‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 197 sur 367 · Ms. fr. nouï. MO. 1001, f. n ï · texte numérisé non relu

Ms. fr. nouï. MO. 1001, f. n ï

3, Voir t. 1, p. 363, noie 5.

i. Voir lo tableau dressé par Aschiîch, Getehldile Kaiser Sigmimd^$, à la Qd de chaque volume, des séjours de l'Empereur,

nGooi^lc.

348 HISTOIRE DE CHAULES Vil. 1424

le représentant des rois choisis de Dieu, oints de la sainte Ampoule, qui toujours avaient soutenu l'Église, la protection de l'empereur. Ch&tiée aujourd'hui par Dieu, cette glorieuse maisou n'en était pas moins l'objet de la miséricorde divine. L'orateur rappela les antiques alliances entre l'Empire et la France. L'amitié que le Roi avait pour l'empereur était fondée sur la nature et sur le sang ; obscurcie un instant , cette alliance était un héritage qu'il devait transmettre à ses descendants. La maison de France n'était pas réduite au désespoir. A un roi inexpérimenté ou affaibli par la maladie, avait succédé un prince d'un caractère grave, que la nature avait orné dès l'enfance de tous les dons de la grâce et de la beauté; il restait au royaume ses forces, son antique courage, des provinces nombreuses, des villes florissantes, des forteresses. La France était abattue, non écrasée; les ennemis, en massacrant ses défenseurs, s'étaient épuisés eux-mêmes. L'antique alliance avec l'Empire, gravée dans les cœurs, inscrite dans les archives, conBrmée par des serments, l'empereur l'avait renouvelée à son avènement pour lui et ses successeurs. C'est par cette alliance que pouvait se relever l'héritier du royaume , abaissé par ses ennemis, livré aux séditions par la faiblesse de princes, trop confiants ou trop indulgents, qui ont soutenu de leur autorité les crimes populaires. C'est sa propre cause que l'empereur défendra en prenant en main les intérêts de la France et en empêchant qu'elle ne tombe aux mains de l'iniquité. L'empereur a dit au Roi qu'il serait le médiateur de la paix et qu'il combaltrait ceux qui voudraient s'y opposer. Bien que, grâce à des mariages et à de récentes réconciliations', on puisse espérer que cette paix ne tardera pas, le Roi demande à l'empereur le secours de sa puissance , et l'accepte comme guide et comme médiateur'.

1. On remarquera celle allusion à l'enlrciuc d'Aagers et au rapproclieirenl opéri! ayec le duc de Brel^ne sur les bases d'une alliince malri moniale entre les maisons de BreU^e et d'Anjou; au mariage r/ceni du duc de Bourgogne avec Donne d'Artois; et aux sé^cialtons enlam^es par le duc de Savuie et te comte de RichemoDt qui voni flte exposées dans le chapitre suivant. Voin le passage ; • Quanquam cnlm et mansuesccnlibus animis el malrimonîuin aliarumquc rcconciliatîonum flde, jam iolor r^num pacem crciiiraus afiUturam, auiilium tamen vcstranim virium tieuper cupinius, petimus et speramus, > o(c.

!. Ce discours, qui se trouve dans les mss. latins 8757, r. 15 v°, el 5M1 , T. 1, a

1424 LA DIPLOMATIE DE CHARLES Vil DE 1422 A 1424. 349

Dans un second discours, Alain Chartier insista sur la nécessité qui incombait à [l'empereur de soutenir l'héritier légitime du trône et de lui venir en aide, dans son infortune, par une assistance qu'il devait à la fois au sang, à l'amitié et à la justice '.

On a une troisième harangue, prononcée à Prague, pour ramener les habitants à l'obéissance envers leur souverain. L'empereur fort sensible, paraît-il, au charme oratoire de l'ambassadeur, la lui fit répéter en sa présence '.

