‹ Histoire de Charles VIIChapitre 129 sur 340 · Geoi^es Chastellain, t. Il, p. 6â · texte numérisé non relu

Geoi^es Chastellain, t. Il, p. 6â

5. Dans les négociations qui précédèrent le traité d'Arras, le duc de Bourbon, le connétable et d'autres ambassadeurs français , pour se rendre le premier chambellan favorable, lui avaient fait de belles promesses. Par lettres du 21 décembre 1435 — deoiéme date que celles en faveur de Nicolas Rolin, — le Roi, en considération des a grans peines, labours et ti>avaux » pris par Antoine de Croy à la conclusion de la paix, soit avant, soit

faut le dire, l'usage du temps, et Ton ne croyait point manquer par là au devoir de fidélité à Tégard de son seigneur*.

Depuis l'échec subi à Laon, la diplomatie bourguignonne n*était point restée inactive. La duchesse Isabelle ne cherchait qu'une occasion de prendre sa revanche : elle espérait la rencontrer sur le terrain des négociations avec l'Angleterre.

Mais Charles VII connaissait les intrigues qui s'agitaient. Il ne voulait s'engager dans de nouvelles négociations qu'à bon escient et dans la pleine indépendance de son action. Aussi, dès le 28 avril 1441 , au moment où la duchesse de Bourgogne venait de quitter Laon , avait-il, par délibération prise en Conseil, révoqué toutes lettres de pouvoir, scellées ou non, données pa.r lui pour traiter avec les Anglais *. Si l'on se rappelle que le nom du duc de Bourgogne figurait en tête des plénipotentiaires désignés dans les lettres du 7 avril 1439, on pourra apprécier la portée de cette décision.

Une nouvelle conférence devait se tenir à Gravelines le l*»" mai 1441, et, malgré la répugnance de Charles VII à en-

peodant le coogrès, et de ses « boDDes et fructueuses dilligences, » ayant égard à la promesse de lui faire donner trois mille livres dû rente ou une somme de trente mille ërus dV, lui octroya les château , ville et cliâtellenie de Dar-sur-Aube, avec assignation sur les greniers à sel et des aides jusqu*à concurrence de trois mille livres (Archives, P 2531, f.170). Par d'autres lettres du 4 juillet U38, le Rui déclara que la prévôté de Bar était comprise dans le don fait par lui (id., ibid., t. 169 v»). Enfin, par lettres du 2i avril Uil , données à Laon pendant le séjour de la duchesse de Bourgogne , Charles VII , en considération des grandes dépenses qu'Antoine de Croy avait dû supporter et des services rendus au Roi dans la conclusion de la paix avec le duc de Bourgogne, lui fit don d'une somme de dix mille rcaux d'or. Bulletins de la commission royale d'Histoire , t. XII, p. 183.

1. Pourtant les plus scrupuleux ne se permettaient pas de telles licences. On se rappelle le refus de Barbazan (voir t. I , p. 149).

S. Délibération prise par le Roi en son grand Conseil à Laon, le 28 avril 1441 , constatée par acte notarié, portant révocation de toutes lettres, tant en blanc que scellées et signées, données par le Roi pour traiter avec les Anglais, et annulant tout ce qui, en vertu de ces lettres, a pu être fuit jusqu'à ce jour, à six heures du soir. Le texte est dans Brienne, 34, f. 311. On y lit : a Et pour ce que ledit seigneur se doubtoit que lesdictes lettres , blancz seellez et signetz et autres n'eussent esté ne fussent toutes rapportées par devers luy et son conseil , et que les aucunes d'icelles pouroient estre ou avoir esté perdues, ou mises en autres mains que desdiz ambaxadeurs; par lesquelles et par vertu d'icelles l'en a peu ou pouroit ou temps advenir faire aucuns traictiez, accords , obligacions ou autres choses qui seroient ou pouroient estre ou grant préjudice et dommage dudit seigneur, icelluy seigneur voulans éviter ce que dit est , » etc. Le Roi exc(>ptait de l'annulation prononcée le pouvoir donné par lui le même jour à ses ambassadeurs, et les lettres ou blancs scellés signés de la main de ses secrétaires Dreux Bodé, •«"an de Dijon et Charies Chaligaut, ou de l'un d'entre eux.

voyer saus cesse ses ambassadeurs dans des pays occupés par rennemi, il avait fait partir de « moult notables ambassadeurs*. » Mais, pas plus que Tannée précédente, la conférence ne put être tenue. « Et n'y fut rien besogné , lit-on dans un document émané de la chancellerie royale, pour la deffaulte des Anglois, qui n'y avoient envoyé que ung simple clerc, qui n'estoit point personne soufQsante pour traictier de telle et si haulte matière *. »

Et pourtant, à la date du 10 avril 1441 , Henri VI avait donné Tordre de rédiger des instructions pour le baron de Dudley, Thomas Kyriel , chevalier, Etienne Wilton, docteur en décrets, et' Robert Whitingham, trésorier de Calais". Le 14 mai suivant, des lettres de sauf-conduit, valables jusqu'au 16 août, étaient délivrées à dix ambassadeurs de Charles VII, qui devaient se rendre au lieu fixé pour la convention, sur les marches de Calais, savoir le comte d'Eu, Tévêque de Châlons, le sire de Culant, Simon Charles, etc.*. Le 22 mai, le roi d'Angleterre déclarait que, ses ambassadeurs ayant vainement attendu au lieu convenu les envoyés de son adversaire de France , depuis les premiers jours de mai, il donnait, à la requête du duc d'Orléans, de nouveaux pouvoirs au baron de Dudley, à Robert Roos, à Thomas Kyriel, etc.'. Le lendemain, de nouvelles lettres de sauf- conduit étaient délivrées à une foule de conseillers de Charles VII, parmi lesquels figurent plusieurs princes, tels que le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, le duc d'Alençon, le vicomte de Lomagne, et des évêques : Guillaume de Montjoj^e, évêque de Béziers; Guy de Rochechouart,

1 . Ces ambassadeurs étaient à leur poste le 24 mai , car ce jour-là la duchesse de Bourgogne envoyait de Saint-Omer à son mari des lettres closes pour aucunes choses secrètes pour lesquelles les ambassadeurs du Roi avaient été envoyés par deçà (Archives du Nord, B 197S, f. 97). On voit par les comptes de Compiègne que le diancelier et le comte d*Eu passèrent par cette ville le 26 mai (D. Grenier» 20 bis, 2* partie, f. 19).

2. Réponse du Roi aux remontrances des princes, dans Monstrelet, t. VI, p. 30.

3. Proceedings and Ordinances, t. V, p. 139-140. Le 6 mai» un poursuivant de U duchesse de Bourgogne allait du Quesnoy à Calais porter un sauf-conduit du Roi aux ambassadeurs qui devaient se rendre à la nouvelle conférence. Archives du Nord, B197î,f. 87.

4. Voir le texte de ce document dans Ryraer, i. V, part, i, p. 107.

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