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1439 CHARLES VII jusqu'à LA PRAGUERIE. 65
ouyz, dit le chroniqueur, tous ou la pluspart des seigneurs de ce royaume qui là estoient presens ; et aussi Toppinion des ambassadeurs des seigneurs qui estoient absens, et pareillement l'oppinion de tous ceulx des bonnes villes. » Puis eut lieu une nouvelle séance générale , en présence du Roi et de la reine Yolande. C'est alors que fut agitée, pour la première fois, la question de la réforme de l'armée, si intimement liée à celle de la paix. On fit ressortir « les desolacjons, maulx, pilleries , meurtres , rebellions , roberies et raençonnemens qui estoient perpétrez et fais soubz umbre de la guerre , et aussi les biens, la joye et les plaisirs qui viengnent et sont par les païs où paix est. »
Cependant les avis étaient toujours partagés, et il était impossible d'arriver à une conclusion. On résolut de désigner des orateurs pour faire valoir tour à tour les raisons à invoquer soit en faveur de la paix, soit pour la continuation de la guerre. Après avoir pris l'avis de son Conseil, le Roi désigna pour soutenir la première opinion le comte de Vendôme, grand maître de son hôtel , et Jacques Jouvenel des Ursins , depuis évêque de Poitiers; pour soutenir la seconde, le bâtard d^Orléans , le maréchal de la Fayette et Jean Rabateau, président au Parlement*. Jacques Jouvenel prit le premier la parole; Jean Rabateau lui répondit. Enfin, après* une longue et solennelle discussion, la -question fut mise en délibération. L'assemblée, estimant que « le meilleur estoit de tirer au bien de paix, » décida que les négociations avec les Anglais seraient poursuivies.
Pourtant, en l'absence du Dauphin, alors en Languedoc, on ne voulut pas se prononcer sur le fond de la question : on renvoya à une autre assemblée, qui se tiendrait le l*'^ février 1440, en présence de l'héritier du trône, le soin de fixer les conditions auxquelles la paix pourrait être conclue ^.
1. Plusieurs autres conseillers furent désignés pour les assister.
2. Ce curieux détail nous est fourni par le rapport des députés que la ville d'Amiens avait envoyés à Orléans. « Toutes voies le Roy et son conseil ne vaurent déterminer aucune chose pour ce fere. On disoit que Monseigneur le OofTin n*estoit présent ; et fu dit de par le Roy que nouvelle assemblée se feroit au premier jour de février, ou seroit ledit Monseigneur le DofTm, pour, sur ces coses, avoir advis, et au xv» jour d'avril ensuivant le Roy nostre dit seigneur envoieroit son ambaxade les Gravelines, où autrefTois et dcrrenierement a esté ladicte assemblée. » Registres des délibérationSy vol. V, f. 45.
La réforme des gens de guerre donna lieu également à de sérieuses discussions. Le Roi, qui avait tant à cœur de résoudre cette grave question , y eut une large part. Les résolutions prises d'un commun accord eurent leur sanction dans la célèbre ordonnance du 2 novembre 1439 , qui inaugure en quelque sorte une ère nouvelle dans l'histoire de la Monarchie française. Kous y reviendrons avec détail. Pour le moment, il convient de rechercher sous l'empire de quelles circonstances avaient été reprises avec les Anglais les négociations interrompues depuis le mois de septembre 1435.