‹ Histoire de Charles VIIChapitre 190 sur 340 · Ri'lation de Jean de Werdes. Ms. latin 5456, f. 106 vo · texte numérisé non relu

Ri'lation de Jean de Werdes. Ms. latin 5456, f. 106 vo

4. Ms. latin 5456, f. 104. Cette lettre porte la date du 11 octobre, qui est contradicluire avec celle du 8 novembre donnée dans la relation.

Nous n'avons pas d'autres renseignements sur la mission de Jean de Werdes * ; mais nous savons qu'au printemps de 1439 , une ambassade, à la tête de laquelle était le sire de Gaucourt, se rendit en Allemagne *. Le duc d'Autriche Frédéric avjlt sollicité l'envoi de cette ambassade , allant jusqu'à offrir d'en supporter les frais ; elle semble avoir eu cette double mission : insister près de l'empereur pour qu'il unît ses efforts à ceux du Roi afin de prévenir un schisme, donner une conclusion aux négociations pendantes avec le duc Frédéric.

Gaucourt arriva en Autriche au moment où Albert venait de

partir pour une expédition contre les Turcs ; il était en com- . pagnie d'Hélie de Pompadour et de Jean Framberger, lequel , on s'en souvient , avait été très activement mêlé aux négociations de 1430-31 ^ Les ambassadeurs passèrent un mois à la cour de Frédéric. On s'occupa de la révision des traités conclus huit ans auparavant ; il fut convenu qu'au lieu des trente-cinq mille florins promis, le duc d'Autriche paierait, dans Tespace de quatre mois, une somme de quatre-vingt mille ducats : c'était une réduction de vingt-sept mille ducats sur la somme primitivement fixée. En outre Frédéric s'engagea à verser à Gaucourt, en récompense des soins par lui donnés à ces négociations, une 3omme de dix mille ducats, qui devait lui être comptée à Genève dans le même délai de quatre mois. Le

1. On trouve dans le ms. lat. 17184 (anc. Blancs-Manteaux, 8), f. 108 v», des lettres d*Albert, roi des Romains, tirées des manuscrits de Saint- Vincent du Mans, qui pourraient faire croire à la conclusion d'une alliance entre Tempereur et Charles VII. On lit en effet en tdte de la copie : drca i4S7. La pièce se retrouve dans des formulaires du temps : mss. fr. 6022, f. 90 v» ; U371 , f. 81 v», et 5024, f. 158. Mais, dans ce dernier manuscrit, la pièce est datée du 8 décembre 1299. Or, en nous reportant aux actes passés lors de la conclusion de Talliance entre Albert I*^ et Philippe le Bel , nous avons rencontré le document en question ; il porte la date des nones de septembre de Tannée 1299, et a été imprimé par Leibniz, Codex juris gentium, p. 40-41. Les copistes avaient seulement substitué le mot Karoltis au mot PhUipptts. — Voir sur cette alliance entre la France et Tempirele savant mémoire de M. Alfred Leroux : Recherches critiques • sur les relations politiques^e la France avec l'Allemagne, de 1292 à 1378 (Paris ,^1882), p. 97 et suiv.

2. C'est ce qui résulte d'une lettre du pape à Albert, en date du 4 des noues de juillet. Raynaldi, ann. 1439, § 22.

3. Ces renseignements nous sont fournis par le curieux mémoire présenté plus tard (1448) par Gaucourt au duc Sigismond d'Autriche, et dont le texte a été donné par .M. A. d'Uerbomez : Le traité de 1430 entre la France et l'Autrit^e, p. 77-82. Sur les négociations de 1430-31, voir plus haut, t. il, p. 428 et suiv.

jeune Sigismond fut appelé à confirmer rengagement pris par son père : en présence du chanoine Hugues Briat, de maître Corald , son précepteur, et d'un autre conseiller du duc d'Autriche , il fit la déclaration suivante : « Monseigneur de Gaua court, mon père vous a promis dix mille ducats d'or. Donnez- « moi votre main. Je vous jure et je vous promets par serment, « sur la foi et l'honneur de mon corps , que , dans le cas où « mon père ne vous paierait pas cette somme, moi je vous la a paierai *. »

Deux mois après le départ des ambassadeurs, mourait le duc Frédéric d'Autriche (24 juin 1439)*. Son fils Sigismond passa sous la tutelle du duc Frédéric, de la branche de Styrie , lequel ne devait pas tarder à être appelé à la dignité impériale.

Le grand prince qui venait à peine de monter sur le trône était déjà, en effet, à la veille de disparaître. Il fut emporté presque subitement ^ dans le cours de sa campagne contre les Turcs : Albert mourut le 27 octobre 1439, à Langendorf , près de Kemorn.

Les électeurs de l'empire étaient réunis à Mayence pour les aflFaires de l'Église, quand la nouvelle leur arriva soudain. Ce fut un deuil général : « Depuis la naissance du Christ, dit l'auteur de la Vie de Sigismond, la mort d'aucun roi n'excita autant de regrets parmi les nobles et les bourgeois, parmi les riches et les pauvres*. » Tout se trouvait remis en question , à im moment aussi critique pour les destinées de l'Église que pour l'empire d'Allemagne. Qu'allaient devenir les États héréditaires d'Albert? Leur sort dépendait de la naissance de l'enfant qu'on attendait, car l'empereur laissait sa femme enceinte. Quant au trône impérial, un parti puissant soutenait la candi-

1. Mémoire de Gaucourt. Voir la brochure de M. d'Herbomez, p. 30 et 79-80.

2. Sur cette date, voir Albert Jâger, Der Sireit der Tiroler Landschaft mit Kaiser Friedrich III, etc., dans le t. XLIK, i^ partie de la collection intitulée : Ardiiv fur (uttrreichi$che Gèschichte. Tirage à part (Wien, 1873), p. 6.

