Histoire générale de Languedoc, t. IV, p
4. Lettre datée de la veille des Calendes de juin. Raynaldi, année 1439, § 24.
temps dans son sein par la perversité des Pères de Bâle. Ce doit être pour vous comme pour nous, très cher fils, un sujet de profonde affliction de voir à notre époque Satan , l'ennemi de notre salut, déchaîner à un tel point sa fureur parmi ces fils àfi l'iniquité , assemblés dans un esprit de division et devenus un foyer de .scandale. » Après avoir montré que l'intervention des princes chrétiens avait seule arrêté l'assemblée de Bâle dans ses témérités , il ajoutait : « Mais si grand est votre dévouement à notre personne et à ce Saint-Siège , si grands sont le soin et le zèle que vous apportez à préserver l'Église de tout schisme, que jusqu'ici vous avez été et nous ne doutons pas que vous ne soyez toujours un obstacle insurmontable aux funestes tentatives de nos adversaires, qui sont en même temps ceux de la foi de Jésus-Christ et de sa sainte Église. Aussi quoique, sous prétexte d'un bien à faire, certains esprits pervers [aliqui reprobi) aient essayé peut-être de vous pousser à quelque entreprise contre l'autorité de ce Saint-Siège, nous n'hésitons pas à croire que Votre Sérénité , marchant sur les traces de ses ancêtres, conservera dignement ce beau, ce magnifique nom de Rois très chrétiens que portent les rois de France et qu'ont jusqu'ici rendu célèbre leurs bienfaits envers l'Église. »
Le Pape s'élevait ensuite avec vigueur contre l'appellation de Concile dont se servait encore le Roi. Une telle expression ne peut être employée en parlant d'une assemblée qui est plutôt un conciliabule de gens pleins de méchanceté , une synagogue perfide de pharisiens livrant le Christ, et dont les œuvres perverses ont tendu durant tant d'années à fouler aux pieds l'autorité des Souverains Pontifes , à troubler la paix et la foi du peuple chrétien. « Que désormais Votre Sérénité n'appelle plus Concile la réunion de ces séditieux, de ces réprouvés, retranchés de l'Église de Dieu, et rejetés comme le rebut du monde, puisqu'aucun Concile légitime n'a jamais existé ni ne peut exister sans être appuyé sur l'autorité du Siège apostolique. »
Le Pape dénonçait en même temps la fin à laquelle tendait le conciliabule de Bâle. Ce conciliabule dit une chose, et c'est
une autre chose qu'il pense ; il veut l'union avec les Grecs, et il ne cherche qu'à diviser les esprits : « Ce n'est pas le triomphe de la foi orthodoxe qiï'il a à cœur, c'est le schisme et la division... Gomment exhorter les autres à rentrer dans le sein de l'Église catholique, quand on s'en est séparé soi-même par orgueil ?... Les Grecs sont près de nous depuis plus de quinze mois; c'est avec la tête, et non avec les membres corrompus et séparés du' corps qu'ils ont voulu traiter de la concorde et de l'union. » Ici venait un reproche direct sur l'absence des prélats du royaume au Concile de Florence * : « Nous nous étonnons un peu , lorsque le concours de votre autorité eût été si utile à la rentrée des Grecs dans Punité catholique en même temps que si honorable pour vous , de ce que , en vue d'un si grand bien, vous n'ayez envoyé personne à ce Concile œcuménique pour participer, vous aussi, aux mérites résultant d'un tel acte, comme vous l'aviez promis dans des lettres adressées par vous, soit à notre personne, soit aux Grecs. » Les ambassadeurs annoncés par le Roi comme devant prendre part à l'affaire de l'union des deux Églises, ne sont point encore venus, « plus occupés qu'ils ont été, disait le Pape, à ébranler notre pouvoir qu'à traiter de la paix. » En effet, « dans les lieux où ils se sont trouvés, rien n'a été imaginé à notre préjudice qulls n'y aient donné en votre nom leur assentiment; bien plus, ils ont excité les autres à faire comme eux, au mépris de votre volonté et des instructions reçùfes de vous. » Ici le Pape désignait nominativement l'archevêque de Tours (Philippe de Coëtquis). Rappelé de Bâle par le Roi, ce prélat avait promis de s'amender ; et maintenant il se montrait plus ardent que jamais dans ses attaques contre le Souverain Pontife, au mépris des bienfaits qu'il avait reçus et des serments prêtés par lui. Le Pape demandait qu'il fût rappelé de nouveau , afin qu'il ne vînt pas auprès de sa personne ; car, disait-il , celui qui a semé la zizanie n'est en aucune façon propre à traiter de la concorde et de la paix.
i. Le concile de Ferrare avait éiô iransféréà Florence par une bulle du mois dejaii' vier U39.
Le Pape finissait par un éloquent appel au Roi. « C'est à vous surtout qu'il appartient, si vous désirez conserver le nom glorieux de Roi très chrétien, de vous présenter comme un bouclier pour la défense du Siège apostolique et pour la nôtre. Vous devez donner à tous le bon exemple et faire que, si d'autres préfèrent être les fils d'un marâtre plutôt que les fils de l'Église , vous reconnaissiez , vous , en vrai fils , votre véritable mère, lui conservant son honneur dans toute son intégrité. Rappelez donc les députés que vous auriez à Bâie , et ordon- • nez à vos sujets qu'ils aient à s'éloigner incontinent de ce conciliabule, afin que sa contagion ne souille point votre honneur, et ne vienne point, — non par votre faute, mais par la malignité des autres , — ternir l'éclatante dignité et la splendeur d'une si noble Couronne ^ »
Au moment où Eugène IV écrivait cette belle lettre, où il exprimait le regret que la France ne fût point représentée au Concile de Florence, un grand événement était à la veille de s'accomplir. Après de longues discussions, à travers des difficultés qui avaient pu paraître insurmontables , l'accord s'était établi entre le Concile et les représentants de l'Église grecque. Le 9 juin 1439, le Pape constatait le fait ; le 6 juillet suivant était publié le décret d'Union : a Que les Cieux se réjouissent et que la terre tressaille, disait le Pape, car le mur qui séparait l'Église d'Occident et l'Église d'Orient a été détruit , et la paix est revenue avec la concorde ! Paix fondée sur une pierre angulaire, le Christ, qui des deux Églises n'en, a fait qu'une, qui les a unies par le lien indissoluble de la charité, et qui conservera cette union par le bienfait d'une perpétuelle unité.... » Le 26 août suivant, l'empereur Jean Paléologue quittait Florence pour retourner à Constantinople ^
Au milieu de ces échanges de communications entre Eugène IV et Charles VII, où le Pape se montrait si plein de déférence envers la couronne de France , surgit une difficulté qui faillit amener un changement dans ces relations.
Le siège d'Angers était devenu vacant par la mort d'Har-