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CHAPITRE VIII

L'ASSEMBLEE DE NÊVERS

Coalition des princes formée par le duc de Bourgogne ; attitude de l'Angleterre. — Le doc d'Orléans se rend à la oour de Bretagne, où il se rencontre avec le duc d*Alençon; traités du 6 mars 1441. — Nouveau voyage du duc d'Orléans; réunion des princes à Rennes; ils reçoivent un message du due d'York. — Le duc d'Alençonse met en rapport avec les Anglais; le duc d'York reçoit à Rouen des envoyés du duc de Bretagne et du duc d'Alençon. — Projet d'alliance entre Charles d'Anjou , comte du Maine , et Marie do Gueldres , nièce du duc de Bourgogne ; ambassade française à Hesdin près du duc. — Le duc d'Orléans à Hesdin ; l'assemblée de Nevers est décidée en principe. — Nouveau voyage du duc d'Orléans à Retbel, en compagnie de Dunois, qui est envoyé vers le Roi à deux reprises. — Le due Philippe se rend en Bourgogne ; son ambassade au Roi. ^ Résultat de la mission de Dunois ; le Roi consent à la tenue de l'assemblée et envoie deux ambassadeurs à Nevers. — Les princes i Nevers ; ouverture des conférences. — Les ambassadeurs retournent près du Roi, en compagnie de Dunois. — Réponse de Charles VII à Dunois. — Mémoire remis par les princes à Gaucourt. — Remontrances des princes, portées au Roi par une ambassade.— Mémorable réponse faite par le Roi à ces remontrances. — Conclusion.

Nous avons vu qu'au mois de décembre 1440 le duc de Bourgogne avait, de concert avec le duc d'Orléans, jeté les bases d'une coalition où devaient entrer le duc de Bretagne, le duc d'Alençon et d'autres princes du sang. Les relations entre Charles VII et Philippe le Bon prirent alors un caractère très tendu. Le voyage de la duchesse de Bourgogne à Laon, au mois d'avlril 1441 , ne fît qu'envenimer les choses. Il semblait que la rupture fût inévitable , et l'on crut déjà entendre comme im bruit d'armes.

C'est, en effet, une lutte qui se prépare entre le chef de la Maison royale et le représentant de la branche des ducs de

1441 l'assemblée de nevebs. 1^5

Bourgogne , ou plutôt , comme on Ta dit justement , entre deux rois, car, de Charles ou de Philippe , le dernier n'est pas le moins roi des deux*.

Ici apparaissent au grand jour les conséquences du traité d'Arras; la politique bourguignonne se dessine avec netteté. Grâce à ses agrandissements de territoire, Philippe le Bon dispose d'une puissance considérable. Par ses alliances avec les princes ses voisins, il s'est assuré le concours des ims, la neutralité des autres. Par ses alliances avec les ducs d'Orléans, de Bretagne et d'Alençon , enrôlés dans son ordre de la Toison d'or, il occupe dans le royaume une foule de postes importants. Plus la royauté affermit son autorité et réprime avec énergie les menées ambitieuses des grands vassaux , plus le duc de Bourgogne s'efforce de contrebalancer un ascendant que , tôt ou tard, il redoute d'avoir à subir. Aussi ne laisse-t-il échapper aucune occasion de rattacher à sa cause tous les mécontents, et ils sont nombreux, d'accroître ses possessions territoriales, de façon à envelopper le royaume comme d'un inextricable réseau.

Dans cette politique, Philippe a pour auxiliaires beaucoup de ses sujets , qui redoutent l'influence française et ne veulent point se plier aux exigences des officiers royaux : les provinces bourguignonnes opposent une invincible résistance aux prétentions relatives à la juridiction, derrière lesquelles leur apparaissent d'onéreuses réclamations fiscales. En vain le Parlement de Paris ^ voulant maintenir les droits de la Couronne, évoque à sa barre les causes des sujets du duc; c'est une source de perpétuels conflits, car. Philippe cherche, par tous les moyens, à se soustraire à la juridiction du Parlement, et il ne peut souflrir que les causes de ses sujets soient portées devant la cour souveraine du royaume.

