigtDQ et les autres seitnieurs écossais à la Cour, i la Dn d'octobre; le nombre dn issvs est Sié d'une manière précise par des lettres du Dauphin en date du 30 ih^ ibre lit9, ordonnant le paiement à deui marchands l'ochellois des frajs supplémenlaitTs abonnés par le long séjour des âavire» envoyés en Ecosse et par la nourriture des 00 Écossais pendant quinic Jours (fihartu royale*. XIV, u" 3). — Les historiens ssais n'ont que des notions incoiaplèles et inexactes sur ce secours. Ils parlent de l'ennî Éeosse du due de Vendflme (lisel comte), lequel Était alors prisonnier en Anglelerrf. r Patrick Fraser Tytier, t. ill, p. 190. Tout ce qu'on a dil, d'ailleurs, à ce sujet, repaM*

ce passage d'un chroniqueur contemporain : s Scripsil clinoi rex. (''rancis D. Rob. duci ini», gubiemateri Scolite, pro subsidio vironim armalorum virtvte conteribralionis cerum contra regem llenricum quintum Angli» regnuni Francis lune inquietantem. Qui, siiio trium slatuum convocalo, niisit Francise secundo genitum suum ïndilum miLlem innem Stewart, comitem de Buchain et cameranini Scolix, cum ingenti multJtndM ilium uilitum et armigeromm ad numerum 7000. Qui quam gloriose pro tempore quo

stetil, se liabuit, Francorum laudabiles fassiones cumdem ad plenuni prœconiuoL.. annit de Fardvn, SeotkhroiUci contimiaUo e Watlero Bwierû, t. TV, p. 1307, de ition de Th. Heame. C'est Hector Boeee {Sf^lorum HUtoriœ a prima genlU oHjrine)

Trompant la vigilance du gouvernement anglais, qui avait tout fait pour lui barrer le passage ^ , Tarmée d'Ecosse traversa la mer sans encombre, et débarqua à La Rochelle. A peine arrivés, les chefs se rendirent à Bourges près du Dauphin^, qui leur fit une brillante Réception et leur donna de Hches présents '. En partant pour son voyage de Languedoc, Charles emmenait sa garde écossaise et une partie du contingent étranger*, tandis que l'autre partie — la plus considédérable — restait sous les ordres de ses chefs pour prendre part aux opérations militaires dans le nord de la France *.

Henri V n'avait cessé de compter sur Talliance bourguignonne : c*est grâce à elle qu'il avait opéré librement sa conquête, et, malgré la réconciliation du duc de Bourgogne et du Dauphin, le roi d'Angleterre continuait à être en rapports as^ sidus avec Jean sans Peur. Le meurtre de celui-ci amena dans ses dispositions un revirement subit : il y vit une occasion, non plus de s'approprier, avec la connivence avouée ou occulte du

qui , le premier, a parle du comte de Vendôme comme ayant été l'ambassadeur envoyé (éd. de 157i, in-fol., f. 343); il a été suivi par Lesley (De Origine , môribus et rébus gesUs Schotorumy 1578, p. 269), et par Buchanam (Herum scoticarum Historia, 1582, f. 107).

1. Voir lettres des 12 et 24 aoAt 1419, dans Rymer, t. lY, part, m, p. 131.

2. Le Compte de l'écurie établit que le Dauphii^ était à Bourges du 24 au 28 octoi)re, et fournit la preuve que c'est à cette date qu'eut lieu la réception.

3. On a deux lettres du Dauphin, en date du 13 février 1420, ordonnant de payer à Jean Louvet et à Guillaume d'Avaugour une somme de six cents livres à chacun , « pour icelle somme employer et convertir en achat de vaisselle d'argent par lui fait et en recompensacion de celle que naguièi'es , lorsque nos très chiers et amez cousins les comtes de Bouquin et de Vington et autres seigneurs en leur compaignie , tous du paîs d'Escoce , vindrent par devers nous en nostre ville de Bourges, nous feismes prendre de lui pour icelle donner et départir de par nous à nos diz cousins et aus diz gentilshommes de leur compaignie. » Pièces originales, vol. 152 et 1763 : Avaugour et Louvet. — Par mandement du 29 octobre 1419, le Dauphin ordonnançait le paiement d'un cheval donné au comte de Wigton (KR 53, f. 2 r» et 5). Un cheval fut également donné au comte de Buchan avant le départ du prince pour le Languedoc (quittance du 27 mai; trf., ihid., f. 8 v°). Au retour du Midi , nouveau présent du même genre aux comtes de Buchan et de Wigton, et au connétable d'Ecosse, Jean Stuart de Demeley (quittance du 12 août, f. 10).

4. « Syy alla accompagné... aussi des Écossais, qui estoicnt nouvellement venus en France. » Berry, p. 439;. cf. Raoulet dans Cliartier, t. III, p. 171. En février, le prince donna un cheval du prix de mille 1. 1. (faible monnaie) à Thomas Seton, Écossais, capitamc de gens d'armes. KK 53, f. 6. — Monstrelet (t. 111, p. 387) mentionne l'arrivée des Écossais en 1419.

5. En février-mars 1420, Tan||uy du Chastel et Louis d'Escorailles se rendirent en Touraine, où se trouvait l'armée d'Ecosse, pour la diriger vers la Picardie. Glairambault , 29, p. 2185; 43, p. 3219; 35, p. 2595. — L'armée passa par Orléans le 17 mars. Lottin, Rechercha sur Orléans, t. I, p. 199.

