Original, archives du duc de la Tn^niOLlIe
5. Cette dalc fi^i pri>cisi<c par le P. Anselme, t, I, p. 455.
ovGoot^lc
1433 RËONE DE LA TRËMOILLE. 297
Pierre de Brezé, seigneur de la Vapenne '. La prise de Montarçis, Yille du domaioe de la duchesse de Guyenne, survenue sur ces entrefaites, par la faute de La TrémoIUe, excita une vive indignation *. A l'intérêt général du royaume, se joignaient d'ailleurs les rancunes et les haines personnelles. Le traité du 25 mars 1432, destiné à régler les points en litige et à mettre 6n aux conflits provoqués par la conBscation des biens de Louis d'Amboise, n'avait satisfait aucune des parties, et ce n'était pas sans un vif mécontentement que le connétable et ses partisans avaient vu La Trémoille s'emparer successivement, d'une façon subreptice, de toutes les possessions du vicomte de Thouars.
Toutes les mesures furent prises à Parthenay. On s'assura du concours d'Olivier Fretard, qui commandait à Chinon en qualité de lieutenant; on obtint aussi l'assentiment du capitaine, lequel n'était autre que le sire deGaucourt, qui, malgré ses fonctions de gouverneur du Dauphiné, était sans cesse à la Cour, où il conservait un grand crédit. Dès que le Roi fut arrivé à Cbinon, on se h&ta, sans perdre une minute, de mettre le complot à exécution '. Bueil, Chaumont, Coëtivy et Brezé se présentèrent, à la tête de quarante ou cinquante hommes d'armes, à une des poternes de la tour du Coudray. Elle leur fut ouverte par Olivier Fretard. Les conjurés pénétrèrent ainsi facilement jusqu'à la chambre du grand chambellan. La Trémoille allait subir la peine du talion : on lui réservait le sort qu'il avait inûigé jadis au sire de Giac. Il fut saisi dans son lit, et comme il opposa quelque résistance, il reçut un coup d'épée à la tête. Berry raconte qu'un des assistants (sans doute Jean de Bosnivînen, écuyer du connétable), lui enfonça sa dague dans le ventre : l'énorme embonpoint de La Trémoille empêcha seul que le coup ne fût mortel.
Au bruit de l'arrestation, le Roi s'émut, craignant qu'on n'en
1. Pierre de Breié «lait allié à la fois à Jean de Bueil et à Pierre d'Amboise par sa griuid'iDère, Marguerite de Bueil ; son père ttail eousîD germain de ces deux semeurs.
i. I La perte de Moniargis fut cause de mettre le seigneur de ta Tremouille'hors de gouvernement, t Berry, p. 386.
3. La chronique attribuée à Perceval de C^y dit : - En l'an H CCCC XXXIIl, le
jour de juing, t etc. Or on a vu que le ià te Roi était encore à Amboise. L'événement eut donc lieu entre le 26 et le 30 juin.
ovGoot^lc
298 HISTOIRK DE CHARLES Vil, 1433
voulût à sa personne. Mais la Heine le rassura. Bientôt Bueil, Coëtivy et Brezé se présentèrent à lui, a en toute humilité, » lui disant de n'avoir garde, et déclaraût que ce qu'ils avaient fait n'était que pour son bien et pour le bien du royaume. Le Roi demanda si le connétable était là, et sur la réponse négative qui lui fut faite, il se déclara satisfait '.
Ce n'était point Beulement le connétable qui avait armé la main des conjurés ; c'était encore la reine de Sicile, mise à l'écart par La Trémoille, et qui allait prendre sa revanche. Les chroniqueurs sont unanimes à reconnaître la part qu'elle eut à l'évéDCment, auquel la Reine — tout porte à le croire — ne fût point elle-même étrangère. Si Rithemont voyait enlin disparaître un ennemi personnel dont il avait juré la ruine, la reine Yolande reprenait possession du pouvoir ; et pour qu'il ne lui fût plus disputé, c'est à son troisième fils, que noua avons vu apparaître à la Cour et qui était bien vu du Roi', qu'elle donna l'héritage de La Trémoille. Le chroniqueur officiel Jean Chartier le constate eu ces termes : « Lequel {Charles d'Anjou) se mist continuellement à demourer avec le Roy en tel gouvernement ou plus graut que "n'avoit esté ledit sire de la Trémoille'. n-Mais, grâce à Dieu, le règne des intrigants et des traîtres était fini; Charles VII s'appartenait enfin, et la France allait bientôt respirer.
