‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 134 sur 367 · Bedtereha tur le protêt it atndamnatiùn, p · texte numérisé non relu

Bedtereha tur le protêt it atndamnatiùn, p

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1430 CHARLES Vil ET JEANNE d'aRC. 243

On peut ajouter, à l'appui de ta conjecture de L'Averdy, que deux documents semblent indiquer qu'ausaitût après la prise de Jeanne, et tandis qu'elle était encore entre les maios du lieutenant du duc de Bourgogne, Jean de Luxembourg ', une tentative de rachat fut faite.

On lit en effet dans une des lettres adressées alors au duc de Bourgc^ne par l'Université de Paris : « Doubtons moult que par la malice et subtilité des mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires, gtii mettent toute leur cure, comme l'en dit, à vouloir délivrer icelle femme par voyes exquises, elle soit mise hors de votre subjection par quelque manière'. »

Dans une autre lettre, adressée à Jean de Luxembourg, on Ht encore : « Gonune on dit aucuns des adversaires soy vouloir efforcier de faire (délivrer la Pucelle) et appliqtier à ce tous lettrs entendemens par toutes voyes exquises, et gui pis est, par argent ou raencon '. »

IL a Seroit-on plus fondé, continue L'Averdy, à prétendre que Charles VII auroit dû essayer de sauver la Pucelle en déclarant qu'il feroit subir aux prisonniers anglois le même traitement qu'on lui feroit éprouver? C'est une accusation récemment intentée contre ce prince et dont les contemporains n'ont pas même eu la pensée, parce qu'elle étoit impossible à mettre alors en avant. » Et L'Averdy n'a pas de peine à réduire à sa juste valeur ce reproche, auquel il s'arrête longuement.

III. L'Averdy examine ensuite si Charles Vil pouvait recourir à la voie des armes, et constate que la situation politique et militaire du royaume interdisait l'emploi d'un pareil moyen-

1. < Combien que la prise d'icella femme ne sait pareilla k la prise de Roj, princes et autres gens de granl cslat, lesquels toutes loics, se prios estoieoi, ou aucun de tel estai, le Roy le purroit avoir eu baillant au preneur dit mil firans, selon le droit, usalge et constame de France. » Sommation faite par Pierre Cctiehon, évique 4e Beauvait, au duc de Bourgogne el à Jean de Luxembourg. Procét, I. I, p. 14. — c Finaliter eam obtinuit (Cauchon) raedianle tamen sunicia mille librarum el tricentum Ubranim amui reditus, qnam rei Angtis tradidit cuidam homiw annonin ducjs Burgandix, qui eundeui Johamûin cœperat, > Déposition de Guill. Manclion. Procès, l. III, p. I3i. — • ... Dii mil livres loumoit au paiement de Jehanne la Pucelle, n etc. Riparlition d'un dixième de l'impôt volé pour l'achat de la Pucelle el la eoitUnualion de in guerre. Ibid., 1, V, p. 179-

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« Concluons donc avec vérité, dit-il, que Charles VII étoit absolument hors d'élat d'exécuter, de toules les manières possibles, ce qu'on lui reproche aujourd'hui de n'avoir pas fait dans le temps. »

M. de Beaurepaire dit à ce propos : « On a reproché à Charles VII de n'avoir point tenté de délivrer Jeanne par la force des armes, comme s'il en avait eu le moyen, comme si, en agissant de la sorte, il eût pu faire autre chose que de hâter le dénouement tragique qu'il s'agissait de prévenir V »

ïlais L'Â.verdy ne trouve point suffisant d'avoir constaté la triple impossibilité où était Charles VII d'avoir recours aux moyens indiqués. « Quelque puissantes que soient les raisons que je ■viens de rapporter, dit-il; quelque difficile qu'il me paraisse de pouvoiry répondre, il reste cependant au fond du cœur on mécontentement sourd contre l'inaction de Charles Vil. » Et il recherche les causes qui ont pu empêcher l'intervention du Roi. Il insiste sur l'esprit du temps, sur le but poursuivi par les Anglais en voulant faire condamner Jeanne comme sorcière par des juges français. Ce but apparaît dans certains incidents du procès de condamnation; il est mis en pleine lumière par les enquêtes du procès de réhabilitation : on voulait « impliquer dans l'affaire l'honneur de Charles VII, qu'on ne pouvoit pas poursuivre en personne, et le perdre dans l'esprit de toute l'Europe ecclésiastique et séculière, u

C'est ici un point important, qu'il convient d'étudier attentivement, à notre tour, à la lueur de tous les documents.

Du vivant même de Jeanne d'Arc, l'opinion était partagée sur son compte : « Le nom de la Pucelle estoit si grant jà et si fameux, dit un chroniqueur bourguignon, que chascun la resongnoit comme une chose dont on ne savoit comment jugier ne en bien ne en mal'. » Tandis que les partisans de Charles Vil regardaient Jeanne comme envoyée de Dieu , tandis que la renommée de ses exploits se répandait dans toute l'Europe et qu'il n'était bruit que des miracles opérés par son interven-

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tion ', ses eoiiémis ne voulaient voir en elle qu'uae femme sans pudem, usant de sortilèges et agissant d'après une iûspiration diabolique '. Pourtant les faits parlaient assez haut, et il ne leur était pas possible de nier l'évidence : dès qu'elle apparaissait, on voyait tomber les murailles et s'ouvrir les portes; l'opposition la plus vive faisait place à une entière -soumission *.