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duc de Bourgogne, une portion du territoire, mais de s'emparer de la couronne elle-même, et il n'eut garde de la laisser échapper. L'histoire de ses négociations avec le nouveau duc, depuis le lendemain de l'événement de Montereau jusqu'à la conclusion du traité d'Arras (2 décembre 1419) ne serait pas sans intérêt ; mais elle n'appartient point à notre sujet, et nous devons nous borner à indiquer rapidement les étapes de la route qui conduisit au fatal traité de Troyes, dernier terme d'une politique qui, à travers des phases diverses, devait inévitablement aboutir à la ruine de la France, sacrifiée par des ambitions et des rancunes personnelles au triomphe des intérêts anglais.

A peine les conférences de Meulan avaient-elles pris fin, que le roi d'Angleterre essayait de reprendre les négociations avec Jean sans Peur. Celui-ci, comme si le traité de Pouilly n'eût été qu'un jeu destiné à masquer ses intrigues déloyales, accueillit les ouvertures d'Henri V, et, au mépris de sa parole, entretint avec lui des intelligences. Mais , avant de rien conclure , il lui fallait atteindre le but qu'il s'était proposé en prêtant une oreille favorable aux propositions du Dauphin et en signant le traité de Pouilly : faire revenir le jeime prince à la Cour, afin de l'avoir à sa discrétion. Les démonstrations apparentes contre les Anglais, le manifeste du 5 septembre où le duc avait placé sa signature à côté de celle du Dauphin, tout ce bruit d'armes, vain cliquetis rappelant la levée de boucliers pour la délivrance de Rouen, ne doivent pas nous donner le change. Il serait puéril de croire à la sincérité du duc : Jean sans Peur continua à jouer son double jeu jusqu'au moment où il expia sur le pont de Montereau une vie de fourberies et de crimes.

Mais, le duc mort, sa politique lui survécut, et, nous l'avons vu, à la tête du parti qui allait livrer la France au jroi d'Angleterre , se trouvait la propre mère du prince déshérité. C'est aux pieds même du trône occupé par un Roi en démence que l'impulsion fut donnée : la reine Isabeau était initiée à la politique tortueuse de Jean sans Peur ; à elle revient le triste honneur de l'avoir fait triompher. Le jeune

Philippe l'eût-il voulu, il eût pu difficilement empêcher la faction dominante de l'emporter; mais il ne paraît avoir opposé qu'une bien faible résistance \ Après un rapide voyage en Flandre, le nouveau duc se rendit à Arras, où, dans une assemblée solennelle, tenue le 18 octobre, l'alliance avec le roi d'An- I gleterre fut décidée *. Le 2 décembre fut signé, à Arras, le traité qui livrait la France à Henri V^ 11 fut suivi d'un second traité, signé à Rouen le 25 décembre, et visant spécialement le Dauphin *.

Restait à conclure le pacte qui donnait à Henri V la main, de Catherine de France et devait faire du roi d'Angleterre l'héritier de Charles VI. Les 24 septembre et 24 octobre , des pouvoirs avaient été délivrés par Henri à ses ambassadeurs. Les conférences s'ouvrirent à Mantes le 26 octobre. Après des trêves partielles , conclues Je 20 novembre , une trêve générale fut stipulée (24 décembre) '. Puis le duc de Bourgogne se rendit à Troyes, où il arriva le 21 mars 1420, en compagnie des comtes de Warwick et de Kent, et des autres ambassadeurs anglais. Dès le 23, les bases du traité étaient arrêtées ; le 9 avril, une convention préliniinaire était faite*. Le roi d'Angleterre, longtemps attendu, arriva le 20 mai. Le lendemain 21 était signé le traité de Troyes \

1. Dès la fin de septembre, Philippe, qui avait envoyé à Henri V, son secrétaire Georges d*0slende pour lui annoncer la mort de son père , chargea des ambassadeurs de se rendre près du roi d'Angleterre et de solliciter une trêve. Le 9 octobre Henri V délivrait un saufconduit à ses envoyés (l'évéque d' Arras, Lannoy, Champdivers, Chauffeur et Georges d*Ostende). CoUect. de Bourgogne, 25, f. 38 v»; Rymer, t. IV, part, m, p. 13i-135. Cf. Monstrelet, t. IH, p. 360; Gbastellain, t. I, p. 70-71. — La trêve ne fut conclue que le 20 novembre.

2. Voir Monstrelet, t. lU, p. 360 et suiv.; Ghastellain, t. I, p. 77 et suiv.; Ckron, anon., t. VI, p. 282. Il y a dans la collection Moreau, vol. U25, de curieux documents relatif aux décisions prises à Arras. Us ont été analysés par M. Kervyn de Lcttcnhove dans les notes de son édition de Ghastellain.

3. Rymer, t. rv, part, m, p. i 40. — 11 y a dans la collection Moreau, vol. 802, f. 39 une pièce (en copie moderne), qui est une protestation contre ce «c damnable traité, » pour « rhonneur des fleurs de liz et de h couronne de France. » Gette protestation est précédée du texte du traité, traduit en français; elle dut être répandue par les soins des partisans du Dauphm.

4. Rymer, /. c, p. 144. Voir les lettres de ratification du duc, en date du 5 janvier 1420, Rymei, /. c, p. 149, et La Barre, t. I, p. 322.

5. Rymer, t. IV, part in, p. 141; cf. Religieux, t. VI, p. 386; Abrégé français, p. 233, et Monstrelet, t. HI, p. 373.

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