Canat, Notes et dœumenlSt p
6. Le 23 août , on publiait à Lyon des lettres du Roi rappelant toutes les troupes : a ceulx que n*y vouldroient aler, il les abandonnoit à tout homme pour les ruer jus et destrousser et les punir comme traîtres et rebelles... » Reg. secret de Maçon, cité par M. Canat, 1. c, p. 439.
1. Un document anglais nous montre combien le Conseil privé redoutait alors un retour, offensif de Charles Vil en Guyenne. On supposait que le Roi voulait assiéger à la fois Saint Macaire, Rions et le château d'Auros en Bazadois; on craignait pour Bordeaux. Bayonne et Dax (Instructions issued to John viscount Beaumont , etc.) On lit dans des
28 HISTOIRE DE CriARLES VII. 1443
Cependapt TAiigleteiTe était à bout de ressources. Lasse de poursuivre des négociations que ses prétentions rendaient illusoires , elle n'était pas moins fatiguée d'une guerre dont les conditions devenaient chaque jour plus difficiles. Au mois de février 1443, on agita dans le Conseil la question de savoir s'il fallait porter secours à la Guyenne ou à la Normandie. La conclusion fut qu'on devait tout tenter pour défendre ces deux provinces. Mais, suivant le mot du cardinal d'York, Henri VI en était réduit à faire, non ce qxCil^ voulait , mais ce qu'il pouvait^. L'envoi d'une armée en Guyenne fut décidé, et le commandement donné au comte de Somerset, créé duc pour la circonstance. Les préparatifs furent longs ; on s'imposa les plus lourds sacrifices*. Tout devait être fini pour le 17 juin; les lenteurs de Somerset retardèrent le départ : au lieu de partir à la fin de juin, il ne mit à la voile qu'au mois d'août', et Yarmée de Guyenne débarqua à Cherbourg. Il est vrai qu'on projetait de se porter sur la Loire, en traversant rapidement la Normandie, sans doute avec le dessein de s'avancer ensuite, par une marche triomphale, jusqu'à Bordeaux*.
instructions données le 5 avril au roi d'armes Garler, envoyé au duc d'York : « He hath dayly tidyngs oute of his said duchie thaï his said adversarie is disposed not to départe thens unto the tyme that he hâve subdued it and hâve gete his good citées of Bordeaux and of Baionne. v Les actes du Conseil privé portent aussi la trace des préoccupations des Anglais : le 7 mars on craignait que le siège ne fût mis à Avranches. Dans Tinstruction du 5 avril, on lit que le Roi « is disposed this présent season to corne downe into Normandie and there, with ail the puissance that he can and may, to subdue it. s Une rumeur était revenue de Baie au Conseil : on prétait à Charles VII le dessein de s'emparer de Rouen, par trahison ou autrement. Proceedings and ordinances, t. V, p. 240, 259, 260, 261-62, 415.
1. « The kyng may not confourme him to that that he wolde, but to that that he may. t» Proceedings and ordinances, t. V, p. 223.
2. On emprunta de divers côtés ; on engagea les joyaux de la couronne ; le cardinal Beaufort préto dix mille livres sterling, /d., ibid., p. 239, 258-59, 272-73, 276, 279, 288-89.
3. Les actes du Conseil privé, très complets pour la première moitié de 1443, font défaut à partir de juillet; mais on voit que Tannée n*étail point partie le 13 juillet (Proceedings, p. 307; cf. p. 409-414. instructions à Yerde et Eltonhede). Les actes du Conseil privé nous montrent les embarras suscités par les exigences de Somerset, par les susceptibilités du duc d'York, jaloux de son autorité de lieutenant général. C'étaient chaque jour de nouvelles difficultés pour arriver à une solution. L'iropéritie du gouvernement se montre partout.
4. <c The kyng hath wilholden his cousin the duc of Somerset, the which wilh a greet and mighti armée shal passe the see by a part of Normandie and so passe over the waier of Leyre into the grounde occupied by the ennemyes , and thcre use most cruel and mortel werre that he^can and may. » Instructions à Carter, /. c, p. 260.
En attendant, un secours de peu d'importance fut envoyé en Guyenne*. ,
Somerset avait en sa compagnie six cents hommes d'armes et quatre mille hommes de trait*. Vain et présomptueux', le lieutenant et capitaine général de Guyemie^ ne devait même pas mettre le pied dans la province sur laquelle s'étendait son autorité. Dissimulant son plan de campagne , il alla faire le siège de La Guerche, place appartenant au duc de Bretagne, qui était alors dans les meilleurs termes avec le gouvernement anglais. On compreftd l'étonnement de ce prince en présence d'une telle agression. Que fut-ce quand il vit Somerset autoriser le pillage et la destruction de la ville , et exiger, pour évacuer la Bretagne, un subside de vingt mille saints, dont dix mille payés comptant'? Après ce bel exploit, le duc passa deux mois devant Pouancé, attendant l'armée de Normandie; puis il fit une pointe sur Angers, surprit à Ghâteau-Gontier et fit prisonniers quelques capitaines français qui s'étaient avancés à sa rencontre , et vint mettre le siège devant Beaumont-le-Vicomte ,
1. Eq avril partirent deux vaisseaux {Katharine et George) envoyés pour ravitailler les villes de Guyenne : un écuyer du nom de Bidan et Thomas West étaient chargés de cette mission {Proceedings , p. 248-49, 259, 265). En juillet Louis Despois, qui était venu de^ Guyenne avec John Gassias et le clerc de Bayonne (Town clerc) retournèrent avec un corps de troupes qui n'était pas considérable (id., p. 292, 295-96, 310). Que devinrent les huit cents hommes de sir William Bonville dont parle la Chronide ofLondon (p. 132)? 11 n'en est pas question dans les actes du Conseil privé. — Peut-être en advint-il comme des 4,000 hommes et des trente-cinq vaisseaux dont un Breton arrivant de Plymouth parlait aux ambassadeurs anglais à leur retour de Guyenne, le 5 février 1443 (Journal of Bekyntotiy p. 89, et Officiai Correspondence publiée par M. Williams, t. II, p. 279), et qui semblent n'avoir existé que dans Timagination du Breton. Bonville ne parait pas avoir été envoyé en Guyenne (voir Proceedings, p. 239).
