Journal, p. 61-6i
1. Petiet, clievaucheur de l'écurie du duc, conduisit le 35 aoQl les gêna de nw&seigoeors de Bourbon et de Richeniont vers La Hire el Saiolnilles, t qoi estùent passé la rivière de Somme et cnlrei au pajs d'Artois. ■ ArdÛTOs du Nord, B I9U, f. 96 v.
ovGoot^lc
1435 LE coNGBËS d'arras. S36
résistance, rendirent la plupart des prisonniers qu'ils avaient faits, et battirent en retraite '.
Le 27 août, les négociations furent reprises*. Les cardinaux ayant sollicité les ambassadeurs anglais de faire de nouvelles ouvertures permettant d'arriver à une conclusion, ceux-ci, après avoir demandé le secret jusqu'à ce que les bases des négociations eussent été lixées d'un commun accord, ofll'irent d'abandonner tout ce qui était situé au-delà de la Seine, même dans le duché d'Aquitaine, le comté de Poitou et le duché d'Anjou, à l'exception des places que le roi d'Angleterre occupait présentement.
Les cardinaux s'étaat ensuite adressé aux ambassadeurs de France pour les presser de faciliter les négociations par de nouvelles offres, reçurent cette déclaration : les ambassadeurs étaient bien décidés à ne pas procéder plus avant, amoins que le roi d'Angleterre n'eût fait la renonciation demandée et accepté de tenir en hommage les possessions qui lui seraient abandonnées.
Après avoir délibéré à ce sujet, les plénipotentiaires anglais firent savoir aux cardinaux qu'ils se refusaient à dire ou à faire quoi que ce soit qui pût porter préjudice aux droits qu'avait leur maître au titre et à la couronne de France ; mais ils autorisèrent les cardinaux à produire les dernières offres qu'ils leur avaient remises.
Le 28 août, les cardinaux mandèrent les ambassadeurs anglais pour leur faire connaître les résultats de leurs pourparlers avec les amt)assadeurs de France. Ceux-ci avaient formulé leurs offres déSnitives : elles consistaient dans l'abandon de toute la partie du duché d'Aquitaine possédée par les Anglais, et de toute la Normandie, à la réserve du Uont-Salnt-Michel , et de l'hommage du duché d'Alençon et des comtés d'Harcourt, de Tancarville et d'Eu; mais à la condition expresse que le roi d'Angleterre renoncerait au droit sur la couronne , au titre et aux armes, et qu'en outre tous héritages et bénéfices seraient , restitués à leurs possesseurs. Enfin les ambassadeurs de France
byCoOt^lc
■'■•tW^s^^î
consentaient au mariage proposé, mais sans aucune dot, et s'en remettaient aux cardinaux pour la Gxation de la rançon du duc d'Orléans.
Le lendemain les plénipotentiaires anglais, après s'être concertés avec le cardinal de Winchester, déclarèrent que les det^ nières ofTres produites étaient ridicules et dérisoires, mais que, pour faire apparaître du désir favorable à la paix dont leur maître était animé, ils consentaient, outre les offres déjà par eux faites, '' abandonner tout ce que la « partie adverse <> possédait en France, tant au nord qu'au sud de la Loire , avec faculté de faire des échanges pour les terres, villes, etc., enclavées, en dehors toutefois de la Normandie, de l'Ile-de-France et de la ville de Paris'.
Le 30 août, les cardinaux firent connaître aux plénipotentiaires anglais l'ultimatum des ambassadeurs de France : abandon de la Normandie toute entière, à titre d'hommage, moyennant la renonciation de tout droit au titre, à la couronne et aux armes ; alliance sans dot ; libération du duc d'Orléans.
Le 31, l'archevêque d'York, au nom des plénipotentiaires anglais, communiqua aux cardinaux la réponse à cet ultimatum. Les propositions étaient rejetèes : le roi d'Angleterre n'entendait pas renoncer à sa souveraineté sur les terres qu'il conserverait en France. Les ambassadeurs exprimaient au Souverain Pontife et au Concile de BAle, aussi bien qu'aux cardinaux et aux autres envoyés du Pape et du Concile, toute leur gratitude pour les efforts qu'ils avaient faits en faveur de la paix.
Le cardinal de Sainte-Croix, après avoir conféré avec le cardinal de Chypre et ses autres collègues, déclara en leur nom qu)il n'y avait pas lieu de leur adresser des remerciements, puisque leur labeur avait été si infructueux ; il exprima le regret que le maintien des prétentions du roi d'Angleterre eût fait échouer les négociations, alors que des concessions
I. Relation anglaite, I. 183'183 v°; Lettre du cirdinal de Sainle-Cntii, «i date du 30 septembre 1135, aux Archives, K6i, n" 36 bit, et Iraduction fnncaise de cette lettre (copie du lenips)daa3 tns. lai. 9868, r. 1 t°-«: Lettre du cardlnal'de Qijpre de la nitme date, V C Colbert, 61, p. 6i3-37; Proeû-cerbiU , en date do 6 septembre,
dressa, par ordre des cardinaui, dam &ieiuw, Haria; et duPuy, l c.