Les échecs successifs subis devant Paris en septembre 1429, à la Charité en novembre suivant, àPont-l'Évéque en avril 1430, portèrent un coup terrible au prestige de la Pucelle; sa prige acheva de jeter le trouble dans les esprits *. Dès le 23 mai, le jour môme où Jeanne était tombée aux mains des Bourguignons, le duc de Bourgogne, de Codun, près Compiègne, écrivait aux bonnes villes pour leur annoncer lévénement, en se félicitant de ce qu'on allait reconnaître enfin « l'erreur et foie créance de tous ceulx qui es faiz d'icelle femme se sont rendus enclins et favorables'. » Et, chose digne de remarque, ce ne sont point les Anglais qui prennent ici les devants : comme au lendemain du meurtre de Montereau, il se trouva des Français plus fanatiques que les ennemis pour poursuivre avec acharnement l'héroïque Pucelle venue au secours de celui qu'ils ne voulaient point reconnaître pour Roi.

A la date du 16 mai 1430*, l'Université de Paris s'adresse au duc de Boulogne , demandant que « cette femme dicte la Pucelle, estant, la mercy Dieu, en vostre aubjection, fust mise

1. • El dsl Uni Onalemenl que reDotnmëe couru par toal jusque: à Rome qu'elle faisoil miraïles. n Chronique anomjmf : Ms. fr. 23018, f. 483 ï". — La partie relalive à Jeanne d'Arc a étë idiWe touL réceirmeni par H. (Juicheral dans la Rtvue hiilorique, liTT. de mai-juin, p, 73-S3.

i. Ce fut pendant iongterap:^ Içjhèmc des écrivains twurguignnns. Le Bourgeois de Paris dil (p. 3(19) quelle élail • loui. ,^^e de l'enncmy d'enfer. »

3 C'est ce que constate la Chronique anonyme. Conlinuons la citation : «qu'elle faisoit miracles, et que, puis qu'elle venoit devant une place, les gens de dedans , quelle volonté qn'ilt eussent par avant de non obéir audit Daulphin ne ï elle, estaient tous rauei et TaliE et n'avoienl nulle puissance de enli defTendre contre elle, et lantost se rendoienl. i

i. " De la prise de la Pucelle Tu moult grant renommée partout, dil le bourguignon anonyme (Hs. 33018, l. 19B; Quîcheral, t. c, p. 83); en Turent moult jo'seax ceulx du part; de Bourgnngne et eeulu des autres moult dolans; car les nngs avoient esperane^ et le» aultres doubtance de son Tait. °

5. Original, aui Archives de Saint-Quentin. Procrs. t. V, p. 166-67.

6. C'est ce qui ressort du procès de condamnation (voir Procès, 1. I, p. 3) ; de la lettre postérieure de l'Université au duc (p. 9); et de celle du vicaire général de l'in ' " (p. 13). qui porte la date du il mai.

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es mains de la justioe de l'Église, pour lui faire son procès deaement sur les ydolatries et autres matières touchans nostre saincte foi et les escandes (scandales) reparer, à l'occasion d'elle survenus en ce royaume, ensemble les dommages et inconTeniëns ianumerablcs qui en sont ensuis '. »

Le vicaire général de l'inquisiteur écrit de Paris, à la même date, ■ au duc, pour réclamer la réparation des « grans lésions et escandes contre l'onneur divin » dont la Pucelle s'était rendue coupable, ■ à la perdicion des âmes de plusieurs simples chrestians, » et solliciter qu'elle soit envoyée devant lui, comme a soupçonnée véhémentement de plusieurs crimes sentens hérésie*. »

Enfia l'évéque de Beauvais intervient à son tour, et requiert que <t celle femme que l'on nomme communément Jehanne la Pucelle, prisonnière, soit envoyée au Roy (Henri VI) pour la délivrer à l'élise pour lui faire son procès, parce qu'elle est souspeçonnée et diffamée d'avoir commis plusieurs crimes, comme sortilèges, ydolatries, invocations d'ennemis, et pluseurscas touchans nostre foy et contre icelle*. >

Les Anglais, de leur côté, répandirent sur Jeanne les bruits les plus odieux. L'accusation de magie fut semée d'abord mystérieusement, et comme une « semence destinée à fructifier aous peu; » puis ouvertement, dans des sermons prononcés devant le peuple *. On eut même recours à des procédés violents : une "pauvre bretonne, pour avoir dit que « Dame Jehanne estoit bonne, et ce qu'elle faisoit estolt bien fait et selon Dieu, fut brûlée à Paris (3 septembre 1430)'. Dès que la Pucelle fut entre leurs mains, les lords émirent l'avis de la faire égorger ou noyer, sans forme de procès. Mais Warwick leur représenta qu'en la jugeant comme sorcière, on aurait le double avantage de la perdre et de déshonorer Charles Vil*. Ce fiit le procès du Roi, aussi bien que celui de

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