Gruel, p
t. Lettres publiées dans la Hevue du Lyonnaii, 18S1J, p. 335.
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rable à doûner sa confiance. Mais ce « mauvais gouvernement, » cet abandon du pouvoir entre des mains indignes, le Roi en eat-il seul responsable? La responsabilité ne remonte-t-elle pas en grande partie au comte de Kicbemont? Lui qui, tient, ainsi qu'il le dit, 9 l'épée de la conservation de la seigneurie et justice ', « n'a-t-il d'autre rôle à remplir que celui d'exécuteur des hautes œuvres-à la Cour d'un jeune prince, faible et malheureux, qui lui a tout abandonné comme au sauveur de la monarchie? Supposez un Du Guescliu au lieu d'un Richemont, remplacez ce rude Breton à la main de fer, qu'aucune considération n'arrête quand il s'agit d'arriver à son but, par un type d'honneur, de loyauté, de dévouement : Charles VII, retrouvant l'initiative et l'énergie dont il a fait preuve au temps de sa régence, deviendra un autre homme ; nous n'aurons plus ces mesquines intrigues de Cour, cette stérilité dans les négociations, cette impuissance dans les réformes et dans les combats. Richemont a échoué dans la Iriple tâche qu'il avait assumée : il a indisposé le Roi •par ses violences, il achève de ruiner son crédit par l'insuccès de sa politique. La situation est devenue plus grave qu'après Vemeuil. Loin d'avoir ramené le duc de Bourgogne à la cause royale comme il avait promis de le faire, il va lui laisser perdre l'alliance bretonne qui semblait assurée. Voilà donc le résultat des sacrîQces personnels imposés au Roi k Angers et à Saumur I Voilà à quoi ont abouti ces traités dont on se promettait de si merveilleux effets ! Les Anglais, tranquilles du côté de la Bretagne, ayant affermi leur alliance avec le duc de Bourgogne, vont pouvoii; reprendre l'offensive ; l'armée est plus désorganisée que jamais; les finances sont de plus en plus délabrées; la division est toujours profonde dans le Conseil; et bientôt la guerre civile, comme aux plus tristes jours de la rivalité d'Orléans et de Bourgogne, va mettre les débris du royaume à la merci des Anglais.
Le connétable de Richemont croyait avoir trouvé en LaTrémoillc un serviteur dévoué : il venait de se donner un rival. Il reconnut bientôt, mais trop tard, combien le Roi avait été perspicace.
i. Lettres publifea dass h Rrvue du Lymnais, 1S59, p. 335.
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144 HISTOIRE DE CHARLES Vn. 1427
Nous avons rencontré, à plusieurs reprises, cette figure H diverse et ondoyante » de La Trémoilie. Mais il faut la contempler de plus près. On comprendra mieux par quelles racines le tout puissant ministre avait su s'implanter dans ce sol qu'il devait exploiter, sans trêve ni relâche, pendant six années.
Fils d'un père illustre — Guy VI., sire de la Trémoilie, de Sully, de Craon el de Jonvelle, conseiller et cbambellan du roi Charles VI, premier et grand chambellan héréditaire de Bourgogne, garde de l'oriflamme de France, moptprisonnier des Turcs contre lesquels il avait glorieusement lutté, avant Nicopolis, dans trois expéditions successives, — petit-fils d'un grand pannetier de France, Georges de la Trémoilie était né vers 1385. Par sa mère, Marie de Sully, épouse en premières noces du comte, de Montpensier, fils du duc de Berry, et qui, après la mort de Guy de la Trémoilie, s'était remariée en troisièmes noces à Charles, sire d'Albret, il se trouvait allié aux plus puissantes maisons. Sa fortune avait été rapide. Placé dans l'hôtel du duc Jean sans Peur par le sire d'Albret, il était à vingt-deux ans premier chambellan du duc de Bourgogne ; en 1410, il faisait déjà partie du Conseil de Charles VI, et fut élevé un moment, grâce à la protection de Jean sans Peur, à la charge de grand maître des eaux et forêts de France (mai-aoùt 141.^). Mêlé aux orgies du duc de Guienne, il faillit être tué pendant la domination cabochienne, et c'est encore à l'influence du duc de Bourgogne qu'il dut la vie '. Non moins assidu près de la reine Isabeau qu'auprès du Dauphin Louis, il avait fait partie de cette troupe de - joyeux (Compagnons qui, par ses scandaleux débordements, excitait ajuste titre l'indignation de tous les honnêtes gens'. En 1413, il a la charge lucrative de gouverneur du Dauphiné; en 1414, il est qualifié de capitaine de Cherbourg ; en 1417, il devient grand chambellan de France. Comme son père, il épouse la veuve d'un prince du sang : marié le 16 novembre 1416 à la duchesse de Berry, il était dès lors — ainsi qu'on le constatait plus tard dans un procès devant le Parlement — « bien grand seigneur et l'un des plus grans terriens barons du
