‹ Histoire de Charles VIIChapitre 127 sur 340 · Même source · texte numérisé non relu

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â. Ce cuiieux document a été communiqué en 1866 par M. Marchegay au Comité des travaux historiques, et publié dans la Rtmit des sociétés savantes, 4* série, t. IV, p. 47t-i73.

3. « C'était une tour carrée de quatre à cinq toises sur tous les sens , située sur le bord de TOise, à Texti^émité des remparts faisant face à Saint-Martin; elle avait l'étang d'un cdté et de Tautre tenait au boulevard joignant la porte du Bucherel sur lequel elle

1441 LE SiftGE DE PON'TOISE. 191

Maine et au connétable qui, i^econdés par le seigneur de Moy, opéraient du côté de Téglise Notre-Dame. A l'assaut de la Tour du Friche , un simple archer se distingua par sa bravoure : s'aidant des infractuosités de la muraille , trouée par nos canons , il parvint à gagner le sommet ; là , de concert avec un homme- d'armes qui Tavait suivi, il se mit à cribler de pierres les ennemis et les força à battre en retraite. S'élançant à la suite de ces deux braves, les assaillants parvinrent sur la plate-forme, et s'avancèrent en. criant : Sainte Denis l Ville gagnée l Un pan de mur démoli livra passage au Roi, qui, pénétrant des premiers dans la place, s'avança en « desconfisant ses ennemis, » et les poursuivit jusqu'au château ^

Pendant ce temps les assauts dirigés du côté de Notre-Dame, de la porte d'Ennery et de Maubuisson étaient couronnés du même succès. Â trois heures on était maître de toute la ville. Le Roi, que le Dauphin était venu rejoindre, parcourut la ville monté sur un petit cheval. Sur sa, route tout le monde s'agenouillait, implorant le pardon. Un Anglais, poursuivi l'épée à la main, vint chercher un refuge sous le ventre de son cheval ; le Roi cria de lui faire grâce ; mais ce fut en vain : l'ardeur des combattants était telle que ni ses ordres ni ses

faisait saillie. Le chemin ou chaussée du Bucherel, large de sept toises environ, la séparait de la rivière. Ce chemin servait aussi d^ digue à Tëtang. Entre cette tour et la porte du Buclierel, était alors Tembouchure du Ru qui, dans l'espace de soixante-dix toises, c*est-i*dire depuis la Tour Penchante, dite aussi Tour dn Diable, côtoyait ce rempart, une langue de terre entre deux; cette langue de terre dont la largeur allait en diminuant depuis huit jusqu^à (rois toises , formait un talus qui servait d^épaulement au rempart. > Almanaeh historique de Ponloise, 1803 , cité dans Fappendice de la réimpression de Taiilepied, p. 13â note.

1. Le récit de ce brillant fait d*armes est donné en ces termes par la chancellerie royale dans des lettres en date du 22 septembre : « Le 19 septembre vers midi, Tassaut Alt, par nous et nos gens, donné de quatre côtés à la fois, et c'est à la prise de la tour du Friche, où nous étions en personne, que monta le premier notre araé Jean Becquet, ardier, natif de Rouen, Tun de nos gens, que suivit de près et presque immédiatement notre amé Etienne Guillicr, homme d'armes, natif de Brie. A eux deux, ils lancèrent sur les défenseurs de la tour, qui n'avaient cessé jusque là de résister opiniâtrement à tous nos efforts, une grêle de pierres détachées des murs où Tartillerie avait fait brèche, et réussh^nt à lés inquiéter tellement que les Anglais chargés de défendre cette position s'enfuirent en désordre. Cest alors , et par là , que nous et nos gens pénétrâmes par cette tour dans la place , avant que nul y fût encure entré d'aucun autre côté , et ainsi Pontoise fut prise et emportée d'assaut. Quant aux ennemis qui s'y trouvaient et en fort grand nombre, ils furent tous pris ou tués sans qu'il en échappât un seul, à notre connaissance du moins. » — Traduction de M. Chazaud, dans le mémoire cité plus loin.