3. Non sans soupçon d'empoisonnement. Voir Chronique de Dynter, t. III, p. 524, et Chromea Pelri monachi Bethleemitici, dans les Chroniques relatives à l'histoire de la Belgique f etc. (textes latins), publiées par M. Rervyn de Lettenhove, p. 387.

i. Windeck, Vie de l'empereur Sigismond ; cité par Pfister, t. V, p. liU.

dature du duc Frédéric : ce fut lui qui réunit tous les suffrages (11 novembre 1439).

A un prince accompli, ekpérimenté, dans toute la force de rage, succédait un jeune homme, âgé de vingt-cinq ans, sans initiative, sans expérience, dépourvu de tous les, talents qui distinguaient son prédécesseur. Autant Albert était actif et énergique, autant Frédéric était mou et indécis. On dit qu'il laissa s'écouler onze semaines avant de pouvoir se décider à accepter la couronne qui lui arrivait si inopinément. Abandonnant la régence de la Hongrie et de la Bohême, il ne garda que la tutelle en Autriche.

Une des premières préoccupations de Frédéric fut de travailler à empêcher un schisme devenu imminent. Une grande assemblée fat convoquée à Mayence pour le 2 février 1441, afin de s'occuper des affaires de l'Église. Frédéric écrivit à Charles VII pour lui demander d'envoyer des ambassadeurs à la diète, où il se proposait de se rendre ; il ajoutait que, si le Roi voulait y venir en personne, ce serait aussi profitable à sa gloire qu'au résultat qu'on s'efforçait d'obtenir*.

L'Angleterre avait les yeux constamment tournés vers l'Allemagne. A la nouvelle de la mort de Sigismond, il y avait eu des cérémonies funèbres dans toutes les églises du royaume ; le roi, avec une suite imposante de membres du Clergé et de barons, avait assisté au service célébré dans la cathédrale de Saint-Paul. Henri VI s'employa aussitôt à prévenir l'élection d'un empereur hostile à son royaume. Après l'élection d'Albert, une ambassade, à la tête de laquelle se trouvaient les évêques de Ghichester et de Rochester, fut envoyée (mai 1438) au nouvel empereur, qui ne tarda pas à recevoir l'ordre de la Jarretière-. Le roi d'Angleterre était en correspondance suivie avec Tarchevèque de Cologne ^ ; il échangeait aussi des lettres

1. Lettre du mois de mai 1-iiO, dans Lûnig, SpicilegUim ecclesiaslicum des Teutschen Heichsarchiv, 1. 1, p. 715, et Preuves des Uberle-i de l'église gallicane^ t^ partie, p. 199.

2. Proceedings and ordinances, t. V, p. xxviii-xxix, 87, 96-98.

3. Lettre du 18 février 1438, où Henri VI exprime le désir de nouer avec lui des relations plus fréquentes ; lettre du 20 février sur la mort de Tempereur, etc. Bekynton's Coirespondence, t. 1, p. 220, 246, 131, 73, 75; cf. Proceedings and ordinances, t. V, p. 81 et 86.

avec le duc d'Autriche , le comte JPalatin du Rhin Louis , Tarchevêque de Munster et les autres électeurs de l'empire'. On songeait alors à lui faire épouser une princesse allemande. En janvier 1438, il fut question d'envoyer dans ce but une ambassade au duc d'Autriche ; on cherchait en même temps à conclure une alliance avec ce prince*. Les ambassadeurs chargés de féliciter l'empereur sur son élection, eurent mission de demander pour Henri VI la main d'une de ses tilles ^. Ces projets n'eurent pas de suite ; mais l'Angleterre ne cessa d'être activement mêlée aux aflFaires allemandes.

Dès 1436 , nous voyons Henri VI en relations avec Arnould , duc de Gueldres et de Juliers, propre beau-frère de Philippe le Bon; les ambassadeurs anglais envoyés à Bâle se rendent, en passant, à la Cour de ce prince*. En décembre 1439, le roi d' Anèleterre conclut une alliance avec Tarchev^êque de Munster, qui devient son homme lige*. Après l'élection de Frédéric, il exprime sa joie dans une lettre à l'archevêque de Cologne, et félicite en même temps ce prince de travailler avec tant de zèle à la pacification de l'Église ^ Bientôt il s'adresse à Frédéric lui-même, à propos de son avènement; il écrit également aux princes électeurs ^ Mais c'est avec l'archevêque de Cologne que sont entretenues les relations les plus intimes : la paix de l'Église, les négociations avec la France forment le thème habituel de la correspondance. Au mois de mai 1440, Henri VI donnait des instructions pour conclure un traité avec l'archevêque, qui avait demandé à devenir son homme lige*; le traité fut passé le 23 août suivant®. De son côté, l'archevêque,

1. Bekynton's Correspondence, t. I, p. 183, 215. Proceedings, t. V, p. 87 et 96-97

2. ProceedingSf t. V, p. 86-87. Cf. Bekynton*8 Correspondence , t. I, p. CLXXXVi et 68.

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