‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 283 sur 367 · Amptiuima totUetio, t. Vlli, col. 861 et · texte numérisé non relu

Amptiuima totUetio, t. Vlli, col. 861 et

t. Voir p. 517.

légalité du traité de Troyes; f les motif» qui rendaient ce traité d'une Dullité absolue; 3° les raisons qui non seulement permettaient au duc de Boulogne de conclure avec Charles VII une paix.séparée, mais lui en faisaient ua devoir*.

Pour mieux faire ressortir le caractère odieux du traité de Troyes et l'obligation où était le duc de le rompre, on fît, sons une forme allégorique, un historique complet des événements. Charles VI était représenté par Darius, roi de Perse; le Dauphin par son fils Assuérus, duc de Galilée; le roi d'Angleterre par Pharaon , roi d'Egypte. Cet historique était suivi d'une consultation où tous les points de droit étaient posés et résolus '.

Un autre mémoire fut rédigé dans un sens tout opposé. On y exposait les raisons par lesquelles il semblait u que Monseigneur (le duc de Boui^ogne) ne puet ni doit prendre ou faire traité particulier avec ses adversaires en délaissant l'alliance et traité qu'il a avec le Roy (d'Angleterre). » Après avoir raconté , avec un évident parti pris , tes faits accomplis depuis le traité de Pouilly jusqu'au traité de Troyes , en posait les conclusions suivantes : le duc de Boui^ogne ne peut traiter avec le roi Charles, parce qu'il a été lui-même la « cause principale » de la translation de la couronne du roi d'Angleterre et de l'exclusion du roi Charles ; parce, qu'il a fait la guerre à celui-ci autant qu'il a été en son pouvoir, et que vraisemblablement le roi Charles lui en gardera une éternelle rancune, et se vengera un jour s'il en trouve l'occasiGo; parce que, après 1' « horrible, crime » commis par le roi Charles sur la personne du feu duc, il pensera toujours que le duc ne lui pardonnera pas, et qu'il cherchera par des « voies obliques et couvertes » à lui <' faire desplaisir et dommaige; » parce que les gens de divers états, <> en nombre innumerable , » tenant le parti du roi Charles , qui ont soufTert si cruellement dans les guerres, ont conçu contre le duc une haine mortelle, et qu'il ne sera jamais en sûreté;

I. Ardùves de la Cdle d'Or, B «901 ; BreqaigDï, SI, t. 187-99; publîj Hisieire de Bourgogne, I. IV, preuve*, p, cij-lï.

2- Breqa^j, 81, f. 199-!07; publi£ dans ÏHUloire de Bouryogne, t. IV, preuve». p. CLV-Lvn.

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parce que, si l'on poursuivait une paix particulière avec le duo, ce a' était qu'afin de le séparer des Anglais et de proûter un jour de l'affaiblissement de sa puissance pour l'attaquer ; parce qu'il y avait lieu de croire que le traité ne serait pas observé , et que le roi Charles s'entendrait ensuite avec les Anglais pour écraser le duc : ou en avait pour preuve les dispositions hostiles persistantes à l'égard du duc, et les ravages qui, durant les négociations, se faisaient dans le pays d'Artois et de Boulonnais. Quel espoir pouvait-on avoir que ce traité aurait plus de force que celui de Pouilly, si outrageusement violé par le roi Charles? Quels serments plus solennels pouvait-on faire que ceux qui furent prêtés alors? D'ailleurs l'honneur du duc était engagé; il ne pouvait revenir sur ses serments : s'il passait outre, il serait dénoncé par le roi d'Angleterre k tous les princes de la chrétienté comme parjure; au moins devrait-il, puisque son honneur était en jeu, prendre l'avis des chevaliers de son ordre *,

Les raisons qui militaient en faveur d'une paix particulière furent exposées très longuement dans plusieurs mémoires, où l'on répondait point par point à toutes les allégations contraires *.