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1427 aOOVERNEMENT DU CONNÉTABLE. 14S
royaume '. » Son mariage avec Jeanne, comtesse d'Auvergne et de Boulogne, Agée de dix ans de plus que lui et veuve depuis Juste cinq mois, plaçait, e,n effet, le sire de la Trémoille k la tète d'immenses possessions tefritoriales. Mais il ne bénéBcia guère de la situation qu'aurait pu lui faire son alliance avec la duchesse de Berry, car des conQits ne tardèrent point à se produire entre les deux époux; les mauvais traitements se joignirMit même aux disputes : la comtesse Jeanne fut reléguée eu Auvergne , où bientôt elle mourut prématurément (vers 1423). Brouillé de la sorte avec sa femme , La Trémoille était, dès 1416, en froid avec son ancien maître et bienfaiteur le duc de Bourgogne'; et il eut alors, entre les partis, cette attitude de neutralité que nous lui avons vu prendre, en avrilmai 1418, lors desconférencesdeLaTombe, où il remplit le rôle de médiateur. Un peu plus tard, il osa insulter gravement le Dauphin Charles, en retenant prisonnier un de ses conseillers, Martin Gouge, évêque de Glermont : assiégé par le jeune prince dans son ch&teau de Sully, il s'attira un cb&timent mérité. Malgré sa soumission apparente au Dauphin, il conserva un pied dans le camp boui^uignon. Un acte de cette époque nous montre qu'il fut l'objet des rigueurs du Dauphin, qui flétrit publiquement sa conduite à l'égard de sa femme ^ et qui, plus tard, devenu roi, dut envoyer le maréchal de la Fayette (1423), pour s'emparer des places que La Trémoille tenait en Auvei^e du chef de la comtesse Jeanne, et dont les garnisons ravageaient la contrée, détroussant les habitants ai\ cri de : Vive Bour-
1. R^popse Riile par Prégeat de Coflivy dam ua procès tonlre La Trjinoille. ArchiTes du doc de la Trémoille.
i. Monslielct, 1, in, p. IQl. — Le 14 novembre IIU, laTrémuille est ainsi qusliOé dans un acte : s N^;uèr«3 lieulenanl de mouseigneur de Boui^ogDe. s CUirambauIt, 304, p. 8761.
3. t Le dil de la TrimeUle, pais la consummauon du dit mariage, a mené très dure ne à*!)»!!^ dicte cousine, el, dis deux aosa ou environ, l'a mise hors de 3* compagnie et l'a envoyée demeurer ou pajs d'Auvergne duDi elle est conlesse à cause de son hnilaigo , ei a prins et occuppj ses leiTes, chasteaulx el lorteresses, et d'iceltes a receu et refoil tes Ihiilz, proufllz, renies, revenues el emolumens, el n'en a riens voulu ne veult bailler punr le viVL-e, estai, et soust^ement de nostre dicte cousine ne de cenlide saeompaignie, leDemenl qu'il a convenu el convient !t noslre dicte cousine Taire sa demourance en aultniy hostcl , el vivre i l'iùde et conTort d'aucuns ses prens el amis, et i l'occasion dessus dicte est en voto de cheoir en mandiciié. n Ms. fr. 5053 , t. lOS.
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gogne*! Le sire de laTrémoillc était resté à l'écart jusqu'au momeiït où l'arrivée au pouvoir du conBétable de Kichemont le rapprocha de la Coup*. Sa mission près du duc de Bourgogne, au début de l'année 1426, acheva de le mettre en évidence, Noufi-âvons vu la part prise par lui à l'arrestalipo du sire de Ciac : son rôle fut plus odieux peut-être que celui du connétable; car si Richemont frappait un instrument rebelle, La TrémoUle poursuivait un ennemi personnel et un rival. Tout porte à croire qu'il avait séduit la femme de Giac, laquelle, on l'a vu, ne tarda pas à se donner à lui, au grand scandale de la Cour.
Voilà l'homme i|»i, au mois de juillet 1427, devenait premier ministre. Vu d'un mauvais œil par le Roi, il n'avait pas davantage les sympatliies des vieux serviteurs de la couronne. Ceux-ci n'envisageaient pas sans terreur l'arrivée au pouvoir de l'ancien premier chambellan du duc Jean sans Peur, du puissant baron dont toute la famille appartenait au parti boonruiguon, et qui lui-même avait montré jusque-là une fidélité douteuse '.
Confiant dans l'amitié de La Trémoille, et sans se douter que sa ruine était imminente, le connétable de Kichemont alla tranquillement, à la fin de juin 1427, rejoindre sa femme à Ghinon. Au même moment, la reine Yolande, qui n'avait cessé de résider à la Cour depuis trois années, se sépara de Charles VIL Sou InQuence, d'ailleurs, s'était amoindrie, et elle avait bien perdu de son prestige. De son côté, le Roi partit pour faire une tournée en Poitou , en compagnie du comtf de