Grue), p
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170 HISTUllŒ DIO (CHARLES Vil, 1428
coDDétable reparaître sur la scène et revendiquer l'hoDneurdicombattrc les Anglais.
C'est au moment le plus critique pnur la royauté frauçaisr qu'allaient se tenir ces grandes assises où, spectacle iniisito. on devait voir siéger les représentants des provinces les plus éloignées, qui d'ordinaire ne se réunissaient que dans des assemblées particulières. Une première foislesËtatsdeLanguedoilcl de Languedoc avaient été convoqués à Montluçon, à la date du "22 octobre 1424 : il s'agissait alors de l'union des princes de la Maison de France, et l'on sollicitait le concours des députés pour parvenir à l'heureuse conclusion des « grandes et liantes matières ouvertes et encommencées touchant le bien et réunion » de la seigneurie et des sujets du Roi, et - l'appaisomeut des divisions » qui avaient régné jusque-là, à ses « très graiids préjudice et déplaisance. » Mais, alors, on avait dû scinder la réunion : les iSlats de Languedoil s'étaient tenus à l'oitiers en octobre, et les États de I^anguedoc le mois suivant, à Riom. Une seconde fois, quand il s'était agi de consacrer le traité de Saumur et d'inaugurer définitivement If. gouvernement du connétable de Richemont (octobre 1425), les États généraux du royaume avaient été convoqués à Poitiers; mais, encore une fois, il y avait eu deux sessions distinctes : l'une à Poitiers pour les États de Languedoil, l'autre à Mehunsur-Yèvrc pour les États de Languedoc. Cette fois, la réunion plénière eut lieu : elle fut tenue, non dans la ville de Tours, située trop près du théâtre où les Anglais avaient transporté In guerre, mais k Chinon, à la fin d'octobre 1428. Cette imposante assemblée, qui emprunte à la gravité des circonstances politiques un caractère exceptionnel, mérite de fixer ici notre attention.
La reine de Sicile s'était rendue à Chinon, ainsi que dcuic princes du saug, le jeune duc d'Alençon et le comte de Vendôme. L'assemblée paraît avoir été ouverte vers le 15 septembre', Elle accorda aussitôt au Roi une aide de cinq cent
1. Le Roi était arriva à Ghinnn au |itu« lard le 32. Il par^t, d'après le Registre IV des délibi<ra(iDD!i de Toui'», que tef di^giul^s, Domtnés le 6 seplembre. se Irouvèrenl le 10 » OiinoD. Enfin des lettres des 16 déc^ibré USB, 7 et 35 janvier 14i9 purleat de l'aide oclrojée en teptembre.
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mille francs, doDl trois cents pour les pays de Laa)çuedoîl et deux cents pour les pays ilc Languedoc ; cette somme était votée dans le but de permettre an Roi de résister aux Anglais, q^iii occupaient avec toute leur puissance les rives de la Loire ', et de pourvoir aux autres affaires de l'État. Par une délibération spéciale à leur ordre, les gens d'Église ordonnèrent que chaque vendredi serait faite, dans toutes les églises notables du royaume, une procession solennelle pour la prospérité des armes du Roi, et ils consentirent au paiemeut de l'aide par leurs hommes et vassaux, sans préjudice de leurs privilèges. Les députés des pays de Languedoc adressèrent verbalement leurs requêtes au Hoi ; elles furent ensuite formulées dans un cahier qui nous a été conservé', et qui par^t conforme au cahier des représentants des pays de Languedoii. C'est donc comme un écho de la voix de la France entière qui retentit à Cliinon, en cet instant suprême, et cette manifestation offre un grand et émouvant spectacle.
Les députés supplient le Roi de leur accorder des lettres constatant que leur venue lui a été agréable, et qu'il tient les absents pour excusés.
Ils demandent qu'il plaise au Roi, « pour le bien et conservation de sa seigneurie, » et pour parvenir « au recouvrement d'icelle par toutes les voyes et moyens possibles, « de réunir autour de lui tous les seigneurs de son sang et de sa pa-, rente.