On se tromperait toutefois si l'on croyait que la transformation fut, chez le Roi, soudaine et complète. Il semble que l'influence de La Trémoille sur Charles VII ait eu le même résultat que plus tard celle de Fleury sur Louis XV, et qu'elle lui eût désappris à agir. Il se passa plusieurs années pendant lesquelles on pouvait encore, à juste titre, faire retentir aux oreilles du Roi cette parole de l'Écriture (ju'un de ses conseil-
I. Btrry, p, 386; Jean fJiarlier, I. I, p. 170-71 ; Grael, p. 373; Chronique attribuée à Percevâl de Cagnï-
î. Par lettres du 37 d^mbre 1433, il lui avijl fait don de lailJe raoutoos d'or. Cbartes d'Anjou en donna quillance le l"juin lJ3i. Us. tt. 303B5, t. 1,
3. Jean Cbartier, I. 1, p. 171. ~ -c El dès ce temps, dit Berrj (p. 366) entra eu gcuTememeal Uonse^eur Charles d'Anjou. ■ — « Lcdîl messire Clurles d'Anjou, seul, sans nos autres seigneurs de France, combien <|u'il fust moull jeune , el bien est apparu, louvenioil le Roy el son bostel. « Chronique attribuée i Perceval de Cagnj.
ovGoot^lc
1 1433 CHAHLES D'aNJOU AU POUVOIR. 299
lers devait prendre pour texte d'un de aea véhéments discours : Quare obdonnis, Dominel Pourtant l'évêque Jouvenel constate que, dès le mois de juillet 1433, Charles VII annonçait de meilleures dispositions, et commençait à agir par lui-même ' : « En 9 vérité, disait-il dans son Épitre aux États de Blois, nous poun vous dire du Roi ce que dit David : Recttis Dominus nosier « et tion est iniquUas in eo : Nostre Roy est juste et en luy n'a « aucune iniquité. Et veu la congnoisaance que il prent de « présent, et le gouvernement à l'aide de vous, ne doublez que « Dieu luy aidera'. » Désormais, Il est entouré de serviteurs intègres et dévoués : la maison d'Anjou reprend son influence tutélaire, et la « bonne mère » que nous avons vue protéger l'enfant, va contribuer à ramener l'homme fait à l'exercice de ses devoirs de Roi '. A côté de la reine Yolande, Marie d'Anjou tiendra une place plus grande dans les affaires politiques, et son frère Charles va devenir, malgré sa jeunesse, le chef du pouvoir. En même temps entrent dans le Conseil les hommes qui ont été les instruments jdu complot contre La Trémoille : Bueil, Chaumont, Coëtivy, Brezé, dont plusieurs vont avoir « grand gouvernement et autorité n près du Roi*. Enfin, le maréchal de la Fayette, écarté par La Trémoille, reprend l'exercice de sa charge '.
Le bruit de l'événement n'avait pas tardé à se répandre dans le royaume. Vers le 15 juillet , une ambassade boui^iignonne.
1. La seconde partie de l'éplire adressée à Charles VII à l'occasion des Étais d'Orléâii! (1J39) et après ta Praguerie (\Uii), a pour tem ces paroles de l'Écriture (Ps. XLIII) : Exurge, quare obdormli, Domine? Kswge, et ne ftpclttu in finem. i Ou second point, dit Jean Jouveoel dans soa exarde, lesdictcs paroles dénotegi que il scmUe vous dorniie:, el que vous mettez à non chaloir les niautx que seufTre vostre peuple, et que les povretez et iribulactions qu'ils ont el seufli^nt vous mectei eaoubly, en oslani et destournanl ïoslre faee el présence. • — Ms. fr. 50ÎÏ (original), f. î.