clameurs ne purent arracher le malheureux à la mort, et, dans la mêlée , le coursier royal fut grièvement blessé ^. Cinq cents Anglais furent passés au fil de Tépée; le reste fut fait prisonnier. Charles VII, précédé de sa bannière, visita les différents sanctuaires de la ville, et y pria « moult dévotement et humblement ; » il s'employa à préserver de toute violence les femmes et les pauvres gens ; il défendit de faire aucun mal aux habitants réfugiés dans les églises et à tous ceux qui ne portaient point les carmes. Au moment où le Roi arrivait près d'une des églises, un Anglais en sortit et vint implorer sa merci : Charles VII le fit mettre en liberté sans rançon, après lui avoir fait de beaux présents ^

Le lendemain le Roi fit procéder à une enquête pour connaître ceux qui s'étaient distingués et avaient les premiers pénétré dans la ville; il les récompensa largement, donnant aux uns des sommes d'argent, à ceux-ci des rentes à vie, à ceux-là des lettres d'anoblissement et des armoiries pour perpétuer le souvehir de leur vaillance '. Plusieurs jeunes seigneurs, parmi lesquels on nomme Jean et Robert d'Estoute-

1. Thomas Basin, t. I, p. U6. L*évéque de Lisieiix rapporte qu*il tenait ce détail de la bouche même du Roi ; il ajoute que la rage des Français tenait à ce que Talbot a^-ait frappé de sa hache et tué sans pitié un écuyer qui, sorti du camp et fait prisonnier,

avait été conduit en sa présence.

2. Monstrelet» I. VI, p. 23. — Voir sur Tassant de Ponloise, Monstrelet, fiasin, Berry et Charlier.

3. On a vu plus haut la brillante conduite de Jean Becquet et d*Élienne Guillier. Pour perpétuer le souvenir de la victoire et récompenser d'une manière digne de lui les deux braves qui y avaient si vaillamment coutribué , le Roi leur accorda à Tun et à l'autre les privilèges de la noblesse héréditaire, plus cent livres parisis de rente annuelle et perpétuelle sur des biens confisqués à Pontoise, Saint-Denis, Tlle Adam et Beaumont; en outre les deux annoblis reçurent les armes suivautes, blasonnées dans la. charte originale : Becquet, d'aibur à trois tours demi rompues d'or ; Guillier, d'or à trois tours demi rompues d'azur. Le texte des letties de Charles Vil, données à Ponloise même, le 22 septembre 1441, et contresignées par le Dauphin, les princes du sang, les deux maréchaux de France, Tamiral, etc., a été publié de nos jours pai'M. Chazaud, d'après l'original, en mauvais état, conservé aux archives du château de Lévy, commune de Lury- Lévy (Allier) : Anoblissement de deux simples soldats après la prise de Ponloise, dans les Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances au Comité des travaux historiques en i866f p. 130-145. — On lit dans la Bibliographie de la ville et du canton de Ponloise par Léon Thomas (p. 16) : a M. ChazauU croyait celte pièce inconnue; mais on en trouve déjà la copie dans les manuscrits de M. Pihan de la Forest. Elle complète môme en partie les lacunes de l'imprimé, y» — Ajoutons que, comme l'a indiqué M. Qiazaud, La Roque a visé ces lettres dahs son Traité de la noblesse (Rouen, 1734, p. 65), et que Monstrelet mentionne le fait dans sa Chronique (t. VI, p. 23).

ville, Regnault de Longueval, le bon de Relly, furent armés chevaliers *. \

Ainsi fut accompli , grâce à l'énergie , à la persévérance , et, on peut le dire, à la bravoure personnelle de Charles VII, ce brillant fait d*armes, dont les conséquences devaient être si décisives. Les pertes des Français furent insignifiantes*. Après avoir donné ses ordres pour le transport de Tartillerie et pourvu à la garde de Pontoisej le Roi prit le chemin de sa capitale, où il fut joyeusement accueilli; il se rendit en grande pompe à Notre-Dame pour remercier Dieu de la victoire accordée à ses armes '.

\. Berry, p. 446 ; Monsirelel, t. VI, p. 22.

2. < Tous noz amis sont en bon point, ëcrivait Cousinot; il n*y a eu homme mort de oestre part. Bien est vray qu'il y en a beaucop de blesses ; aussy autrement ne se puet-tl fere. » Lettre citée.

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