Ils sollicitent le Roi de vouloir bleu « entendre, par tous les bons moyens possibles, à la paix de monseigneur de Bourgoigne, et trouver manière de le rejoindre et unir à sa seigneurie. »
Un autre article est relatif au counétabie : la requête des
1. Dès le 33 septembre, un recevait avis à Tours que Gaucourt et La Hire étaient arrivés à Cliinon pour deniandci'.uD seuiui's d'ai^enl ininiëdiat afin àe pourvoir k la défense des frontières et secourir Beaugency. Le Roi leur alloua Ruiisitdt quinze mille Jcus, dont partie fut enipninliîe tant aui piincipaui ofDcîers et conseillers du Roi qu'aux dëpulÀ présents à l'ass^nblée, et dont l'aulre pailie fut demandée aui villes, à titre de pr^t sur l'aide. Beglttrt de» délibéralionx, IV, i la date.
â. <t S'ensuivent les suplications et requestes qui ont esté faictes de bouche au Roy iiuslie souverain seigneur par les geus du pays de Languedoc, en tant que peut touchier L'Iiasi'un Chtat d'eux. j> Ms. lai. 9177 (CoUection de D. Pacolte, t. V), f. i71.
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ni HISTUIKL DE rillAKLfc:.S Vil. 1428
députés devait être faite « de bouche, » et elle avait été omise. On demande, conformément àl'avis et délibéritiou dunCkinseil de Langiiedoil, » qu'il plaise au Roi « attraire par devers lui, eu bon amour et obéissance, et eo son service, monseigneur le connestable; » et, pour cela, de « contiauer les ambassades et traités qui ont été commeucés. »
Ou demande encore au Roi de « donner provision d'avoir un bon chef de justice, » de « pourvoir de Ijonues et notables personnes a\ix oftices touchant le fait de la justice » et aux autres oftices; d'établir l'unité dans les monnaies, de révoquer toutes aliénations de son domaine ou de Sf!S revenus, de « faire ce-ssep toutes pilleries et roberies, qui détruisent et gâtent tout le peuple et la chose publique de tout le royaume, en corps et en biens; » de lever les prohibitions existant sur le transport des marchandises hors du royaume.
Beaucoup de requêtes sont spéciales au Languedoc, et nous n'avons point à nous en occuper ici. Notons seulement celles qui ont trait à la réduction de la somme accordée au Roi el au.^ termes des paiements; k la dispense de siéger dans une assemblée convoquée pour le 1°' mars l'i-29; aux impositions à mettre en Languedoc, et qui devraient toujours être soumises à l'approbation des États; aux divers modes de perception, etc.
Les députés terminent en demandant qu'il soit délivré des lettres patentes relativement aux articles de leiu-s cahiers.
Le document qui contient les doléances des députés de Languedoc offre également le texte des réponses du Roi, lesquelles furent données à Chinon, le 11 novembre 1428, sous forme authentique, et après délibération du Conseil, La plupart de ces réponses expriiûent un consentement sans réserve aux demandes formulées.
En ce qui concerne les princes, le Roi se borne à dire que les députés « savent la bonne réponse que le Roi leur a sur ce faite. »
Pour la paix avec le duc de Bourgogne, le Roi s'en réfère aussi à la réponse donnée verbalement, et il fait allusion aux « diligences qui sur ce ont été faites. »
Sur le retour du connétable, la réponse est ainsi connue :
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1448 LA TRÉMOILLE AU POUVOIfi. 173
« Par le Roi ni par ceux qui sont autour de lui n'a tenu ni ne tiendra, et eu out été faites grandes diligences, comme il leur a été exposé, et encore sera l'ait. «
Quaiit aux autres points, on se borne à dire : » Il plaît au Roi, » ou « Il a été fait, n ou " Il le fera de tout son pouvoir. »
