Voir plus bin , chapitre vui
ville rissue des négociations entamées *. On ne voit pas quelles purent être ces « bonnes manières secrètes et profitables, » dont parlait la chancellerie royale à la date du 7 décembre', « pour très brièvement grever, tant par mer que par terre , » l'adver^ saire et ancien ennemy d* Angleterre , et, en particulier, pour secourir Rouen. Une suprême démarche des Rouennais n'aboutit qu'à une nouvelle promesse, aussi peu observée que lés précédentes. Vainement des gens d'armes et de trait, mandés de toutes parts ', se réunirent à Beauvais : ils furent bientôt congédiés. Au commencement de janvier, le duc fit dire aux Rouennais de traiter, et, le 13, le jour même où était signée la capitulation , il quittait Beauvais avec le Roi , pour se . replier sur Creil, Lagny et Pro\dns. Évidemment la marche sur Rouen n'avait été qu'un prétexte pour faire sortir le Roi de la capitale , où sans doute le duc ne se trouvait pas maître assez absolu. Le mécontentement des Parisiens fut apaisé par l'engagement pris par le duc (19 janvier 1419), et violé quelques mois plus tard, de ne point emmener le Roi au delà de Provins *.
A peine Rouen était-il tombé au pouvoir de Henri V que les négociations furent reprises : d'abord par le Dauphin , dont les ambassadeurs signèrent, le 12 février, un traité préliminaire» stipulant qu'une entrevue aurait lieu, le 26 mars, entre le Dauphin et le roi d'Angleterre'; puis, au nom du Roi, par le duc de Bourgogne, dont les ambassadeurs conclurent à .Vernçn, le 7 avril, une trêve jusqu'au 15 mai, date à laquelle devait
1 . cr Allèrent loger à Pontoise , dit Tauteiir du Journal iVun bourgeois de Paris , et là furent jusques à trois sepniaines après Noël sans riens faire , senon manger tout le pays d*autour... Ne oncques le duc de Bourgongne ne les siens ne s^avancércnt aucunement de contester aux Ëngloys ne Ârminaz (p. 119). »
2. Lettres portant commission pour vendre et engager les terres du domaine et les joyaux de la couronne jusqu'à concurrence de 10,000 livi-es (Ordotmances , t. X, p. 501).
3. Le duc de Lorraine lui-même avait été mandé : on a conservé les lettres signées du Roi qui lui furent adi-essées à la date du 31 décembre U18. Collection de Lorraine, vol. IX, nM 4.
i. Felibien, Histoire de Paris, t. V, p. 262; Append. aux Mémoires de Pierre de Fenin, p. 287.
5. Voir lettres des 21 , 22 et 31 janvier, et 12 février, dans Rymer, t. IV, part, lu, pp. 84, 85, 86 et 91. La trêve comprenait les pays situés entre la Loire et la Seine, la Normandie exceptée.
avoir lieu, entre les deux rois et le duc , une entrevue (pûà fut ensuite renvoyée au 29 mai *.
Pendant le cours de ces négociations , et tandis que ses lieutenants poursuivaient les hostilités contre le parti boiqSguignôn, d*une part sur les confins de la Champagne et de la Bourgogne, d'autre part sur les rives de la Seine du côté du Nivernais , et enfin dans le Lyonnais *, le Dauphin s'était mis en campagne. Kesserré au milieu de places qui obéissaient à ses adversaires , il lui importait de s'assurer la possession des provinces situées au centre de la France. Au commencement de novembre 1418, il s'avança jusqu'à Sully, qu'il força à capituler, et alla mettre le siège devant Tours , dont le capitaine , en se rendant au bout de cinq semaines (30 décembre) , passa au parti du jeune prince '. C'est devant cette ville que Charles prit le titre de régent *. Tandis qu'il occupait les provinces du centre , La Hire et Saintrailles en Picardie ; Tanguy du Chastel dans nie de France et le pays chartrain ; Ambroise de Loré et Guérin de Fontaine dans le Maine et le Perche ; Barbazan en Poitou, où il reprit Montberon, dont les Bourguignons s'étaient emparés, et dont le siège durait depuis le mois de septembre'; Séverac dans le Languedoc, continuaient la lutte avec vigueur*.
La prise de Rouen avait entraîné la soiunission du pays de Caux et de toute la Haute Normandie'. Vemon, Mantes, ' Meulan, soumis dans les premiers jours de février*, étaient
1. Voir lettres des U et 23 février, 17, 26 et 28 mars, 7 et 22 avril, dans Rymer, t. IV, part, m, pp. 92, 9i, 95, 99, 102, 103, 104, 109. 110 et 115.
2. Ce mouvement avait commencé dès la 6n d'août. Voir D. Plancher, 1. 111, p. 497. La duchesse de Bourgogne, à la date du 13 novembre, était fort inquiète du côté de la Loire. Comptes de Dijon, dans Collection de Bourgogne, 57, f. 282 et 307
3 Moyennant finances, il- est vrai. Voir Jouvenel, p. 354-55 ; Cousinot, p. 174-75; Berry, p. 436; Raoulet, p. 164; Monstrelet, t III, p. 293; Chron. anon., t. VI, p. 243.
4 "Nous établirons plus loin à quelle date Charles prit ce titre.
5. n ressort des lettres du Dauphin du 24 septembre 1418, que le siège était en pleine activité à celte date; d'un autre côté, Berry dit formellement (p. 436) que c'est après le siège de Tours, où d'ailleurs Barbazan était présent, que ce capitaine prit Montberon (Cf. Jouvenel, p. 356).
6. Voir Monstrelet, 1. 1, p. 313 et 315; Jouvenel, p. 357-59, etc. — En mars 1419, Amaury de Séverac est chargé de rassembler le plus grand nombre possible de gens de guerre. Chartes royales, à la Bibl. nat., vol. XIV, n« 1.