‹ Histoire de Charles VII (volume 3)Chapitre 77 sur 367 · Gruel, p · texte numérisé non relu

Gruel, p

1S4 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1427

héroïques défenseurs de la place, avait laissé les Anglais l'occuper sans coup férir? Pouvait-il oiïblier que, deux mois plus tard , le duc de Bretagne, rompant des engagements soleanellement contractéâ et placés en quelque sorte sous la garde du connétable, s'était déclaré le vassal de Henri VIÎ Pouvail-il eotin ne point s'être aperçu qu'il s'en était fatlii de peu que Montâtes n'éprouvât le sort de Poatopson? Car, s'il est vrai, comme l'atBrme sou écuyer, que Richemont se soit imposé, pour secourir cette place, d'importants sacrifices pécuniaires, il n'en est pas moins indubitable qu'il s'abstint systématiquement de prendre part à l'expédition : peut-être craignait-il de s'exposer à un échec semblable à cchiî qu'il avait subi sous les murs de Saint-James-de-Beuvron, et qui lui avait été si sensible. Quand le connétable avait reparu un instant à la Cour, pendant le séjour du Roi à lasoudun (18 août), il avait dû s'apercevoir que son règne avait pris fin. En quelques semaines, une révolution s'était opérée : l'heure de la déchéance était venue pour lui, et il avait été l'artisan de sa propre ruine.

Nous devons ajouter que, si Charles VII n'avait rien fait pour secouer le jougduconnétable, plus d'un indice atteste combien, dans les derniers temps, il subissait ce joug à contre-cœur. I^a pensée du Roi se reporta vers les anciens serviteurs du temps de sa jeunesse : ceux-là du moins, malgré leurs torts, ne t'avaient jamais ni trompé, ni insulté : du fond de leur exil, ils lui demeuraient invariablement fidèles. Dès le 16 décembre 1426, on l'a vu, les libéralités du souverain s'exercent en faveur de son premier médecin Jean Cadart, qui obtient une pension à vie'. Le 17 juin 1427, c'est la dame de Mirsindol, femme du président Louvet, qui reçoit un don d'argent, tant, disent les lettres, « pour eonsideracion des agréables services et plaisirs qu'elle a faiz le temps passé à nostre très chière et très amée coropaigne la Royne , lorsqu'elle estoit en sa compaignie, comme pour lui aidier à avoir des atours et aultres mêmes choses qui sont nécessaires à dames et qui appartiennent à leur estât ^ " Le 21 octobre 1427,

t. m. rr. 30593, pièn» 30 et 31 ; Pièces originales. 566 : Cad*RT. 2, ['ièert originales. 1163 <Loi'vET), n» 11; quillanfc (signée) du pr&ident Luuvct, 2 octobre 1437, n" 16, — Les lellres du Roi soDt conlrfsigD^es par Le Camus <Ig

c'est l'ancien maréchal des guerres et grand maître d'hôtel Tanguy du Cbastel, qui, outre sa pension annuelle de douze cents livres et sa rente viagère de deux mille écusd'or, obtient une allocation de cent livres à prendre chaque mois sur les finances du Languedoc '. En outre, nous voyons reparaître d^is le Conseil les conseillers de l'époque de la régence : le sire de Maillé y siège dès le 26 mai 14i7 '. Le 7 juillet, Hugues de Noé, un autre des «gouverneurs» du Dauphin, reçoit la charge lucrative de visiteur des gabelles du Languedoc'. Bientôt arrive le sire de Gaucourt, le héros de Nicopolis et d'Harfleur, qui, au sortir d'une captivité de dix ans, vient prendre daas le Conseil une place qui ne tardera pas à devenir prépondérante*. Le bâtard d'Orléans, gendre du président Louvet , resté depuis deux ans en disgrâce, reçoit des gratiScations pour la brillante rescoiisse de Montai^is, et figure de nouveau parmi les conseillers de la couronne '. Les vieux serviteurs du Dauphin retrouvent près du Roi une influence qu'ils n'avaient point eue depuis longtemps ; Robert Le Maçon, l'ancien chancelier de la Régence, le dispute en crédit à La TrétnoiUe : car s'il n'a pas les ressources dont celui-ci dispose, it possède au moins toute la confiance de son maître; l'archevêque de Reims, Regnault de Chartres, ce diplomate doublé d'un homme de guerre qui rappelle les prélats guerriers des vieux âges, ne tardera pas à recevoir les sceaux; l'évêque de Séez, Robert de Rouvres, maître des requêtes dès le temps de la Régence, est un des principaux membres du Conseil. Si le comte de Clermout, l'un des meilleurs appuis du trône depuis 1419, se montre main-

Page 1