Voir le même auteur, p
5. A ce moment même les gens du duc de Bourbon, qui tenaient garnison au Bois de Vincennes et à Corbeil, se livraient à un pillage continuel. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 351 ; Gruel, p. 387.
1439 CHARLES VII jusqu'à LA PRAGUERIE. ' 63
à réprimer les excès de ses gens de guerre : malgré Tordre qu'il s'efforça d'établir parmi les garnisons de l'Ile-de-France , la situation ne s'améliora guère. La capitale était d'ailleurs toujours éprouvée par les épidémies et la famine. Durant son séjour , Charles VII fit célébrer à Saint-Denis un service pour sa sœur Marie de France, religieuse au couvent de Poissy, morte de la peste le 19 août précédent \ Malgré l'épidémie et la misère publique, eut lieu le 16 septembre, en présence du Roi, du duc de Bourbon, de Charles d'Anjou, des comtes de Vendôme, d'Eu, de Richemont et d'un grand nombre de seigneurs, un combat à outrance entre quatre Français et quatre Anglais. Ce spectacle inusité attira une grande affluence. Il n'y eut pas mort d'hommes, mais le sang coula en abondance'.
La réunion des États généraux avait été transférée à Orléans ^ Le Roi i^artit pour cette ville le 30 septembre.
Depuis l'assemblée de Chinon, en octobre 1428, on n'avait pas vu de réunion si nombreuse et si solennelle. Parmi les princes , la vieille reine de Sicile , le duc de Bourbon , Charles d'Anjou, les comtes de la Marche, d'Eu et de Vendôme, le connétable de Richemont, le bâtard d'Orléans et Pierre de Bretagne y figuraient en personne; le duc d'Orléans, le duc de Bourgogne , le duc de Bretagne , le comte d'Armagnac s'étaient fait représenter*. « Et y avoit, dit Berry, notables gens envoyez de tous les pays et citez de ce royaume, pour ouir parler et pratiquer du bien et gouvernement de ce royaume ,
1. Elle était âgée de près de 45 ans, étant née le H avril 1393. Voir Journal d'un b<mrgeois de Paris, p. 348.
2. Gruel parle de ce combat (p. 389). La date et les faits sont précisés par le prieur Maupoint dans son Journal {Mémoires de la Société de l'histoire de Paris , t. IV, p. 25- S6). On a confondu ce combat à outrance avec le duel entre Jean de Massé et Técuyer anglais Jean de Asteley, qu*on prétend à tort avoir eu lieu, le 29 août 1438, devant le Roi, lequel n'était point alors dans la capitale. Voir Ms. fr. 197, f. 223; Brienne, 272, f. 178; Vulson de la Colombière, Théâtre d'honneur, t. 11, p. 311 ; Vallel, Histoire de Charles VII, t. U, p. 399, note.
3. Le 17 septembre on recevait à Senlis des lettres du Roi portant convocation à Oriéans pour le 25. (Mallet, Extrait en bref de ce qui s'est passé à Senlis, dans Dernier, Monuments inédits, p. 23). Le 26 on délibérait encore à Amiens sur renvoi des députés (Registre des délibérations, vol. V, f. 33).
4. Berry, p. 404. — Tous les détails qui suivent sont empruntés à ce chroniqueur ; les citations sont faites d*après le teite établi par le comte Amédée de Bourmont, dans Tédition qu'il prépare pour la Société de Thistoire de France.
et pour le povoir mectre en bonne paix, justice et pollice*. »
Le Roi fit d'abord venir en son hôtel , avant la séance d'ouverture , les ambassadeurs des princes , afin de leur faire connaître l'objet de la réunion et d'avoir leur avis « sur l'exposition et demande, au bien de la'chose publicque. » Il se rendit ensuite dans la grande salle où devaient se tenir les États, et prit place sur un trône, ayant sa belle-mère à ses côtés, entouré du duc de Bourbon, de Charles d'Anjou, du connétable et des autres princes. Chacun s'assit suivant son rang : d'abord les princes, puis les prélats, et les « autres seigneurs et ambassadeurs , dont il y avoit grant nombre , et grant multiplicacion de peuple. »
L'archevêque de Reims, chancelier de France, ouvrit la séance. Le Roi , dit-il , n'a cessé de désirer la paix ; il y a toujours travaillé de toute sa volonté et de tout son pouvoir il est prêt à s'en occuper encore. Pour cela, il a envoyé ses représentants partout où les Anglais ont voulu tenir des con-. férences, afin de s'entendre avec eux. Dernièrement ses ambassadeurs , à la tête desquels étaient le comte de Vendôme et le chancelier, se sont rendus à Saint-Omer, où ont été jetées des bases de négociations; il a été convenu qu'on se réunirait de nouveau dans cette ville le l'^'' mai 1440, « pour là conclurre ou toute paix ou toute guerre. » Le Roi a donc mandé toute la compagnie réunie pour cette heure à Orléans, afin que chacun puisse aviser au bien de la chose publique et au recouvrement du royaume , et donner en conscience son hon et vray aclvis.
Le chancelier fit alors distribuer aux membres de l'assemblée le texte des articles rédigés durant les conférences de Gravelines, « afin que ung chascun peust mieux respondre, jugier et parler sur chascun article. »
On se sépara après avoir décidé qu'on se réunirait le lendemain , « en la chambre du Conseil ordonné pour ce faire , » et qu'on siégerait sans désemparer « jusques à tant que la chose eust prins fin et deliberacion. »
Huit jours se passèrent dans ces discussions. « Et là furent