Le joui' même du départ des ambassadeurs anglais , une assemblée solennelle fut convoquée pour quatre heures h l'abbaye de Saint-Vaast. Le duc de Bourgogne avait fait dire aux députés des bonnes villes qui se trouvaient à Arras , qu'il les engageait à y prendre part; il y avait là les ambassadeurs de la ville de Paris et une multitude de gens de tous' états. Le duc arriva, entre cinq ou six heures, en notable compagnie, et la séance commença. Les cardinaux et les ambassadeurs de France étaient k leurs sièges.

L'archidiacre de Metz exposa en français la marche des négociations; il fit connaître les propositions faites de part et d'autre , et l'échec Ûnal sur le terrain d'une paix générale. Il s'adressa ensuite au duc de Bourgogne, lui montrant la désolation du royaume , les maux afCreux qui en étaient résulté :

1. Arcbive^ de la CAte d'Or, B 11901 (mmute) ; CollecUoD de Bourgogne, 99, p. 318. Cr. HUloire de Bourgognt, I. IV, p. Sll-lS. i. Arcbires de la Cdte d'Or, B 11901. Cf. IHttotre 4e Bourgogne, t. IV, p. «3-15.

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la perdition des Ames , la destruction des églises et de la chose publique, les homicides, les viols et autres mallieurs « innumerables. » Il démontra que « les serments contre charité, bonnes moeurs et bien public n'étaient tenables, non plus que serments personnels; » il le supplia, au nom privé des cardinaux, au nom du pape, au nom des cardinaux et ambassadeurs, de vouloir bien « entendre au bien de paix finale » avec les Français, qui lui faisîiieBt des offres acceptables.

Le chancelier Rolin se leva, et répondant k l'arcbidiacrp, déclara qu'il avait toujours été et était encore disposé à traiter de la paix, et qu'il donnerait sur ce réponse à bref délai- Acte de cette séance fut dressé par ordre des cardinaux, et l'on constata que , dans l'assistance , il y avait « grand foîsoD de peuple. »

Le soir, les ambassadeurs de t'rance restèrentjusqu'à minuit en l'hdtel du duc. Déjà l'on disait publiquement que la paix était faite.

Le 8 septembre, une messe solennelle fut dite par t'évëque d'Auxerre en l'église de l'abbaye de Saint- Vaast , en présence du cardinar de Saint-Croix , des princes , des ambassadeurs de France, et d'un grand nombre de seigneurs et de dames, pour consacrer par la prière la paix qui était à la veille de se conclure'. La messe fut suivie d'un sermon prononcé par un jacobin, confesseur du duc de Bourbon. Il y avait là des représentants de la plupart des souverains de l'Europe, venus pour assister à ce congrès d'où semblait dépendre la paix du monde. Le même jour, le duc reçut à sa table le cardinal de Chypre , les ambassadeurs de France, le duc de Gueldre, l'évêque de Liège, et beaucoup de seigneurs et de députés des bonnes villes.

L'anniversaire de la mort du duc Jean approchait. Le tOseptembre fut célébré un service solennel dans l'église Notre- Dame, en présence des princes et des ambassadeurs. Dans l'après-midi le duc tint, en son hôtel, un conseil, auquel furent

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convoquéB les députés des bonnes villes. L'opinion se maoifesta k la presque unanimité en faveur de la paix. Le duc déclara publiquement qu'il consentait à traiter avec les ambassadeurs de France. Quand, le soir, l'évèque d'Aiixerre rentra dans la chambre du grand-chantre de Tabbaye : « Vous sou- « venez-vous, s'écria-t-il , que je vous ai dit naguère que si, « en ce jour, la paix était conlirmée entre nos seigneurs de « EYance. ce serait chose miraculeuse? 11 y a seize ans que « mqnseigneur te duc Jean fut mort, et aujourd'hui la paix « est faite. Ou peut bien dire : Un&e mors orietw, inde vUa « resurgeret! »