ovGoot^lc
14^ LE COMQRËS D'A.RBA8. 537
mutuelles auraient pennis d' arriver à ua accord; il adressa aux plénipotentiaires une dernière sommation d'accepter les offres qui leur étaient faites, offres vraiment « grandes, notables et raisonnables , » puisqu'on consentait à l'abandon de a la meilleure et plus saine tierce partie du royaume de France ; » il ajouta qu'il avait exprès commandement du Souverain Pontife, dans le cas où la conclusion d'une paix générale serait reconnue impossible , de travailler à procurer une paix particulière. Après une réplique des ambassadeurs anglais, la séance fut levée.
Le l" septembre , les ambassadeurs anglais vinrent trouver les cardinaux, et leur Grent observer qu'il n'était point possible qu'ils travaillassent à une paix particulière , puisque le duc de Boulogne s'était engagé par serment à ne jamais traiter avec son adversaire sans le consentement de Henri VI et sans l'avis des États des royaumes de France et d'Angleterre. Les cardinaux répliquèrent qu'ils avaient reçu le mandat de procurer la p^x , et que d'ailleurs ils ne feraient rien qui ne fût conforme à la justice et à la raison '.
Le même joiu* , le duc de Boui^ogne réunit à sa table les ambassadeurs anglais , et déploya dans ce festin tout le faste qui faisait l'admiration de sa Cour'. On remarqua qu'après le dtner le cardinal de Winchester eut un entretien particulier avec le duc, que le cardinal appela ensuite l'archevêque d'York, et que tous deux conférèrent pendant une heure avec Philippe. Thomas Beaufort s'anima tellement dans cette conversation qu'il suait à grosses gouttes. C'e^^t en vain que les seigneurs de la Cour essayèrent de couper court à la discussion en faisant semblant d'apporter les épices.
Le soir, entre dix et onze heures, le duc de Bourgogne,
1. RelaUoB tmgtaUe, (■ 186 v*, 87; Lettres du cardinal de SaiDle-Croii et du cavdirul de Chypre, citées plus haut.
2, Voir le ioumat de Dom de le Taverne , p. 69-71. ~ i Comme ilz furent servis, dit Saint-Remï (t. Il, p. 335), ne lïull pas detnander, car le duc fui, en son vivant, tu^ trésor d'honneur, et partant je me en passe d'en plus riens lUre. > On ne manquait jamais, 1 h cour de Bourgogne, une l'occasioa de se livrer à de somptueux festins. L'écayer du connétable, [)ariant du séjour de su semaines que son maître lit i Arras, ac peut s'empédier de s'écrier : * El Dten scalt les grands chères et banquets qui li furent 1 » Groel, p. 377.
ovGoot^lc
accompagné de son chaocelier et des seigneurs de Croy et de Charny, se rendit incognilo chez le cardinal de Sainte-Croix, avec lequel il conféra fort longueraeot.
Les ambassadeurs de la ville de Paris étaient arrivés le 1" septembre. Dès le lendemain, ils proposèrent devant les ambassadeurs anglais. Ce fut Thomas de Courcelles qui porta la parole. Guillaume Érard prononça un dicours au nom des ambassadeurs anglais, et résuma tout ce qui avait été fait'. Mais le temps des développements oratoires élait passé, et l'intervention des deux docteurs qui avaient pris une si grande part à la condamnation de Jeanne d'Axe n'était point de nature à changer la face des choses.
Cependant le bruit de la rupture des négociations commençait à se répandre. Dès le 29 août, on en parlait publiquement comme d'un fait acquis. Le 31 , les ambassadeurs de France ne sortirent de l'abbaye qu'entre dix et onze heures du soir. Grande était l!anxiété dans toute la ville, où le mécontentement devint très vif les jours suivants. On voyait les allées et venues des conseillers du duc; on s'en prenait k eux de l'insuccès de la conférence. Le 4 septembre, la rupture était regardée comme définitive , et l'on nommait tout haut « perturbateurs de la paix » les Bourguignons qui s'étaient faits connaître par leur sympathie pour les Anglais. *
Une réunion eut lieu ce même jour en l'église Notre-Dame. Les ambassadeurs de France s'y trouvèrent avec le cardinal d'Angleterre et les autres ambassadeurs de Henri VI, Ceux-ci reçurent communication des propositions définitives faites au nom de Charles VII. Les ambassadeurs anglais acceptèrent de porter à leur maître ces propositions, si on leur en remettait la teneur par écrit. De cette façon, ils seraient à même d'y répondre en temps et lien. Ils déclarèrent que, d'ailleurs, ils n'entendaient accepter aucune mission, sinon celle d'être « bons messagers*. » Le lendemain, les ambassadeurs aillais prirent congé du duc de Bourgogne; ils quittèrent Arras le fi septembre.