Voir t. II, p
3. Voir le texte de ce curieux mémoire dans Chmel, Materialien zur Œsletreichiiche Geschichie, t. I, p. 35 ; cf. d'Herbomcz, /. t., p. 28.
le roi de Portugal , toujours en relations intimes avec la cour de Westminster, d'intervenir auprès de l'Angleterre en faveur de la paix *. Ce rôle de pacificateur, qui lui avait souri au début de sa carrière , eût été un honneinr pour sa vieillesse , en même temps qu'une suprême réparation du mal fait à la France par Talliance de.l416. De son côté, le roi d'Angleterre adressait à Sigismond un éloquent appel en faveur de la paix de l'Église , menacée par les emportements du Concile de Bàle ^ L'empereur ne renonçait point à agir près du Concile pour le ramener à de meilleures dispositions ; mais son rôle dans les affaires politiques de l'Europe était désormais fini. Absorbé par les chagrins que lui faisait éprouver sa seconde femme, Barbara de Gilly, dont les scandales et les complots méritaient un sévère ohàtiment; affaibli par l'âge et surtout par les infirmités, Sigismond n'eut que le temps de faire arrêter Barbara et de pourvoir à la succession au trône de Bohême : il mourut à Znaïm, le 9 décembre 1437, à l'âge de soixante-neuf ans '.
Avec lui disparaissait le dernier empereur de la maison de Luxembourg. L'empire retournait à la maison de Habsbourg. Mais la politique de Sigismond lui survécut dans la personne de son fidèle chancelier, Gaspard Schlick, auquel il avait rendu ce témoignage : « Nous devons à Schlick d'avoir pu surmonter tous les obstacles et ceindre la couronne, ce que, sans lui, nous n'eussions jamais pu obtenir*. » Sigismond avait marié sa fille Elisabeth à Albert, duc d'Autriche ; il désirait vivement que ce prince fût désigné pour son successeur. Albert reçut d'abord (19 décembre 1437) la couronne de Hongrie. On lui fit jurer à son couronnement de ne point accepter la dignité impériale; et pourtant ce fut sur lui. de préférence à Frédéric, électeur de Brandebourg, que se réunirent les suffrages des électeurs de l'empire, le 18 mars 1438, à la diète de Francfort.
1. Le 6 mars '1437, rempereur faisait savoir le fait aux légats du Concile. Monunimta, etc., t. I, p. 855.
2. Bekynton's Correspondence , t. II , p. 83 ; Patricius , Hist. Conc. Basil. , cap. Lxn, dans Hardonin, t. IX, col. 1146.
3. Voir le pompeux éloge fait de Sigismond dans une lettre de Henri VI à Théodoric de Meurs, archevêque de Cologne. Bekynton's Correspondence ^ t. I, p. 246-47.
4. Pfisler, Histoire d'Allemagne, ëdit. allem., t. III, p. 461 ; traduct., t. V, p. 166.
Retenu par le serment qu'il avait prêté , redoutant le poids de la couronne , Albert hésita pendant quelque temps. Enfin , cédant aux instances des princes et en particulier de son cousin Frédéric , de la branche de Styrie , il se fit relever de son serment et accepta le titre de roi des Romains *.
Il y avait cent trente ans que Tempire était sorti de la maison de Habsbourg ; il y revenait sans que cette maison Teût cherché, et c'est à elle que, jusqu'à l'heure marquée pour sa ruine, devait échoir l'honneur de présider aux destinées du saint empire romain.
Albert avait quarante ans. Élevé , sous la tutelle des ducs Frédéric et Ernest d'Autriche , par André Blank, depuis évêque de Freisingen , et par Reinprecht de Walsee qui devint grand maître de son hôtel , il était en possession d'une haute situalion , due à la noblesse de son caractère , à son prestige personnel , à rénergie et à la bravoure dont en mainte occasion il avait fait preuve. Au milieu des scandales de mœurs que donnaient à l'envi la plupart des princes de son temps, Albert se faisait remarquer par l'inviolable fidélité qu'il gardait à son épouse. Animé d'une foi vive et ardente, il montrait tant de droiture et de résolution dans ses actes que les Pères de Bàle l'avaient comparé à un carré impénétrable de tous côtés*.