Ce qui vaudrait mieux pour l'histoire que les compendîeux discours d'Alain Chartier, ce serait un rapport précis sur le résultat de la mission des trois ambassadeurs. Mais, à cet égard, nous en sommes réduit à des conjectures. Il n'est pas douteux, toutefois, que l'empereur se borna à leur donner de bonnes paroles. Nous en avons pour preuve des lettres sans date, contenues dans un formulaire du temps, par lesquelles Charles VII donnait pouvoir à Louis, duc de Bavière, — c'était son propre oncle, frère de sa mère Isabeaii — à l'abbé de Saint-Antoine et à Odart Morchesne, un de ses secrétaires, pour conclure un traité d'alliance avec l'empereui'^. En même temps un autre pouvoir fut donné pour demander le vîcariatdu Saint^Empire en DaupMné *. Ce vicariat fut octroyé bénévolement au jeune Dauphin '. Mais le moment n'était pas venu où Sigismond devait signer un traité avec la France. 11 fallait se contenter d'avoir obtenu d'amicales assurances et une promesse éventuelle d'intervention en faveur de la paix.

Cette mission diplomatique en Allemagne n'en eut pas moins d'heureux résultats , car Charles VII en profita pour entamer des relations avec divers princes, dans l'Empire, et jusqu'aux frontières de l'empire Ottoman. Nous apprenons par une lettre

Mi publié en 1S75 par M. DdaniuiT, à la suite de sod Étude lur Alain Charlier, p. 91S-ïi7.

1. Mss. Ialins8757. f. 13 v», el5961, f. 55 ; Delaunay, l. e., p. S38-2J3.

i. Mss. Utios 8157, f. 37, cl 5961, f. 52 ; DeUuna;, l. c. p. 313-351.

3. Mss. rr. 50îi, f. 152 ; 5053, f. U3 ; G0S2. f. 86, «1 1*371, f. 76 ï°.

*. Mss, fr. 503i, f. 153; 5053, t. 145; C022, f. 86 V, el 1*373, f. 71 ï°.

5. C'est ce qui résulte d'un documeDl publié par M. l'abbé Uljsse Qicvalier, dam son Choix de doeumeaU hUloriquo iuédiu sur le DaupMné , p. 386, et dont la date nous semble devou* Hre Siée aux premiers mais de 1i!5.

ovGoot^lc

d'ÉtieDne Brankowich, despote de Rascîe et seigneur de Servie, en date du 12 mai 1425, qu'il avait reçu des lettres du Roi, transmises par les ambassadeurs envoyés au roi des Romains. Dans sa réponse, ce prince, très Qatté de l'honneur qui lui est fait , se déclare prêt à répondre à tous les désirs du Roi *. D'un autre côté, dès le mois de septembre 1424, le seigneur de Ribeaupierre et d'autres seigneurs allemands avaient député un messager au Roi, porteur de lettres closes*.

La France reprenait son rang en Europe. Malgré la situation toujours précaire que lui faisait l'invasion anglaise, elle commençait à sortir de ce long sommeil auquel l'avait condamnée l'anarchie du règne de Charles VI , et dont l'Europe chrétienne ressentait les fâcheux effets. Vers le temps où nous sommes parvenus, le sultan d'Egypte, rompant sans motif une longue paix, avait attaqué le royaume de Chypre et le menaçait d'une destruction complète. Un « saint homme » de Damas, que le sultan tenait en haute estime, réussit à le ramener k des idées de modération : le fils du n saint homme » fiit envoyé au roi de Chypre pour traiter de la pai;t. « Le sultan a fait une grande a folie, dirent les conseillers du roi à l'ambassadeur, de com- ' H mencer la guerre contre le roi de Chypre, et non point « seulement contre lui, mais, en sa personne, contre toute la « chrestienté. n — « Le sultan, répondit l'ambassadeur, est bien A averti du gouvernement de la chrestienté; il sait que le Roi « de France, qui toujours a été le chien au grand collier, dort 0 pour le temps, et il craint peu ou point les chrétiens '. »

Mais, pour relever la France au dehors et lui rendre son antique prestige, il était indispensable de la pacifier au dedans. Or cet important résultat ne pouvait être obtenu qu'au moyen d'un rapprochement avec le duc de Bourgogne. Voilà le but qu'allait poursuivre le gouvernement de Charles VII, à travers bien des difficultés et au prix de laborieux efi'orts.

1. Us. fr. nouv. acq. 1001, r. 17. — D mounil peu après. Voir Zinkeisen, Geiebiekte àes otmanUchen Rekhti ta Etavpa, t. I, p. 537.

3. Archives àe Tours. RegUlrû da diUHraliom, 1), partie in, au 14 septembre, et partii! IV, au 17 septembre U!i; BtgittTt* de* compta, XXI, f. 96. — H s'agit du seigneur de Rapolslein, en Haute-Alsace.

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