Dans le traité du 28 mai. Voir plus loin
1444 LA TRÊVE AVEC l'angleterre. 277
Yolande, sur le royaume de Majorque ; en s'unissant à Henri VI, la jeune princesse renonçait à tout droit de succession sur les possessions de se^ père et mère dans le royaume de France, et le roi d'Angleterre devait confirmer cette renonciation après la consommation du mariage ; un douaire , s'élevant à la somme de vingt mille francs, devrait être attribué à Marguerite; une ambassade serait envoyée en Angleterre par le roi de Sicile pour convenir de l'époque et du lieu où se feraient la remise de la princesse aux mains des représentants d'Henri VI et la célébration du mariage '.
La cérémonie des fiançailles s'accomplit aussitôt ; elle eut lieu le dimanche 24 mai, et fut présidée par Pierre de Mont- Dieu, évêque de Brescia, légat du Pape et nonce apostolique en France. A l'heure fixée, le comte de Suffolk, représentant la personne du roi d'Angleterre , et les autres ambassadeurs, se rendirent dans l'église Saint-Martin. Après une brève attente, le Roi parut, donnant la main à son beau-frère le roi de Sicile, et suivi du duc d'Alençon, du duc de Bretagne et d'autres princes du sang. La Reine venait ensuite , donnant la main à la reine Isabelle, et escortée par le Dauphin et par la duchesse de Calabre , belle-fille du roi René. Marguerite s'avança à son tour, guidée par le Dauphin et par son oncle le comte du Maine, qui l'amenèrent devant le Roi. Charles VII, ôtant son chaperon, prit la jeune princesse par la main et la conduisit au légat du Pape. Le légat donna d'abord une dispense verbale et provisoire aux futurs époux , qui étaient parents au quatrième degré, leur enjoignant d'obtenir, dans le délai d'un an, une dispense en règle du Pape lui-même. Puis il fit à Suffolk et à Marguerite les interrogations d'usage , et , sur leurs réponses affirmatives, les fiança. Aussitôt cet acte accompli, le peuple, qui se pressait dans la basilique, fit éclater des transports de joie. Au milieu des battements de mains, les cris de : Noël ! Noël ! retentirent de toutes parts. Puis la Reine alla prendre la future reine d'Angleterre et la plaça à la droite
1 . Ce document, que les historiens ont ignoré, se trouve à la Bibtiotliè(iue nationale, en copie du commencement du wi» siècle, dans le ms. latin 10151 ; il est en déficit aux Archives dans les pièces de la série P 1334^^, où il était inscrit sous le n*) 92.
de la reine de Sicile. Le cortège se mit en marche vers l'abbaye de Saint-Julien , où un grand festin avait été préparé ; il fut suivi de danses qui se prolongèrent jusqu'à une heure avancée de la nuit. Chacun alors monta à cheval et regagna son logis K
Quatre jours après, le 28 mai, fut signé le traité qui porte dans l'histoire le nom de traité de Tours. Une trêve générale, s'étendant à toutes les possessions respectives des parties, était stipulée; elle devait avoir cours à partir du !<»' juin*, et se prolonger jusqu'au l^"" avril 1446. Les alliés des deux puissances contractantes étaient compris dans le traité : savoir, pour la France, les rois de Gastiile, de Sicile et d'Ecosse; pour l'Angleterre, le roi des Romains, les électeurs de l'empire, les rois de Danemark, de Suède, de Nonvège et de Portugal, et le seigneur de l'île de Man '.
Les ambassadeurs anglais partirent dès le lendemain pour présenter les actes qu'ils venaient de signer à la ratification du roi d'Angleterre. Cette ratification eut lieu le 27 juin suivant *. Charles VII n'attendit pas que cette formalité eût été accomplie pour proclamer la trêve : la publication du traité de Tours fut faite immédiatement ^
1. Procès-verbal de la célébration des fiançailles, dans le registre P 1334^^, n« 91, aux Archives nationales; publié par M. Lecoy de la Marche, le roi René, t. II, p. 25i-57; Récit de la cérémonie dans la Relation anglaise du M s. Digby, traduction de M. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VU, t. II, p. 453-54 ; Journal du prieur Maupoint, dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, t. IV, p. 31 .
S. Cette date concernait toutes les possessions territoriales, sauf la Guyenne ; dans cette province, la trêve ne devait avoir cours qu'à partir du 15 juin, et, sur mer, à partir du l«r juillet.
3. Le texte le plus connu de ce traité a été donné par Monslrelet (t. VI, p. 97-lW)), avec la date fautive du 20 mai , ce qui a entraîné dans l'erreur bon nombre d'historiens (et même M. Vallet de Viriville). En l'absence du texte original, que nous n'avons pas retrouvé, il faut s'en tenir au texte publié par Rymer (t. V, part, i, p. 133) et reproduit par Du Mont, Corps diplomatique (t. 111, part, i, p. 551). Cf. Archives nationales, Registre vert vieil second du Chdtelet de Paris, Y A, f. 81 v.
4. Rymer, t. V, part, i, p. 133; Du Mont, t. III, part, i, p. 551.
5. Cette publication eut lieu le 3 juin à Paris. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 373. Cf. J. Chartier, t. II, p. 43.