Daresle, Histoire de France, t. III, p. Ii
immédiatement au pouvoir civil et recevant la direction de lui seul. L'Ëglise gallicane doit être entièrement indépendante de Rome dans les questions d'administration et de discipline *.
Mais tout en proclamant la supériorité du Concile sur le Pape , tout en voulant se soustraire à l'autorité du Pape , on se garde bien d'accepter les conséquences des décrets de Bàle.On s'efforce de tempérer ce qu'ils ont d'agressif contre la personne du Souverain Pontife ; on va même jusqu'à s'élever contre la tendance du Concile à s'attribuer le gouvernement de l'Église , et l'on a la prétention de faire respecter au besoin les droits et les limites des deux puissances.
Et , par une inconséquence non moins grande , on ne s'aperçoit pas que tout ce qu'on enlève à l'autorité du Siège apostolique on le donne à une autorité bien autrement jalouse et tyrannique. Pour échapper à ce que certains appelleraient volontiers la servitude de Rome , on se met sous une autre servitude, aussi dure qu'arbitraire, celle 'du pouvoir laïque. « Dans la réalité, a dit Michelet, il se trouva que les évêques euxmêmes , pour s'être ainsi débarrassés du Pape , eurent un Pape (et plus dur) dans le Parlement '. » Le même historien fait une autre remarque pleine de justesse : il était à craindre qu'une Église si bien fermée aux influences pontificales ne devînt, non pas nationale , mais seigneuriale ; et il ajoute : « Ce n'était pas le roi, l'État, qui hériterait de ce que peçdait le Pape, mais bien les seigneurs et les nobles. . . Or, il s'agissait de savoir si la noblesse était digne qu'on lui remît la principale action dans les affaires de l'Église, si les seigneurs, à qui véritablement revenait le choix des pasteurs , la responsabilité du salut des âmes, étaient eux-mêmes les âmes pures qu'en matière si délicate éclairerait le Saint-Esprit '. »
1. Voir Daosin, Histoire du gouvememenl de la France sous le régne de Charles Vil, p. 224.