Le 11 septembre, les négociations en vue d'une paix particulière s'ouvrirent sous les auspices des deux cardinaux. Le duc de Bourgogne vint en personne k la conférence , accompagné du duc de Gueldre , du comte de Meurs , des évêques de Liège et d'Auxerre. Le chancelier Rolin prononça un grand discours. Il rappela la requête présenlée le 6 septembre par l'archidiacre de Metz, et déclara que, << pour la révérence de Dieu, pour l'honneur de nostre Saint Père le Pape, du saint Concile de Basic et des cardinaux, pour le relièvement du Royaume de France , moult désolé , » il consentait , au nom de son maître, à faire droit à cette requête, mais sous une double réserve ; le duc serait « restitué de tous ses intérêls; » il aurait des lettres des cardinaux, scellées de leur sceaux, relativement aux serments et confédérations qui le liaient aux Anglais. EnSn le chancelier déposa des conclusions devant servir de base au traité'.

L'archidiacre de Metz répondit à Nicolas Rolin, le remerciant vivement, et en n beaux termes, > de sa c douce , bénigne et amiable response. »

Dans les réunions qui suivirent , on o© discuta que pour la forme. Les articles proposés par le chancelier de Bourgogne furent adoptés sans aucun changement. Il semblait

1. Ce documcpi est impriinf dans la cbronique de Jean Charlier, 1. 1, p. 194-!(U, et contient trente un articles, reprodaita en substance dans le Irâli. On a, aux archives de la Cale d'Or (B 11901), b minulo de la pièce en queslion dans un grand nwleau de apier. Celte minute porte les correctians d'un des seci^taire» qui accompaputenl lei 1^ de France.

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que le duc de Bourgogne impos&t sa loi et que les ambassadeurs de l'Yance n'eussent qu'à écrire sous sa dictée. Bien plus, certaines dispositions en faveur du duc furent ajoutées â la rédaction primitive ' t c'est ainâi qu'à la rigueur des conditions imposées au Roi fut jointe la sévérité des pénalités '.

Tout était disposé pour la signature du traité. Ou savait dans le public que les plénipotentiaires s'étaient mis d'accord, et, dès le 16 septembre, on s'attendait à le voir publier.

Au milieu des conférences, qui paraissaient s'acheminer promptement vers leur terme, une nouvelle d'une haute gravité arriva soudain : bien qu'elle fût désormais sans inQuence sur l'issue des négociations . elle ne laissa pas que de causer une vive émotion. On apprit le 16 septembre que lé régent Bedford avait cessé de vivre '. Ce fut un soult^ement pour la conscience du duc Philippe, qui' voyait disparaître le dernier survivant des deux princes auxquels il avait engagé sa foi.

Le 20 septembre, les cardinaux , conformément à ce qui avait été convenu à l'avance, adressèrent au duc de Boulogne une sommation pour la conclusion de la paix. Dans des lettres rendues en leur nom respectif*, ils rappelaient la triste situation du royaume, les négociations entamées, d'abord à Auxerre, puis à Corbeil, reprises enfin à Nevers et à Arras; après avpir monlré l'impossibilité où l'on avait été, par suite des exigences des Anglais, d'aboutir à une paix générale, ils exhortaient le duc à conclure avec le roi de France une paix séparée, déclarant nuls et non valables les serments faits par

1. Ua artide, qu'on iroavera plus loin hus le n" XliXll, fut ajouU, lu SBjet des Irailës rulors qui pourraient ^tre conclus avec les Anglais ; par une auli^ disposiliim, on obligea le Roi à proraeltre de secourii' le duc contre tous ceui qui lui feraienl li guerre (art. XXXVIII) ; le duc eul la facullé de designer le» gens d'église et les bannes villes qui donneraient leurs scellés (art. Xill).

ï. Notamment en ce qui concernait l'abolition générale, dont lurent notoirement eiceplés les coupables ou consenUnt de la mort du duc Jean (art. XXVII et XXXV) ; l'ordre i donner aux sujets du Roi, en cas d'inTraction du traité, de servir le duc contre lui (art. XXIX et XXXJX) ; les peines et rensures canoniques encourues par le Roi s'il manquait à ses eng^ements (art. XXX et XL).

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