Par sa mère , Jeanne de Bavière , le nouvel empereur avait des liens de parenté avec Charles VII; il était, en outre, le propre cousin germain de Philippe le Bon®. Albert ne tarda pas à recevoir un ambassadeur du Roi. Jean de Werdes, dit Lescot , arriva porteur d'une lettre dans laquelle le Roi , en le félicitant sur son élection , rappelait les liens de parenté qui l'unissaient à la Couronne et les antiques alliances de la France avec les ducs d'Autriche ; en même temps , Charles VII parlait d'une sentence impériale rendue à' Bude, le 28 octobre 1423, contre le prince d'Orange, au sujet du comté de Genève; ilfai-
i. Voir Kurz, Œsterreich unter Kaiser Albrechi dem %weyten, t. II, p. 272 et sulv.. et Chinel, Geschichle Kaiser Friedrichs /K, t. I, p. 400 et suiv.
2. Fugger, Spiegel der Ehren des Enhauses Œsterreich, etc., cité parPfister, t.V, p. 187.
3. Etienne II , duc de Bavière , père de la reine Isabeau , était cousin germain de Jeanne de Bavière ; Marguerite de Bavière, mère du duc Philippe , était sœur de Jeanne.
sait allusion aux divisions qui régnaient dans TÉglise, et sollicitait Albert de travailler à l'apaisement du conflit , se déclarant prêt à le seconder ; en terminant , il lui faisait connaître qu'une grande assemblée venait d'être tenue à Bourges au sujet des affaires ecclésiastiques, et qu'il se proposait d'envoyer de solennelles ambassades au Pape et au Concile. Le Roi manifestait Tespoir qu'avec la grâce de Dieu , ses efforts en faveur de la paix de TËglise seraient couronnés de succès *.
Albert éta|t alors occupé à lutter contre les Polonais et les Utraquistes, retranchés dans Tabor. A son arrivée à Agram, l'ambassadeur apprit que l'empereur était en Bohême ; mais bientôt il vit arriver le chancelier Gaspard Schlick, se rendant à la diète de Nuremberg, en compagnie d'un baron autrichien et d'un certain nombre de conseillers du trône. Jean de Werdes était porteur d^une lettre du Roi pour le chancelier ^1 il la lui remit, et lui exposa l'objet de son ambassade. Le chancelier donna une longue réponse, où il s'étendait sur le point spécial qui intéressait le Roi, savoir la sentence contré le prince d'Orange, et aussi sur la question du vicariat du Dauphiné, soulevée du vivant de l'empereur Sigismond, et qui n'avait point reçu alors de solution ^ Dans une lettre adressée à Charles VII , le chancelier lui annonça que son ambassadeur ne pouvant sans danger se rendre en Bohême, il avait transrais, par un messager sur, la lettre du Roi à l'empereur; il ajoutait qu'il était dans l'impossibilité de rechercher présentement, dans les registres de la chancellerie impériale, le texte de la sentence de 1423, et d'en délivrer la copie demandée; en ce qui concernait l'affaire du vicariat, il promettait de s'en occuper; il faisait part au Roi des démarches faites par Tempereur en faveur de la paix de TÉglise, et l'assurait du vif désir qu'avait son maître de travailler à l'apaisement du conflit \
1. Lettre sans date. Copie moderne, dans le ms. latin 5450, f. 96. — Les instructions données à Jean de Werdes se trouvent aux folios 99 v» et suivants.
2. Lettre datée de Bourges, au mois de juin 1438. Ms. latin 5456, f. 98 v«.