Relativement aux sacrifices d'argent que les députés voudraient voir restreindre, il est répondu : n Le Roi a toujours eu et aura compassion de son peuple ; mais à présent chacun sait sa nécessité et celle de la seigneurie, par quoi doucement ils doivent être ecclins à le secourir et à payer la dite aide à plus brefs termes. »
Enfin , quant à la dispense demandée pour la présence des députés à l'assemblée du 1" mars et à l'exemption de contribuer aux chaînes, en dehors des tei'mes de paiements fixés, jusqu'au mois de septembre 1429, le Roi répond : « Il ne se peut faire, attendu l'état de la seigneurie. »
D'après im document cité par Dom Vaissete, les États sollicitèrent encore le Roi de faire appel au roi de Sicile , au roi Jacques, aux comtes de Giermont, d'Armagnac, de Pardiac, de Foix et d'Astarac, et au sire d'Albret, pour venir le servir, « en cette extrémité, » avec toutes leurs forces *. - C'est au milieu des craintes les plus vives, des plus poignantes angoisses que fut tenue cette réunion d'États généraux qui se prolongea pendant six semaines. Déjà maîtres d'un fauboui^ d'Orléans, les Anglais assiégeaient cette ville depuis le a octobre. On a prétendu que le Roi, tout entier à ses plaisirs, négligeait alors les intérêts de l'État, et qu'il ne fit rien pour secourir Orléans. Nous verrons plus loin s'il est vrai qu'il ait cherché dans les divertissements et dans les frivolités une diversion à ses malheurs. Ce que nous devons constater — et cela est mis hors de doute par les documents contemporains, — c'est la sollicitude déployée pour venir en aide à la ville qui semblait être le dernier boulevard de la monarchie. Charles VII met à son service les capitaines les plus expéri-
1. fi. VaissMo, HinUnrt gêttérale ilr Languedoe, I. IV, p. t7S-73.
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mentes', il fait veoirdesartilleupsdes divers points du royaume, il envoyé sou propre chirurgien pour soigner les blessés*, il s'occupe sans relAche d'assurer la solde des troupes *, il entretient des rapports assidus avec les chefs préposés à la défense : le bâtard d'Orléans, Graville, La Hirc, Xaintraillcs, Viliavs, etc., qui viennent le trouver à Ghinon ou reçoivent de lui do fréquents messages*; enfin, il fait au duc de Boui^ognc des
1. " Le Roy Charloa de France... s'estoil condiul avec ceul» du son conseil que de loul SUD povoïr il delFenderoit ycelte ville (d'Orléans), ci'Bant que, .se elle csloîl mise entre Ic^ nuins de ses ennemis, ce seroit h desirueliun loUlc de ses mirches et pys et de luy aussy, et pour lanl il envoia grand partie de *ei meilleurs el plus feables capitaines... et plusieurs très vaillants hetunws rennammën en armes el de grande aac[oriii<. <■ Honsirclet, I. IV, p. 301.
i. Voir le Fait de l'aMIaillemtnt el leooun tur In Angloit de la ville il'Orlient (Us n-. 785B, f. il k^, pubtii! par TA. Loiseleur. Orléans, llerlulson, 1868, gr. in-8°), nii CCS faits sont mis en pleine lumière : « A Maislre Jehan de Montosctcrc, canonier demourant A An^ters, la somme de sept vingt escus d'or... laquelle, dès le mois d'octobre qu'il le manda venir par devers lui audit lieu de Chinoii pour l'envoyer audit lieu d'Orléans, ele. (p. 186). — > A Maislre Jclian de Jondoignc,cirurgicn, pour aller audit Urièeas appareiller les bleclM, 10 1. 1, (p. 171). > Autre paiement ii Jehan Jodoigne, en mars 14S9 (p. 189) Autre paiement au ni^mc, en avril (p. 196). Jodoigne ^lail aitai:h<< dès i418 è la pcrsunne de Charles Vil.