Mais si le duc de Bourgogne rencontre, parmi ses sujets

1. t Dès maintenant la latte est entre Charles VII d*une part, de Tautre Philippe le Bon et sa femme Isabelle, lutte entre le Roi et le duc, entre deux rois plutôt, et Phihppe n'est pas le moins roi des deux. » Micheiet, Histoire de France, t. V, p. 311. Michelet dit ailleurs (p. 197), en parlant du traite d'Arras : a Le Roi demandait pardon au dur . et ^ doc 96 lui rendait pas hommage ; en cela il devenait lui-même comme Roi. »

français, une sympathie qui l'encourage dans son opposition contre la Couronne , il n'en est pas de même chez ses sujets étrangers. Là, Tinfluence française va grandissant avec les succès de la cause royale , et cette influence s'exerce aux dépens du duc. Depuis longtemps Charles VII est en relations avec Liège : il y entretient des agents , il y envoie des ambassadeurs*; un traité a même été conclu pour mettre les Liégeois en la bonne grâce du Roi et faciliter les relations commerciales*. Bientôt vont commencer des rapports avec les villes flamandes, Gand en particulier. Ajoutons, sans vouloir attacher à ce fait plus d'importance qu'il n'en comporte, que dans le sein même du Conseil ducal , Charles VII a des intelligences. Le chancelier Rolin est son obligé'; Antoine deCroy, conseiller et premier chambellan, depuis longtemps « le plus prochain de son maître, » au dire dun chroniqueur bourguignon*, ne fait aucune difficulté d'accepter les dons du Roi*. C'était, il

1. « M. Jehan de Hely, pour un voyage au pays de Liège devers Fevesque, xxx !. > Extrait du compte de Guillaume Ripauit (18 avril 1436-30 décembre U38). Cabinet des titres, 685, T. 5i (nos citations de ce manuscrit, jusqu^à présent, ne portaient point l'indication du fulio ; c'est tout récemment qu'il a été paginé).

2. a En clii leuipoiai furei t faites alloiancbe entre le Uoyde Franche et monsangneui l'evesque de Liège et son palis , si que tout chc que les Liégeois poroient avoir foifail contre ledit Rny ne adamagiet, ilh les qiiiitoit del tout et les pardonnoit, et que tout marchandise pusist alleir de l'imc paiis en l'autre. > Chronique de Jean de Stavelot, publiée par Ad. Hurgnet, p. 383. — Le P Bouille, dans son Histoire de la ville etpayt de Liège (t. 11, p. ^4), dit que ce traité fut pas^é nu mois de juillet U37.

3. Le chancelier Hulin s'était em ichi par la confiscation : la plus grande partie de sa fortune se composait de biens cunllsquf^s sur des gentilshoninies bourguignons restés fidèles à la eau>e royale. Lors de la conclusion du traité d'Arras, il Ait convena que, « pour la grande affection qu'il avuit témoignée audit traité, i» il ne serait point tenu de restituer, conformément aux stipulations faites, les terres dont il jouissait. Crt arrangtment fut confirmé par lettres du Roi, en date du 21 décembre 1435, attribuant à Nicolas Rolin la possession des seigneuries deMarligny-le-Comte, la Peiriére, le Picssis, Lugoy, Bragiiy et Gyé-sur-Seine. Le Roi s'engageait à dédommager les seigneurs ainsi prÎNésde leurs héritages. Ce fut l'objet de contestations de la part de ces seigneurs ; on en peut voir le récit dans l'intéressante brochure de M. J. d'Arbaumont: Mcolas Holin, chancelier de Bourgogne (extraite de la Revue nobiliaire, 1865, in-8»), p. 8 et suiv. En 1439, Nicolas Riiliii présenta au parlement des lettres patentes et des lettres closes données en sa faveur par le Roi. D'Arbaumont, /. c.

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