2. C'est le chiffre officiel constaté dans les actes du Conseil piivé (Instructions d John Yerde et à Eltonhede, p. 409). On lui donne 10,000 hommes dans la Chronide ofLondon (p. 132); 8,000 dans Monstrelet, 6,000 dans Berry. Thomas Basin renchérit en disant 10,000 chevaux (p. 150).
3. a Homo animo ultra modum elatus et praesumptuosus. » Th. Basin, p. 149.
4. C*esl le titre donné à Somerset. Voir Carte, Rôles Français, t. II, p. 309, et Proceedings, t. V, p. 251, 255, 261, 288-90. On avait décidé que les lettres de commission pour la France seraient passées sous le sceau de France , et que la Guyenne n'y serait pas mentionnée , et que les lettres de commission pour la Guyenne seraient passées sous le sceau d'Angleterre et que la Guyenne y serait mentionnée avant la France.
5. Au mois d'août 1443, des ambassadeurs bretons étaient en Angleterre, sollicitant la reconnaissance des droits du duc au comté de Richemonl et offrant de se porter médiateurs pour la paix (^Proceedings, t. VI, p. 1-7). Un peu plus tard, une nouvelle ambassade vint porter plainte relativement à la prise, au pillage et à la destruction de La Guerche (p. 11-13).
30 HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1443
dont il s-empara. Là se bornèrent ses exploits. Il ne tarda pas à se rembarquer. Accueilli à son retour en Angleterre par une pluie de quolibets et de railleries, il tomba malade, et mourut au bout de quelques mois*.
Après sa brillante expédition de Dieppe, le Dauphin avait été joindre son père en Anjou. Sur ces entrefaites Charles VII apprit que le comte d'Armagnac , qui lui avait déjà donné de sérieux motifs de plaintes, venait de se jeter sur les places du comté de Comminges et de s'en emparer. Le Roi le fit aussitôt sommer de remettre ces places entre ses mains ; et comme le comte, non content de se soustraire à des injonctions réitérées, débauchait les capitaines de l'armée royale et ne craignait pas de se mettre en révolte^ ouverte, Charles VII résolut de le châtier d'une façon exemplaire. Le Dauphin fut chaï*gé d'agir à main armée. Il partit au mois de décembre 1443, accompagné du maréchal de Jalognes, du seigneur de Chastillon, d'Amaury d'Eâtissac et de Blanchefort. Tout d'abord il força Salazar, qui était passé au service du comte , de lui livrer Rodez et d'abandonner le commandement de sa compagnie. En arrivant à Toulouse (premiers jours de février), le Dauphin reçut la soumission de la plus grande partie du Comminges. Rejoint dans cette ville par le comte de la Marche, son ancien gouverneur, qui était Toncle du comte d'Armagnac, il tint un conseil de guerre où fut arrêtée la marche des opérations. Le Dauphin vint assiéger L'Isle-Jourdain , où le comte s'était enfermé. Celui-ci, effrayé d'un tel déploiement de forces, se rendit près du prince, « croyant faire sa paix. » Mais il fut appréhendé au corps et çnvoyé, avec sa femme et ses enfants, au château de Lavaur. Son comté fut mis en la main du Roi. De là, passant en Rouergue , le Dauphin acheva la conquête des possessions du comte. Le vicomte dé Lomagne, n'osant résister ouvertement, s'enfuit en Navarre. Seules les places de Séverac et de Capde-
1. Berry, p. 434; Monslrelet, t. VI, p. 66-67. — On sait fort peu de chose sur cette campagne de Somerset. Les 14 et 17 décembre, le bailli de Cacn faisait payer des courriers envoyés pour publier Toiilre du duc à tous les gens de guerre ne faisant point partie des garnisons de venir le joindre au siège de Beaumont (Fontanieu, 119-120; Stevenson t. Il, p. 347).
nac n'avaient point ouvert leurs portes. Louis assiégea la première et força le bâtard d'Armagnac , qui s'y était enfermé , à capituler. 11 regagna ensuite le centre de la France , laissant à Theaulde de Valpergue, sénéchal de Lyon, le gouvernement du comté d'Armagnac*.
C'était encore un allié — peu sûr, il est vrai, — que perdaient les Anglais. Réduits depuis longtemps à la défensive, ils se voyaient enlever peu à peu leurs conquêtes. L'heure était venue pour eux de renoncer à la lutte. A la fin de 1443, des négociations furent ouvertes; elles aboutirent à une trêve, conclue à la date du 28 mai 1444. Désormais la France allait pouvoir respirer : la délivrance du territoire n'était plus qu'une question de temps.
1. Berry, p. i2i-25; Monslrelet, t. VI, p. 22; D. Vaissele, t. V, p. i-6.