3. Sommes versées aux capitaines ; Septembre, 1,9911 ^ns d'or et 3,134 I. |iayi>s à Orléans et Chinon aux capitaines; 450 ëcus d'or et 114 1. 1. à LaHire. — Octobre, 1,393 I. Â Gaucourt-, 390 éeue d'or fi des capitaines envoyés à Orléans; 100 t. n Graville, venu d'Orléans vers te Roi ; 370 1. aux ea|iilaines écossais employés à Ovléans ; 1,%0 1. à Gaucovri pour la gamiun ; paiement aux lieutenants des compagnies pour les dédommager de rinsuISsanec de leur solde; 3,35! 1. distribuée à Biais aux gens de guerre envoyés à Orléans; 2,500 I. envoyés par Pierre de Fofllenil,Éruyer d'écuria dn Hoi. — Novcnd)re, 6,050 1. distribués pïr Foolcnil; 100 écus d'or et 89.^ 1. i La Hirc; l.SOO k Lesgo et Tennes,eavuyésàOrléans, — Décembre, 3,1061. pour la gai'aisDn. — Janvier Ui9, 0,1301.; 1,170 t.; 500 1.; 600 1.; 3,900 i Stuart, eonnétaUe de l'armée d'Éc«ssc. Février, 3.150 1. — Au commeiiccmcnl de novembre HÏ8, Cliarles Vll.ordonna aux habitants île Tiuirs de payer 600 à I. k La Hire pour la défense d'Otiéans (Délibérations du 0 novembre, aux Ardiivcs municipales de Tnurs, cité par M. Vallet, Duttrim de la Soâéli de l'Ilittoin defronce, 1850-GO, p. 4.'>);lc irijantier 1439, Boumndc Fages est cnruyé a Chinon cl à Angers pour emprunter 8,000 I. pour la défense d'Orléans. Il résulte de lettres du M juUlct 1433 qu'tmp somme de 10,000 1. fiil prêtée par \a Trémoille pour subvenuaux dépenses du siège.
4. Voyages des capitaines vers le Roi : Octobre 1438 : " A monseigneur le bastard d'Oi^ens, pour despense par luy faicte i Chinon, Selles el Romorentin, à venir devers ledit seigneur dudit lieu d'Orliens, i\«xiii I. t. (p. 167). > a A messiro Jehan, seipeur
de Graville pour delïaier lui et aucuns gentilsliommes et sa compagnie..., venus de la
ville d'Oriiens en la ville de Chinon par devers ledit soigneur..., c 1. t. (p. 171). » — Novembre ; « A Estienne de VignoHes. dit l.a Hh-e,.., à (aiinon, au mois de novembre, cent escus, pour delTrayer lui cl aucuns autres gentilshommes qu'il avoit amenez en sa compagnie de la ville d'Orléans au dit lieu de Cliinun... (p. 173), r — Décembre : •• A mcssire Raymon, semeur de Villars, chevalier, iii[< I. t. n < A Poton, seigneur de Sainlcrailles, eseuier, me 1. 1. (p. 179). « — Janvier 1439 : x A messire Patris d'Ogilby, vicomte d'Angus, au pays d'Escoce, chevalier..,, la somme de ïi' I. t. (p. 182). »
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1428-29 LA TRËMOILLE A"U POUVOIR. 175
ouvertures de paix ', et va même ^ comme nous le verrons plus loin — jusqu'à sacrifier une de ses meilleures provinces pour obtenir de ses alliés ud secours permettant de faire face au péril. Tandis que La Trémoillc , tout en prêtant de grosses sommes au trésor *, poursuit le cours de ses dilapidations et de ses intrigues', le Roi est tout entier aux soins de la défense, car, malgré l'inégalité de la lutte , il conserve encore B i)ODQC affection et espérance en Dieu *. u
Mais la journée des harengs porte le dernier coup à sa fortune; sa tristesse est à son comble, car il voit de toutes parts, selon la remarque de Monstrelet, « ses besognes venir au contraire et persévérer de mal en pis'. » Le connétable, sans s'émouvoir des périls de la couronne , continue à guerroyer en Poitou contre les gens du Roi '. Obarles est abandonné par la plupart des princes et par les plus notables seigneurs, qui regardent sa cause comme perdue ', el il est bien près de s'abandooaer lui-même. C'est alors que surgit la pensée d'une retraite et que les résolutions les plus désespérées sont agitées. Le Roi avait déjà, dit-on, songé à aller s'embarquer à La Rochelle pour chercher un refuge en Ecosse *. Au moment où Orléans est à
« A Jean deBarnaire dil Cornillan, escaier..., venu de la ville d'Orléans... par devers iceluj seigneur,,,, c I, I. (p. 183-83). i A tMessire Raymon , seipieur de \i\lan, chevalier, et PoloQ, seigneur de SamteraiUcs , escnler,.., venus de la ville d'Orliens en la ville de Chinon, elc., L I, t. (p. 184)- »