Olivier de la Marclje, p
7*2 • HISTOIRE DE CHARLES Vil. 1435
reux dans raccomplissement de toutes les clauses du traité '.
Les lettres de ratification sont du 10 décembre 1435. Le préambule de Tacte fait bien ressortir les sentiments qui animaient Charles VII. « Le très glorieux Roy des Roy s, y lit-on , Dieu, nostre créateur, par lequel nous vivons et regnons, et duquel seulement nous tenons nostre royaume , nous enseigne et donne exemple par soy-mesme à quérir, comme vray pasteur, le salut et repos de nostre peuple, et le préserver des très grans et innumerables maux et dommaiges de guerre, laquelle chose nous avons tousjours désirée de tout nostre cuer et procurée à très soigneuse diligence, cognoissans que par le bien de paix est élevée et exercée justice par laquelle les Roys régnent, et les temps passez nostre royaume a esté essaucié et conservé*. »
C'est le 11 décembre 1435 qu*eut lieu, dans l'église Saint- Martin de Tours, en présence des ambassadeurs du duc de "Bourgogne et au milieu d'une grande affluence, la cérémonie de la prestation du serment. Elle s'ouvrit par une procession solennelle, où furent portées les reliques de saint Martin et de saint Maurice et la sainte ampoule conservée dans l'abbaye de Marmoutiers. La messe du Saint-Esprit fut célébrée par l'archevêque de Crête, ambassadeur du Concile de Bâle, alors en mission à la Cour^ Après la messe, l'archevêque, revêtu des ornements pontificaux, s'assit sur les marches de l'autel, tenant entre ses mains le livre des Évangiles. Le chancelier Regnault de Chartres , ayant pris place au milieu du chœur, prononça un discours : il insista sur le désir persévérant du Roi d'arriver à une paix qui devait procurer le soulagement de ses sujets ; il fit l'historique (lu congrès d'Arras et annonça
) . Ces deux points très importants sont établis par le mémoire déjà cité du président Louve t : «c Et Va le Roy ainsi jurée principalement pour les excomniuniemens à quoy ses ambaxeurs ayant povoir Tavoient soubmis ; cl aussi pensant que monseigneur de Bourgoingnc s*en passera à beaucop moins que en ne lui a accordé. »
2. Original, archives de la Côte d*Or, B llDOâ ; texte coliationné sur Foriginal, dans l'édition d'Olivier de la Marche donnée par MM. Beaune et d'Arbaumont , t. 1 , p. 207 et suivantes. — C'est seulement le 24 janvier 1436 que Tacte fut publié en Parlement et le 13*févricr suivant qu'il fut enregistré en la chambre des comptes.
3. C'était Fantinus Valareso, noble Vénitien, archevêque de Crète en 1425, mort le 18 mai 1443, à l'âge de 51 ans. Creta Sacra, 3^ pai'lic, p. 72-75.
1435 LES SUITES DU TRAITÉ d'aRRAS. 73
que le Roi était disposé à ratifier le pacte conclu en son nom et à prêter serment. Charles VII s'avança alors vers l'archevêque, s'agenouilla à ses pieds, et; plaçant la main droite sur le livre saint, jura d'observer le traité. Le comte du Maine, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, et tous les seigneurs ou membres du Conseil présents prêtèrent serment à leur tour. Ënûn, au nom du Roi, le chancelier ordonna à tous les assistants de lever les mains en signe d'adhésion. C'est ce qui fut accompli au milieu des cris mille fois répétés de Noël ! Noël ! La cérémonie se termina par le chant du Te Deuni K
Le sentiment de réserve dont il a été parlé plus haut apparut au grand jour en cette solennelle occasion. Le comte du Maine, tout en jurant le traité, déclara que son serment n'aurait de valeur que si son frère le duc de Bar était mis en liberté*; le bâtard d'Orléans réserva son adhésion jusqu'à ce qu'il eût obtenu l'assentiment de ses frères le duc d'Orléans et le comte d'Angoulême, toujours prisonniers en Angleterre*.
Au lendemain de la ratification du traité , deux questions apparaissaient donc comme une conséquence naturelle du pacte de réconciliation : la libération de René d'Anjou ; la délivrance des deux princes d'Orléans retenus en captivité depuis la bataille d'Azincourt. Nous verrons plus loin la solution qu'elles reçureht.
Tranquille du côté de la France, car, malgré les rumeurs mises en circulation et les murmures qui retentissaient de divers côtés, il n'avait jamais douté de l'adhésion de Charles VII, le duc de Bourgogne n'était pas sans inquiétudes du côté de l'Angleterre. De quel œil ses anciens alliés verraient-ils la conclusicm du traité ? Les propositions de paix , résumant les dernières offres faites à Arras, qu'une ambassade bourguignonne devait porter à Westminster, avaient-elles chance d'être agréées? Enfin les rapports amicaux entretenus jusque-là avec
1. Acte de prestation du serment de Charles VU. Original, Archives de la Côte d'Or, B 11902 ; copie dans la Collection de Bourgogne, 95, p. 890. Cf. Histoire de Bourgogne, L IV, p. 220 ; Saint-Remy, t. II, p. 365.