Voir t. I, p
rennemi de la Couronne? Gomment serait-il parvenu à les discipliner, alors que, parmi les capitaines, certains, et des plus renommés, toléraient, on peut dire même encourageaient leurs excès? Était-il possible d'ailleurs de songer à la répression , quand Tautorlté royale était méconnue , quand toutes les pénalités édictées à tant de reprises restaient à Tétat de lettre morte ? Durant vingt années , Charles VII dut subir, tout en le déplorant^ un mal qu'il était impuissant à conjurer ^
Le ralentissement des opérations militaires, après le traité d'Arras, loin de diminuer l'intensité du fléau, ne fît que Taccroître. Beaucoup de capitaines, ne trouvant plus dans la guerre avec les Anglais un champ assez vaste pour leur humeur belliqueuse ni surtout un suffisant, aliment à leur soif de gain^ habitués qu'ils étaient à se payer eux-mêmes leur solde ^ se répandirent de toutes parts, semant sur leurs pas répouvante et la ruine.
Laissons les chroniqueurs nous dépeindre la situation :
« Tout le tournoiement du royaulme de France estoit plain de places et de forteresses, vivans de rapines et de proie. Et par le millieu du royaulme et des pays voisins s'assemblereQt toutes manières de gens de compaignie que Ton nommoit escorcheut*8*, et chevaulchoient et alloient de pays en pays, de marche en marcbe querans victuailles et aventures pour vivre et pour gaigner, sans regarder ne espargner les pays du Roy de France, du duc de Bourgoingne, ne d*aultres princes du royaulme. Mais leur estait la
1. f Mais que pouvait Gtiarles VII?... Avec quelles forées rëprimerait^il cts écoreheurs des campagnes, ces terribles petits rois de châteaux? C'étaient ses propres capitaines, c'était avec eus et par eux quMl faisait la guerre aux Anglais, i» (Michelet, Histoire de France, t. V, p. 218.) — « Les nécessités de la guerre n'auraient guère permis à Charles VII de s'aliéner les compagnies , avant qu'il eût remporté des succès propres à leur inspirer le respect et la crainte du pouvoir. » (H. Dansin. Histoire du gouvernement de la France pendant le règne de Charles VII (1858), p. 77.)
2. Dans les instructions données en avril 1435 à ses ambassadeurs en Angleterre, le doc de Bourgogne dit que les troupes de Charles Vll^sont composées d'étrangers qui ne lot coulent rien , car ils vivent sur le peuple, sans avoir aucuns gages ni paiement. CollectioD de Bourgogne, 99, p. AU.
3. En 1436, les habitants de Reims envoyaient vers le Roi, « pour avoir provision sur le fait des aides et sur certaines gens d'armes appelez les eseorcheurs. » Neuvième compte des octrois et patrimoniaux, cite par Varin, Archives législatives de la ville de Reimê, 2* partie, 1. 1, p. 629 note.
proy« et le butin toot ung, et tout d'une querelle... Et à la Tenté lesdiz escorcheurs firent moult de maulx et de griefs au povre peuple de France et aux marchans, et pareillement en Bourgoingne et à Fenviron*. »
« Environ quinze jours après oudit an (novembre 1435], vindreul en pays de Champagne de trois à quatre mille hommes de guerre, dont les aucuns estoient yssus des forteresses que le connestable avoit fait rendre, lesquelz dommagerent grandement le pays, et n'y avoit homme, femihe ne enSans qu'ilz ne de^poullassent, pourvu qu'ils les poussent rencontrer à leur advantage, jusquesà la chemise; et quant ilz avoient tout pillyé, ranchonnoient les villages. Et estoient leurs capitaines ung nommé de Ghabannes' et deux bastards de Bourbon, et les nommoîent le peuple vulgairement et communément les escorcheurs,.. Et se commencèrent es autres pays obeissans au Roy de France à eulx eslever et mettre sus plusieurs capitaines natifz de Poitou, de Berry, d'Auvergne et de plusieurs autres pays du royaulme de France où il n'avoit aucune guerre. Et s'assemblèrent plusieurs autres compaignies de gens d*armes qui vivoient sur les champs et qui pilloient et robboient le pays, saos approuchier de la frontière des Angloiz. Et tant se creurent et multiplièrent icelles compaignies, tellement que qui povoit avoir plus de gens sur les champs et que plus povoit pillieretroberlespovres gens, estoit le plus craint et le plus doubté , et qui plus tost eust du Roy de France quelque chose que nul autre, pour ce que, quant ils se trouvoient ainsi accompaigniez, pour le Roy ne pour autre ne volloient faire sinon à leur voulenté'. »
Qu'est-ce qui caractérise Tinvasion de YEscorcherie ? G'esl, d'une part, son caractère universel : ce ne sont plus seulement les contrées voisines du théâtre de la guerre qui sont atteintes; aucune province n'est à l'abri ; telle ou telle est frappée, soudain , sans que rien ait servi de prétexte à l'agression. C'est d'autre part l'organisation qui préside à ces entreprises, dont le seul but est la rapine, et dont les chefs figurent parfois parmi les capitaines le^ plus renommés. Un mot prêté à