CHAPITRE XIV
HELATIONS AVEC ROME ET BALE (suiU),
U38-ii44.
Le conciliabule do Bâle, malgré les représentations de Charles VU, prononce la dépoKition d'Eugène IV. —.Correspondance de Charles VlUavec le Pape ; celui-ci se plaint de Tabsenoe des prélats français au Concile de Florence et exhorte le Roi à rompre ouvertement avec le conciliabule de Bftle. — Décret d^union avec rÉgJise grecque, rendu à Florence. — Diflicnlté avec le Pape relativement au siège épiscopal d'Angers; lettre véhémente d^Eugène IV à ce sujet. — Nouvelle ambassade de Charles VII au Pape ; réponse du Pape. — Nomination de l'antipape Félix V ; le Roi refuse de le reconnaître ; convocation d'une assemblée du clergé. — Assemblée de Bourges, tenue en présence des envoyés du Pape et du conciliabule de B&Ie; le Roi déclare demeurer dans l'obédience d'Eugène IV ; il poursuit la tenue d'un nooveau Concile général , et maintient la Pragmatique sanction. — Réponse du Pape à la notification des résolutions de l'Assemblée de Bourges; il réclame hautement l'abrogaUoo de la Pragmatique. — Difficultés que rencontre le Roi de la part de l'université de Paris; on veut donner à la Pragmatique un effet rétroactif; Charles VII s'y refuse. — Nouvelle ambassade au Pape; discours de l'évêque de Meauz. — L'évÔque de Broscia est envoyé comme nonce en France; instructions qu'il reçoit. ~ Projet d'un Concordat entre le Saint-Siège et la France ayant pour base l'abolition de la Pragmatique sanction ; teneur de ce Concordat; réponse de la chancellerie royale aux propositions du Pape. — Charles VII renonce à demander la réunion d'un nouveau Concile ; fin du conciliabule de Bâle ; Eugène IV rentre à Rome.
Tandis que le clergé de France se faisait rexécuteur des décrets du Concile de Bâle et que Charles VU, se conformant aux décisions de l'assemblée de Bourges, poursuivait sa politique de conciliation entre le Pape et le conciliabule en révolte, le gouvernement de Henri VI rompait ouvertement avec Bâle. Dès le 9 janvier 1438, le roi d'Angleterre avait pris Tinitiative ; au mois de mars suivant, une assemblée du clergé, «tenue à Rouen , s'était prononcée en faveur d'Eugène IV *.
1. Les Etais de Normandie sous la domination anglaise, par Gh. de Beanrepaire, p. 66-67. Voir les lettres de Henri VI, p. 185-88.
Une ambassade française ne tarda pas à partir pour Bâle. Elle ^vait mission de faire approuver les modifications que la Pragmatique apportait aux décrets du Concile , et d'inviter les Pères à suspendre toute procédure contre le Pape*. De Bâle, les ambassadeurs se rendirent à la diète de Nuremberg, où, d'accord avec Tempereur Albert et les princes électeurs, qui venaient de se déclarer pour la neutralité entre le Pape et le Concile (17 mars 1438), une proposition d'arrangement fut formulée. Ou s'en rapporterait à la médiation du roi des Romains et du roi de France ; une mise en demeure serait adressée au Pape et au Concile pour la tenue d'un synode universel , qui se réunirait dans Tune de ces trois villes, Strasbourg, Constance ou Mayence, en vue d'arriver à l'union^. Cette proposition, communiquée aux Pères de Bâle , fut éludée. En vain Charles VII , dans une lettre qui paraît avoir été écrite au mois de mai 1439', fit auprès d'eux une dernière tentative, exprimant son étonnement de ce qu'ils montraient moins de zèle que les princes pour la paix de l'Église , et les conjurant de ne point passer outre à l'égard du Souverain Pontife. Sourde à toutes les représentations, l'assemblée de Bâle, qu'im auteur peu suspect a justement appelée une « troupe de factieux*, » ne craignit point de consommer la série de ses attentats contre le Siège apostolique : dans sa trente-quatrième session (25 juin 1439), elle prononça la déposition formelle d'Eugène IV, a comme désobéissant, opiniâtre, rebelle, violateur des canons, perturbateur de l'unité ecclésiastique, scandaleux, simoniaque, parjure, incorrigible, schismatique, hérétique endurci, dissipateur des biens de l'Église, pernicieux et damnable, » et défendit à tous de le reconnaître, déclarant ceux qui n'obéiraient point à ce décret
1. Patrizi, Hist. conc. Basil., (j^ns Hardouin, t. IX, col. litô. On a ine lettre de Charles VII au Concile, en date du 20 juin, écrite dans ce but, et le texte des demandes présentées au nom du Roi. Archives, K 1711.
2. Hardouin, t. IX, col. 11 70 ;W/w/oire de l'Église gallicane, t. XX, p. 335; Héfélé, Histoire des Conciles, t. XI, p. 493, 494 et 500.
3. Cette lettre parait avoir été écrite entre la 33« session (16 mai) et la 34« (25 juin); elle est citée par les auteurs de VHistoire de l'Église gallicane, t. XX, p. 357.
4. Le mot est de Voltaire, c Si Ton considère le concile par cet acte (la déposition d'Eugène IV), on n'y voit qu'une troupe de foctieux. » Essai sur les mœurs et Vesprit des nations, chap. lxxxvi. Cf. ci-dessus, t. Il, p. 473, note 3.
déchus par le seul fait de leurs dignités, « fussent-ils évêques, archevêques, patriarches, cardinaux, rois ou empereurs *. »
Telle est la décision qu'osait prendre une assemblée où l'on ne comptait plus que vingt prélats, dont sept seulement étaient évêques, tous ennemis jurés du Pape, la plupart décriés pour leur mauvaise conduite ' ! Elle souleva d'unanimes protestations parmi les princes chrétiens.
Cependant un revirement commençait à s'opérer au sein de TÉglise de France. Aux États de Languedoc, tenus au mois d'avril 1439, il fut décidé qu'on enverrait vers le Roi pour le prier de i)rotéger la dignité du Siège apostolique et de ne point permettre que le Concile de BâJe mît la division dans l'Église'. Le Pape, à cette occasion, écrivit aux États une lettre de remerciement *.
Charles VII , voyant à quelles extrémités allaient se porter les Pères de Bâle, leur écrivit la lettre dont nous venons de parler. En même temps il remit à Thomas de Narduccio , qui retournait vers le Pape, une lettre pour celui-ci. Nous avons la réponse d'Eugène IV. Elle vise à la fois la missive en question et une autre communication, faite un peu auparavant par le sire de Gaucourt, Tévêque de Conserans, Tanguy du Chastel, et plusieurs autres conseillers du Roi, dont la mission avait principalement pour objet les affaires du roi René.
Le Pape avait éprouvé une grande consolation en recevant la communication du Rqj, car il avait reconnu la droiture de son cœur et l'excellence de ses sentiments envers le Saint- Siège. Il le félicitait du soin et de l'empressement qu'il mettait à empêcher que l'Église de Dieu ne fût déchirée par le schisme et à maintenir la dignité et l'honneur du Siège apostolique, a Votre piété et votre courage , disait-il , sont nécessaires à l'Église de Dieii , pour qu'elle ne soit plus exposée au danger d'être déchirée par la main des impies , mais qu'elle soit délivrée de tant de troubles et de tempêtes- soulevées depuis lo.ng-